Dimanche 17 janvier 2021

Départ de Monsieur Charles Fries, ambassadeur de France en Turquie

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 28/04/2020 à 03:35 | Mis à jour le 28/04/2020 à 03:35
Charles Fries départ

S.E.M Charles Fries était ambassadeur de France en Turquie depuis août 2015. Dans cette interview accordée à Lepetitjournal.com Istanbul, il revient sur sa mission, et en profite pour exprimer ses voeux de bonne continuation à la communauté française de Turquie. 

Pourriez-vous faire la synthèse de ces quatre années et demie passées en Turquie ? Quels ont été les moments forts dans le cadre de votre mission ?

Charles Fries : Ce fut pour moi un séjour très riche et intense au plan professionnel, dans un pays fascinant à découvrir et visiter. 

Les moments forts ou difficiles n’ont à l’évidence pas manqué : les attentats terroristes des années 2015/2017, la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, les transformations politiques et institutionnelles du pays, l’impact de la crise syrienne à travers  l’accueil de millions de réfugiés et plusieurs opérations militaires menées au Nord syrien, les difficultés économiques (je pense notamment à la baisse de la livre ces dernières années) et maintenant la crise du Covid-19 qui touche sérieusement la Turquie comme tous les autres pays d’Europe. 

Je me souviendrai en particulier d’avoir dû annuler au dernier moment les festivités du 14 juillet 2016 à Istanbul, Ankara et Izmir en raison d’une menace précise et sérieuse venant de Daech : c’était une décision sans précédent dans l’histoire récente de la diplomatie française !

Je garde bien sûr aussi à l’esprit des moments plus positifs : la venue du Président de la République à Istanbul en octobre 2018 pour un sommet sur la Syrie et la visite officielle en France du Président Erdogan en janvier de la même année ; de nombreux échanges ministériels, parlementaires et entre nos deux administrations qui ont permis à notre dialogue bilatéral de rester régulier et de qualité ; la poursuite des investissements français en Turquie (je pense par exemple à Aéroports de Paris ou Renault) et le lancement de plusieurs projets pour venir en soutien aux acteurs de la société civile turque. Je suis heureux aussi d’avoir pu avec mon équipe conforter la francophonie dans ce pays, en soutenant bien sûr nos piliers traditionnels (les deux lycées français, Galatasaray, les « Saints » et Tevfik Fikret) mais aussi en touchant bien plus de jeunes Turcs désireux d’apprendre notre langue (à travers les cours de langue de l’Institut français et un programme ambitieux de formation des professeurs turcs de français). 

Le 17 février dernier, vous avez été nommé Secrétaire général adjoint pour la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) au service diplomatique européen. Quelle sera cette nouvelle mission ? 

Je ne travaillerai plus directement pour mon pays mais pour l’Union européenne dans son ensemble. Je m’occuperai à Bruxelles des questions de défense et de sécurité, sous la responsabilité du Vice-Président de la Commission européenne/Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, M. Josep Borrell. C’est là un beau challenge et la tâche qui m’est confiée s’annonce passionnante, même si j’ai bien conscience qu’elle sera aussi assez rude dans le contexte sanitaire actuel qui met à l’épreuve notre projet collectif d’une Europe plus forte et solidaire. Je suis convaincu toutefois que l’Europe arrivera, une fois encore, à surmonter ces difficultés.

Quel restera votre meilleur souvenir turc ? 

Mon meilleur souvenir, ce sont d’abord toutes ces rencontres que j’ai pu faire pendant mon séjour. Au-delà des contacts avec les autorités officielles, j’ai apprécié la qualité et le grand professionnalisme des diplomates turcs, ce d’autant que les sujets de désaccord entre nos deux pays n’ont pas manqué... J’ai été impressionné par le courage de nombreux journalistes, de représentants d’ONG et d’associations, de militants des droits de l’homme, tous soucieux de se battre pour l’Etat de droit, la liberté d’expression et les valeurs démocratiques en Turquie. J’ai pu voir aussi le dynamisme de notre communauté d’affaires, l’engagement de notre corps enseignant, la vitalité de nos associations. 

Sur un mode plus personnel, et comme de nombreux Ankariotes, j’étais toujours heureux de pouvoir venir à Istanbul où je laisse beaucoup d’amis. Flâner sur Istiklal, dénicher de belles antiquités dans le Grand Bazar, aller à la mosquée Süleymaniye, se rendre aux îles aux Princes, déjeuner dans les petits restaurants du marché de Kadiköy ou dans les meyhane de Galata, faire son jogging le long du Bosphore, assister aux matchs de football des équipes stambouliotes : Istanbul est à l’évidence une ville complètement à part en Turquie. 

Vous n’avez pas pu faire vos adieux à la communauté française lors de la réception prévue au Palais de France à Istanbul le 16 mars dernier. Qu’aimeriez-vous lui dire ?

Mon premier message, c’est de veiller à bien se protéger des effets du Covid-19 : la communauté française de Turquie doit continuer à respecter rigoureusement les consignes des autorités locales pour stopper l’épidémie. Les services consulaires d’Istanbul et d’Ankara sont pleinement mobilisés depuis le début de cette crise sanitaire pour assister tous nos compatriotes et leur donner tous les conseils nécessaires. 

Plus généralement, je tiens à saluer chaleureusement toute la communauté française de Turquie : une communauté en forte hausse ces dernières années (environ 12.800 Français inscrits sur les registres consulaires), pleinement intégrée (73% de cette communauté est composée de binationaux) et particulièrement dynamique. C’est là le meilleur socle pour aller de l’avant dans la relation entre Paris et Ankara. Je suis sûr que mon successeur Hervé Magro, qui connaît déjà très bien la Turquie, aura à cœur de s’appuyer sur tous les représentants de cette communauté pour faire franchir de nouveaux progrès à la relation entre nos deux pays. 

Au revoir et bonne chance à tous !

 

Lepetitjournal.com Istanbul souhaite à Monsieur Charles Fries beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions.

Monsieur Hervé Magro, qui a été nommé ambassadeur de France en Turquie par décret du 20 avril 2020 (publié au JORF le 21 avril 2020), prendra ses nouvelles fonctions en Turquie dès que la situation sanitaire le permet. 

 

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