Jeudi 24 juin 2021
Istanbul
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Entre hommage et tourisme, une excursion aux Dardanelles

Par Gisèle Durero-Köseoglu | Publié le 25/04/2021 à 04:00 | Mis à jour le 25/04/2021 à 11:35
Photo : Le cimetière français de Seddülbahir, à Gallipoli
Cimetière français de la bataille des Dardanelles

Sur la presqu’île de Gallipoli se dresse face à la mer le Mémorial des Martyrs des Dardanelles (Çanakkale Şehitliği ve Şehitler Abidesi), une arche colossale posée sur quatre titanesques piliers de granit pour honorer la mémoire des soldats disparus dans ce que l’Histoire surnommera le "cul-de-sac" de la mort. Quant au cimetière militaire français, il se trouve un peu plus loin, à SeddülBahir, dans la Baie de Morto, où avaient débarqué les Français et les Anglais.

 

Mémorial français Dardanelles
Le Mémorial des Martyrs des Dardanelles

 

La bataille des Dardanelles ou bataille de Gallipoli opposa, du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916, les forces françaises et britanniques à celles de l’Empire ottoman et se solda par la défaite des Alliés. Pour les Turcs, par contre, cette dernière victoire de l’Empire ottoman, où émergea la figure de proue de Mustafa Kemal, le futur Atatürk, commandant de la dix-neuvième division d’infanterie, - célèbre pour la directive donnée à ses soldats : "Je ne vous ordonne pas seulement de combattre, je vous ordonne de mourir"-, est considérée comme le tournant historique qui ouvrit la voie à la fondation de la république laïque.

 

Bataille des Dardanelles Turquie
Carte postale française de l'époque 

 

Pour les Poilus d’Orient survivants, l’enfer des Dardanelles se doubla de la déception de devenir ceux que les historiens surnommèrent "les oubliés de la victoire", leur dramatique expérience ayant été ensuite un peu éclipsée par les effroyables tragédies de Verdun ou du Chemin des Dames. C’est une raison de plus pour effectuer un pèlerinage sur la sépulture des "Dardas" et rendre hommage à leur sacrifice…

 

Soldats français Dardanelles
Des soldats français aux Dardanelles

 

Bataille des Dardanelles Turquie
Des soldats français aux Dardanelles

 

Cette terre encore hérissée de forts, dans laquelle les paysans trouvent toujours des balles et des ossements en labourant les champs, engloutit environ deux-cent mille hommes (chiffre estimé englobant les soldats tombés au front mais aussi ceux décimés par la dysenterie et la typhoïde…), Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais, Français, et Ottomans venus de tous les pays de l’Empire. Après la signature du Traité de Lausanne, les Anglais et les Français demandèrent l’autorisation de construire des cimetières pour leurs victimes ; quant au monument turc, commencé en 1954, il mit longtemps à sortir de terre et ne put être inauguré qu’en 1960, grâce aux dons de particuliers.

 

Bataille des Dardanelles Turquie
Le cimetière français de Seddülbahir 

 

Le cimetière français de Seddülbahir est dominé par une tour lanterne commémorative à trois étages, se dressant au-dessus des flots, où ont été gravés des vers de Victor Hugo :

"Gloire à notre France éternelle,

Gloire à ceux qui sont morts pour elle,

Aux martyrs, aux vaillants, aux forts,

A ceux qu’enflamme leur exemple,

Qui veulent place dans le temple

Et qui mourront comme ils sont morts…"

Toujours entretenu par la France, il regroupe les tombes de deux mille deux cents trente-six soldats français et coloniaux identifiés et les restes de vingt mille Poilus d’Orient inconnus, répartis dans quatre ossuaires. On peut y lire aussi la plaque commémorative des six-cent quarante-huit marins du cuirassé Bouvet, engloutis dans les eaux par une explosion de mine.

 

Bataille des Dardanelles Turquie

 

En 1934, Atatürk rendit un émouvant hommage aux soldats de toutes les nations tombés à Gallipoli : "Pour nous, il n’y a pas de différence entre les Johnny et les Mehmet qui reposent maintenant côte à côte, ici, dans notre pays...  Vous, les mères qui envoyèrent vos fils de pays lointains, essuyez vos larmes. Vos fils reposent maintenant parmi nous et ont trouvé la paix. Après avoir perdu la vie sur ces terres, ils sont aussi devenus nos fils…"

 

Bataille des Dardanelles Turquie
Plan des mémoriaux de Çanakkale (en turc)

 

Après avoir effectué la visite des mémoriaux, vous pouvez passer la nuit dans l’intéressante ville de Çanakkale, jeune et dynamique, qui comporte de nombreux hôtels et à laquelle vous accèderez en traversant les Dardanelles par le ferry de Kilitbahir. A Çanakkale, une promenade dans le centre-ville vous permettra de visiter l’ancien bazar, "Aynali çarsi", le Musée de la mer, le riche Musée archéologique et celui de la céramique. Sans oublier une marche sur le rivage appelé "Kordon", ponctué de sympathiques cafés et restaurants, où se dresse l’immense cheval de bois que les réalisateurs du film "Troie" ont offert à la cité.

Ne quittez pas la ville sans avoir goûté à ses spécialités : les sardines grillées, les moules et le fameux Halva de fromage sucré (peynir tatlisi). Quant aux achats, sachez que Çanakkale est connu pour sa délicieuse huile d’olive et son fromage blanc d’Ezine. Et si vous disposez d’un peu plus de temps, n’oubliez pas que dans les environs se trouvent le site de Troie, la cité antique d’Assos avec les vestiges de Hiérapolis et le pittoresque village ottoman d’Adatepe, fameux pour ses anciennes maisons en pierre de taille…

 

Gisèle Durero-Köseoglu

Gisèle Durero-Köseoglu

Native de Cannes, professeur de Lettres à Istanbul depuis trente ans, elle est l’auteur de plusieurs livres sur Istanbul et de romans historiques sur la Turquie médiévale.
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