Avec un cas diagnostiqué toutes les trois minutes dans le monde, la lèpre rappelle qu’elle n’a jamais disparu. Chaque année, des centaines de personnes sont encore touchées dans le monde, notamment en Inde, Indonésie et au Brésil. À l’occasion des Journées mondiales des malades de la lèpre, la Fondation Raoul Follereau alerte sur une maladie toujours active, et injustement invisible.


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En décembre 2025, plusieurs cas de lèpre sont identifiés en Europe, notamment en Roumanie et en Croatie. Rapidement diagnostiqués et pris en charge, ces cas n’ont présenté aucun risque pour la population. Contrairement aux idées reçues, la lèpre n’appartient pas au passé ni au cinéma… Pour mieux comprendre les causes et conséquences de ce fléau sanitaire, la rédaction lepetitjournal.com s’est rendue à la Fondation Raoul Follereau à Paris.
Sur 100 personnes qui entrent en contact avec le bacille, 99 guérissent d’elles-mêmes

La lèpre, une maladie ancienne mais une réalité contemporaine
Maladie millénaire longtemps associée aux grandes épidémies de l’histoire, la lèpre continue pourtant de toucher dans le monde. Selon l’OMS, environ 180.000 cas sont recensés, soit un nouveau diagnostic toutes les trois minutes. Maladie infectieuse causée par une bactérie, la lèpre se transmet d’homme à homme par postillons. Sa particularité est une incubation extrêmement longue. “La lésion élémentaire, c’est une tache cutanée décolorée et insensible. Elle peut apparaître cinq ans après le contact avec le bacille, parfois jusqu’à vingt ans” témoigne le docteur Kaba, chirurgien. Un délai qui complique considérablement le diagnostic, d’autant plus que la majorité des personnes exposées développent une immunité naturelle. : “Sur 100 personnes qui entrent en contact avec le bacille, 99 guérissent d’elles-mêmes” Aujourd’hui, les zones les plus touchées se situent principalement en Inde, en Indonésie et au Brésil.

La maladie est devenue invisible aux yeux des soignants, au point où on la classait comme une maladie tropicale négligée
Détecter plus tôt la lèpre pour éviter l’irréversible
À l’occasion des Journées mondiales des malades de la lèpre, organisées du 23 au 25 janvier 2026, la Fondation Raoul Follereau entend rappeler l’ampleur d’un combat encore trop souvent relégué au silence. L’enjeu est clair : détecter plus tôt, soigner complètement et lutter contre la stigmatisation persistante autour de la maladie.
En Côte d’Ivoire, l’un des pays prioritaires d’intervention de la Fondation, le docteur Pierre-Joseph Kaba, responsable du centre de Manikro issu de l’Institut Raoul Follereau, spécialiste en chirurgie réparatrice rappelle que la maladie est loin d’avoir disparu : “aujourd’hui, toutes les trois minutes, il y a un cas de lèpre qui est dépisté dans le monde. En Côte d’Ivoire, 584 cas ont été rapportés en 2024.” Longtemps reléguée au rang de maladie du passé, la lèpre souffre aujourd’hui d’un manque de visibilité, y compris dans les systèmes de santé. “Elle est devenue invisible aux yeux des soignants, au point où on la classait comme une maladie tropicale négligée” souligne le chirurgien.

Le docteur Kaba pratique des interventions de chirurgie réparatrice visant à redonner mobilité et dignité aux patients. “Nous corrigeons les déformations du visage, des mains en griffes. Nous réanimons le pouce, nous traitons aussi les plaies plantaires. Mais la chirurgie seule ne suffit pas : “la kinésithérapie est essentielle, tout comme l’accompagnement social. Sans, le malade ne se reconstruit pas”. Des parcours de reconstruction permettent ainsi à d’anciens malades de retrouver une place dans la société, à l’image de patients ayant pu reprendre une activité professionnelle.
La Fondation Raoul Follereau déploie une stratégie globale, notamment en Côte d’Ivoire, à Madagascar et au Bénin. Cette approche repose sur une prise en charge complète des patients : soins médicaux, accompagnement psychologique, mais aussi programmes de réinsertion sociale et professionnelle, afin de répondre autant aux souffrances physiques qu’aux blessures invisibles laissées par la maladie.
Il y a un traitement médical efficace depuis 1981. Une fois traité, le malade est guéri et n’est plus contagieux.

La recherche pour accélérer les traitements contre la lèpre
“La difficulté de la lèpre, c’est que les traitements sont longs, entre six et douze mois. C’est long et coûteux” nous explique Capucine Mallevile, Directrice du développement et de la communication de la Fondation Raoul Follereau. C’est pourquoi, au-delà du terrain, la Fondation est engagée dans la recherche. Elle pilote le programme européen TEBULA, soutenu par l’Union européenne, consacré à l’étude d’une molécule prometteuse, le télacebec. “L'objectif est de réduire le temps de traitement.”
Oui, la lèpre se soigne efficacement depuis plus de quarante ans. “Il y a un traitement médical efficace depuis 1981. Une fois traité, le malade est guéri et n’est plus contagieux.” Et de conclure par un appel humaniste : “Ce sont des personnes comme nous. Ce serait bête de passer à côté de la rencontre.Toute la peur et la stigmatisation ne devraient plus exister.”
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