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Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole

Par Lorena BERTIN | Publié le 07/09/2021 à 08:00 | Mis à jour le 07/09/2021 à 12:05
Photo : ©Lorena Bertin
Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole

Au cœur d’Arequipa, le monastère Santa Catalina est considéré comme “une ville dans la ville”. Il offre un moment de tranquillité et retranscrit la vie des religieuses du 16ème siècle à nos jours.

 

L’histoire de cet édifice est l’illustration parfaite de l'évangélisation de l'Amérique latine. En 1579, Doña María de Guzmán, veuve espagnole et sans enfants, se renferme dans ce couvent encore en construction. Après avoir fait don de tous ses biens, elle est reconnue comme la fondatrice. Un an plus tard, en conformité avec l’ordonnance du pape, elle choisit le nom de la sainte la plus connue de la congrégation : Santa Catalina, une sainte italienne.

C’est une prise de pouvoir étonnante lorsqu’on sait qu’à cette époque, les femmes dépendent des hommes. En effet, les jeunes filles n'étaient pas libres, elles étaient destinées au mariage ou au couvent. Et selon la tradition, au moins un membre de la famille devait se consacrer à Dieu. En contrepartie d’une dot de 60 000$, la jeune fille prenait place dans le monastère et y restait jusqu’à la mort. 

Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole
©Lorena Bertin

 

Un village aux couleurs et pierres typiques d’Arequipa

Ruelles, cours, lavoir, cimetière, hôpital, jardins. Tous ces lieux s'étendent sur plus de 2 hectares. Construit au cœur du centre historique de la ville, il est inscrit au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO. Il obtient sa place dans le classement par sa beauté mais également par sa situation géographique. Situé au pied de trois volcans, les nombreux tremblements de terre ont détruit une bonne partie du monastère mais lui ont également offert sa maçonnerie : le sillar, une roche volcanique blanche.

À cette richesse locale s’ajoute la mode coloniale de l’époque. Les ruelles portent le nom de villes espagnoles telles que Sevilla, Malaga ou encore Granada. Il faut éviter de toucher la couleur rouge car composée d’oxyde de fer, elle tache. Quant à la peinture bleue, elle est symbole de richesse donc très chère. Ces teintes sont d’influences marocaines, grecques et espagnoles du sud

Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole
©Lorena Bertin

 

Une vie de religieuse cloîtrée mais en activité

À l’entrée de la visite du monastère se trouve la cour “Silencio”. Les religieuses se devaient d’être silencieuses lorsqu’elles mangeaient et travaillaient. Cette discrétion les aidait dans leur introspection avec Dieu. Mais si elles ne faisaient pas vœu de silence lorsqu’elles entraient dans la communauté, c’est parce qu’elles avaient de nombreuses occupations. 

En plus de se consacrer à la prière, les sœurs brodaient, travaillaient la farine et produisaient de la confiture. Elles s’occupaient également des élevages de cochons et moutons. Le samedi, elles organisaient un marché avec des commerçants locaux et distribuaient de la soupe aux mendiants. Tout cela au sein même du couvent car elles n’avaient aucune autorisation de sortie. 

Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole
©Lorena Bertin

 

Le monastère prospère tout en se modernisant

À l’exception de fillettes abandonnées, les résidentes étaient issues de riches familles espagnoles. Elles étaient au maximum trois par appartements avec cuisine et selon leur fortune, elles disposaient de servantes, généralement des esclaves d'origines africaines. À l’âge d’or du monastère, on décompte plus de 500 personnes. Aujourd’hui, les religieuses sont au nombre de 15 et vivent en communauté. Elles entrent gratuitement dans la corporation et c’est par leur propre volonté qu’elles consacrent leur vie à Dieu. Le système de vie cloîtrée reste le même, mais elles peuvent sortir pour aller chez le médecin et pour voter.

Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole
©Lorena Bertin

 

En 1970, les autorités se rendent comptent que la bâtisse est fragilisée et qu’elle ne présente pas d'infrastructure décente pour y vivre. Pour cette raison, les sœurs ont déménagé, non loin, il suffit de pousser une porte de l’ancien couvent pour se retrouver dans le nouveau. C’est à cette occasion que le monastère a été aménagé pour recevoir des visiteurs. Le dortoir commun qui accueillait également des réfugiés est devenu une galerie d’art avec 92 tableaux, certains sont issus du mouvement artistique de l’École de Cuzco et d’autres sont des cadeaux français offerts par l'évêque lors de ses venues.

Le Monastère Santa Catalina, symbole de la conquête espagnole
©Lorena Bertin

 

Lorena Bertin Lepetitjournal Lima

Lorena BERTIN

Étudiante en Master à l'École de Journalisme de Nice, je réalise mon premier stage pour l'édition Lepetitjounal.com de Lima au Pérou.
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