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Les Tankas, les boat people de Hong Kong

Par Didier Pujol | Publié le 20/11/2018 à 17:00 | Mis à jour le 21/11/2018 à 11:12
Photo : Keith Macgregor - Courtesy de "Blue Lotus Gallery”
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Rencontre avec les Tankas, ce peuple associé aux villages flottants de Hong Kong. Longtemps sujets de discriminations et de méfiance, leur culture est en voie de disparition.

S’il est une image qui entretient l’exotisme de Hong Kong dans les films ou les guides de voyage, c’est celle des villages flottants au milieu de la ville. On les trouve systématiquement dans les comédies comme "Les tribulations d’un Chinois en Chine" avec Jean-Paul Belmondo en 1965, "Bons baisers de Hong Kong" avec les Charlots dix ans plus tard ou encore "Banzai" en 1983 qui cumule les clichés comme celui de l’avion rasant les immeubles à Kai Tak et la rencontre amoureuse de Coluche sur un "walla-walla", ces embarcations rondes du port d’Aberdeen. Dans un autre style, c’est du port d’Aberdeen que s’embarque Bruce Lee en 1973 dans le mythique “La fureur du dragon” pour l'île de Han où est organisé un combat d’arts martiaux. Dès les années 1950, les guides touristiques de Hong Kong indiquent les visites des villages flottants d’Aberdeen ou de Causeway Bay comme incontournables. 

 

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Photo de Keith Macgregor - Courtesy de "Blue Lotus Gallery

 

Pourtant peu de gens savent réellement qui sont les habitants de ces bateaux, appelés Tankas. Leur présence au Sud de la Chine semble attestée depuis la préhistoire, mais ils en auraient été chassés par l'invasion des Han de l’Empereur Qin (221 av. J.C. à 206 av. J.C.). S’étant par la suite révoltés sous la dynastie Tang (618-907), l’accès à la terre leur aurait été interdit. Mais ce ne sont là que quelques-unes des explications de l'existence de ce peuple de l'eau à Hong Kong car les théories diffèrent à leur sujet.

Ils ont longtemps été appelés à tort "sea gypsies" par les Anglais qui ne savaient pas pourquoi ils maintenaient un mode de vie si différent des trois autres ethnies de Hong Kong. Ainsi les Hoklos, venus du Fujian, étaient des pêcheurs sédentaires. Les Hakkas, ou "visiteurs", originaires des montagnes du Sud, sont quant à eux traditionnellenent des cultivateurs, tandis que les Punti, littéralement "les gens d’ici", désigne des Hans venus de Canton, en majorité des commerçants installés au Nord de Kowloon.

Une population marginalisée

Les traditions des Tankas sont en effet très différentes des autres groupes. Habillés de vêtements légers et d’un large chapeau de jonc aux bords tombants, leur dialecte est spécifique, bien que pratiquement disparu aujourd’hui. Des mélodies et chansons accompagnaient les rencontres tandis que les mariages et les rites funéraires se pratiquaient sur l’eau. Cette différence conduit très tôt les Chinois à marginaliser, voire mépriser cette population, à l'opposé sur l'échelle sociale des premières générations de marchands Cantonais qui profitent de l’arrivée des Anglais pour étendre leurs affaires.

 

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Photo de Keith Macgregor - Courtesy de "Blue Lotus Gallery

 

Les Tankas sont parfois assimilés à la piraterie qui sévit en mer de Chine ou aux légendes dont les Chinois sont friands. On les dit croisés d’hommes et de serpents de mer, ou bien qu'ils peuvent survivre sous l'eau pendant trois jours sans remonter à la surface, une façon de les diaboliser.

Le terme de Tanka, lui-même, est péjoratif "Tanka" signifiant "peuple-œuf", une référence à la forme ronde de leurs embarcations mais pas seulement. "Oeuf" est en effet une insulte commune en Chinois pour désigner les imbéciles. C’est la raison pour laquelle ils n’aiment pas encore aujourd’hui être nommés ainsi mais plutôt comme "seui seuhng yan" (水上人), soit les gens sur l’eau.

 

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Photo de Keith Macgregor - Courtesy de "Blue Lotus Gallery

 

Si le port d’Aberdeen est souvent cité pour parler des Tankas, c’est en fait un peu partout que vivaient les boat people, la configuration du territoire offrant de nombreuses possibilités pour abriter des bateaux. Ainsi la rade de Yau Ma Tei fut-elle longtemps un des points de rassemblement de Tankas, avant le comblement de la baie dans les années 1870. Cette partie de la ville étant alors consacrée au jeu et à la vie nocturne, les populations flottantes fournirent un large contingent aux maisons de passe toutes proches, accentuant encore le mépris des Chinois pour ce peuple. Les femmes Tankas sont alors appelées "filles d’eau salée" du fait qu’elles acceptaient de coucher avec les marins étrangers.

La disparition des boat people

Causeway Bay a longtemps hébergé de nombreuses embarcations habitées. Cette situation prend fin quand la baie est bouchée en 1972 pour devenir le quartier commerçant que l’on connaît aujourd’hui. Il est pourtant encore possible de retrouver cette ambiance un peu plus à l'Est, à Shau Kei Wan. Parmi les autres lieux fréquentés par les "gens sur l’eau", figuraient autrefois Tai Po Kau et Sha Tin, dans les nouveaux territoires, lorsque la mer entrait encore profondément dans ce secteur.

Dans les années 1980, il était aussi fréquent de voir des boat people au Sud de l’île de Lantau ou près de Hei Ling Chau. Bien que que Tai O ou Cheung Chau soient plutôt ancrés dans une tradition de pêche sédentaire, avec le séchage des aliments et des salines, des Tankas s'y sont aussi installés.

 

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Photo de Keith Macgregor - Courtesy de "Blue Lotus Gallery

 

Que sont devenus les Tankas aujourd’hui? Il n’est qu’à comparer les photos d’Aberdeen des années 1950 et celles actuelles pour comprendre que ce mode de vie est révolu. Un film (vidéo) tourné dans les années 1980 apporte des éléments de réponse. La scolarisation des enfants a conduit une grande majorité des Tankas à s’installer à terre pour exercer des métiers différents de leurs ainés. 

 

 

De plus, la politique de relogement des populations précarisés a amené beaucoup de familles à changer de mode de vie. Du coup, les particularités ethniques se sont estompées, reléguant les films européens au rang de clichés.

Les traditions familiales, elles, perdurent, mais les célèbres chapeaux de paille sont aujourd'hui plus portés par les employés municipaux, car pratiques, que par les Tankas eux-mêmes. Pour avoir une idée de cet ancien mode de vie, il faut désormais se rendre au Vietnam où se sont aussi installés les Tankas. 

Il arrive pourtant que l’on soit rattrapé par le passé en regardant une photo d’une femme portant un bébé dans un linge autour de ses épaules ou tout simplement en prenant le bac à Causeway Bay.

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Un mini-reportage de la chaine Arte auquel je participe est en préparation. Je vous avertirai lors de sa diffusion prévue début 2019 pour ne pas rater cette belle ballade nostalgique sur les Tankas!

Remerciements à Keith Macgregor pour ses splendides photos et à la galerie "Blue Lotus Gallery” qui le représente.

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Didier Pujol

Didier Pujol

Didier Pujol est passionné d'histoire et de culture chinoise. Après 7 ans passés à Shanghaï, il s'est installé à Hong Kong. Il y organise des tours et fait notamment découvrir la ville dans son blog qu'il partage avec nous.
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