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BATAILLE D'AZINCOURT - Exposition à la Wallace Collection

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Aux fans du Moyen Age, il n'aura sûrement pas échappé que le 25 Octobre dernier marquait le six centième anniversaire de la bataille d'Azincourt.  Rien de formidable à célébrer côté français, cependant,  puisque cette confrontation fut une écrasante défaite pour les troupes du roi Charles VI, et du coup une superbe victoire pour le roi Henri V d'Angleterre.  La Wallace Collection, magnifique musée dans une demeure privée du centre de Londres, illustre cette victoire avec une exposition originale : « Le nerf de la guerre : armes et armures du temps d'Azincourt. »

Une exposition qui s'inscrit naturellement dans les célébrations de cette année 2015, fort généreuse en anniversaires : bataille de Marignan (Septembre 1515), mort de Louis XIV (Septembre 1715), bataille de Waterloo (Juin 1815).

Avec une présentation d'équipement militaire datant du début du 15ème siècle, mais aussi de livres rares et d'enluminures provenant de ses archives, l'exposition et les conférences liées permettent de mieux comprendre la façon dont la bataille s'est déroulée, quels sont les facteurs qui ont permis le succès des archers anglais, mais aussi comment cet évènement majeur fut perçu dans les siècles qui suivirent.  Majeur puisqu'il permit  à la couronne anglaise de régner à Paris pendant quelques années.  Ecoutons les explications du Docteur Tobias Capwell, conservateur du département des armes à la Wallace Collection. « De la Guerre de Cent Ans, on ne retient souvent que les victoires anglaises, » dit-il en guise de consolation, « mais il y a eu aussi de grands succès français.  Cependant, les trois batailles les plus importantes, Crécy, Poitiers et Azincourt, donc, ont été, c'est vrai, à chaque fois une perte dramatique pour les Français, même s'ils étaient en surnombre et mieux armés.  Et à chaque fois de la même façon.  Comme si pendant quatre-vingt-six ans, la chevalerie française, d'une folle bravoure au demeurant, avait refusé de se plier aux leçons des champs de bataille.  A Azincourt, les espions anglais avaient réussi en plus à dérober les plans de l'adversaire quelques jours avant la confrontation.  Le roi d'Angleterre avait exigé d'être le seul commandant en chef, alors que chez les Français, chaque baron, chaque prince ou duc voulait mener personnellement ses hommes au combat.  Il avait beaucoup plu la nuit précédant la bataille, rendant difficile pour les chevaux de se mouvoir  facilement.  Aussi  les  chevaliers n'ont-ils  jamais pu charger de façon déterminante. 

Et pire, à cause de ce terrain boueux, chaque charge ?il y en a eu quatre- s'est écrasée l'une sur l'autre.  Les archers anglais, les fameux longbow, nommés ainsi en raison de la hauteur de leur arc : 2 mètres, n'ont eu qu'à faire ce qu'ils faisaient de mieux : faire pleuvoir sur leurs adversaires un déluge de flèches, qui leur laissait très peu de chances de vaincre.  Il y avait à peu près sept mille archers à Azincourt dont on estime qu'en moyenne ils devaient tirer dix flèches par minute.  Comme tir à longue portée, c'est assez efficace. »  Et de conclure : « De fait, il y a eu environ huit mille morts chez les Français.  Non seulement des soldats, mais aussi des officiers, des seigneurs, des responsables de la gestion du royaume.  Oui, la défaite d'Azincourt a dévasté le royaume de France, le laissant démoralisé, amoindri et sans direction. Mais a permis aussi l'arrivée  de Jeanne d'Arc sur l'échiquier politique et militaire quatorze ans plus tard, dont l'influence évidente a inversé le cours des évènements. »  Ce conservateur a lui-même plus d'une corde à son arc.  Californien de naissance, élevé à Seattle puis dans le Massachusetts, il voue depuis toujours une passion au Moyen Age européen.  Quand il ne met pas ses vastes connaissances au service du Musée ou de la télévision, il se transforme lui-même ?en chevalier. 

Direction : le Northamptonshire, deux heures de route au nord de Londres, où lui et un de ses amis, Dominic Sewell, gèrent une petite école d'équitation où l'on n'enseigne que l'art de la joute médiévale.  Ils nous présentent leurs chevaux, de bons destriers musculeux, les selles telles qu'on les faisait à l'époque, et l'armement : épée, casques, cottes de maille et les différentes parties de l'armure.  On y apprend à courir la quintaine, diriger son cheval, bouclier sur le bras, de la main gauche tout en dirigeant sa lance de la main droite. Equipés de leur propre armure, faite sur mesure, eux-mêmes participent régulièrement à des tournois internationaux, en Angleterre, mais aussi au Danemark, en Allemagne ou en Russie.  L'année dernière, quand le gouvernement a accordé des funérailles officielles aux ossements du roi Richard III,  découverts  lors de travaux archéologiques sous un parking et identifiés par ADN,  ils étaient les deux seuls chevaliers  choisis pour chevaucher en armure le long du cortège.  « Si le roi Richard, tué en 1485, s'était réveillé à ce moment-là, il n'y avait que nous qu'il aurait pu identifier.  Troublant, non ? » évoque notre conservateur.  Une seule conclusion s'impose: la Wallace Collection, elle-même le fruit de quatre générations de collectionneurs avisés,  sait recruter ses troupes.
Ariane Sauvage (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 4 décembre 2015

Exposition:  The Sinews of war : Arms and armour from the Age of Agincourt,
Jusqu'au 31 Décembre 2015.  Entrée libre, ouvert tous les jours de 10 h. à 5h.
The Wallace Collection, Hertford House, Manchester Square, London, W1.
Tél.: 0207 563 9500.
www.wallacecollection.org

Ecole de joûte médiévale : www.historicequitation.com
TéL ; : 078721 36536

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Publié le 3 décembre 2015, mis à jour le 6 janvier 2018
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