Vendredi 19 avril 2019
Édition Internationale
Édition Internationale
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Retour au pays : rentrer « chez soi » ou nouvelle expatriation ?

Par Audrey Chapot | Publié le 11/02/2019 à 08:45 | Mis à jour le 11/02/2019 à 10:32
retour expatriation choc

Un retour d’expatriation, c’est une double épreuve, même lorsque ce retour est souhaité et anticipé. Ce constat est quasi systématique : c’est rentrer chez soi sans s’y retrouver et sans y être reconnu. 

 

Le retour au pays est si souvent négligé, alors que les effets peuvent être dévastateurs. Alors pourquoi cette situation ? Et comment faire pour s’y préparer le mieux possible, pour limiter les effets pervers du retour ?

Très régulièrement, les personnes qui me contactent pour que je les accompagne dans leur évolution ou leur reconversion professionnelle vivent une transition professionnelle depuis leur retour d’un séjour à l’étranger, parfois depuis plusieurs années ! Ils ne comprennent pas pourquoi ils se sentent instable, ni comment retrouver leur place. Ce qu’ils vivent est normal, mais sous-estimé, voire ignoré.
 

Le retour au pays est souvent une expérience violente

 

En effet, vivre à l’étranger, c’est un voyage très particulier, un bond spatio-temporel qui remue et transforme profondément. De « retour au pays », la violence du décalage entre nous et eux émerge ou explose selon les personnes ; on ne reconnaît plus ni le pays que l’on avait quitté, ni notre entourage, ni les mentalités, ni les habitudes locales. Les témoignages sont souvent similaires : Nathalie explique que « se sentir étranger dans son propre pays est un constat amer » ; pour Marie-Laure, « le retour est chaque fois violent ; il existe une entraide aveugle à l’étranger et pas du tout dans son propre pays. Cette solitude pèse. Je n’arrive plus à retrouver ma place dans mon pays d’origine. » ; Mathilde dit « se sentir à l’étroit à nouveau, avec l’impression qu’il faut se replier dans une boite devenue trop petite. » Jean-François précise que « le plus dur après un retour est d’être pris en France pour un français alors que l’on raisonne différemment. Un étranger est pris pour un étranger, donc ses attitudes, remarques et comportements sont acceptés parce qu’il est étranger. Un français non, il doit se comporter comme les autres français, et là est la frustration. »

 

Car un retour impose de vivre un double deuil : celui du pays et de la vie quotidienne que l’on vient de quitter, cumulé à celui du souvenir de notre pays d’origine et de notre vie d’avant. Sans ces deuils aboutis, nous restons dans une sorte d’errance, tel un apatride, en déconnexion totale avec nous-même, à chercher notre place et notre identité dans notre pays d’origine.

 

Le retour, c’est avant tout une nouvelle expatriation

 

En général, le retour au pays est synonyme de démarches administratives, d’aléas logistiques, de nouvelle intendance à mettre en place, d’emploi à trouver ou d’activité professionnelle à créer, d’école à rechercher pour les enfants. C’est effectivement incontournable, mais tout comme nous nous organisons pour reconfigurer un nouveau lieu de vie et mettre à jour notre situation administrative, nous devons conjointement nous préparer intérieurement au retour au pays : se préparer à laisser ce qui nous plait et ceux qui nous entourent au quotidien, et se préparer à vivre une nouvelle expatriation. Ce n’est pas un retour à la case départ, c’est une arrivée dans un nouveau monde qui nous est devenu étranger ! Les phases de joie, de plaisir, de confort alternent avec celles d’agacement, d’incompréhension, de déni de cette nouvelle réalité, de lassitude voire de déprime avant de retrouver son rythme et de se sentir à nouveau à l’aise.

Certains mènent leur barque seul dans ce périple, d’autres préfèrent être épaulés pour limiter la fatigue et la dépense d’énergie, pour réduire et mieux vivre le temps nécessaire à l’adaptation, pour décoder les incompréhensions vécues, pour finalement mieux vivre son retour au pays.

 

Entre nostalgie du pays et retour contraint, chaque cas est unique.

 

Evidemment, au delà du portrait générique, chaque situation colore différemment les facilités et difficultés du retour : les conditions d’expatriation et les conditions de séjour, à la fois professionnelles et personnelles doivent être prises en compte, tout autant que les conditions de retour.

Certains connaissent d’emblée leur durée de séjour à l’étranger et savent où ils rentreront, d’autres pensent être définitivement partis et se retrouvent surpris à l’idée de revenir dans un pays qu’ils pensaient avoir définitivement quitté. Certains ont la nostalgie du pays, de leur famille et de leurs amis, du climat, de l’environnement et veulent rentrer, comme Carine qui conclut « mes racines me manquent, même si je me plais ici. Je ne peux pas continuer avec ce manque en moi.» D’autres subissent leur retour car ils préfèreraient ne pas quitter leur vie épanouie à l’étranger, comme pour Emma « c’est le retour qui m’est insupportable ; je ne m’y ferai jamais. » Certains rentrent par obligation, pour suivre leur conjoint ou bien pour retrouver leur équilibre personnel après une séparation comme Anne-Laure qui synthétise que « la famille a explosé ». Quelles que soient les raisons du retour, voulu ou subi, la vie que vous retrouverez ne sera pas celle que vous aviez quittée il y a un, deux, ou vingt ans, et vous avez tout à reconstruire patiemment. En plus de votre contexte à prendre en compte, vos motivations réelles et votre investissement influencent fortement la qualité de votre retour et de votre réadaptation.

 

Le retour, c’est tout réapprendre de sa culture d’origine

Chaque changement de lieu et de mode de vie est une expérience enrichissante et fragilisante à la fois. Chacun passe par une étape de déracinement d’entre les deux vies, celle d’avant et celle à construire : faire face à la nouveauté et au déphasage du quotidien, gérer une nouvelle forme de solitude, se reconnaître dans sa culture d’origine et se redéfinir en environnement décalé, prendre soin de soi. C’est aussi de l’excitation, des choix de vie, des contacts au sein de nouvelles communautés (d’ex-expat par exemple). Le retour, c’est expérimenter la résilience, que Boris Cyrulnik décrit comme « ce processus qui nous tricote sans cesse avec notre entourage », c’est en fait une opportunité de renouveau pour refaire son nid.

 

Pour ceux qui souhaitent un éclairage ou un accompagnement pour se préparer et mieux vivre leur retour au pays, plus d’informations sur : www.audreychapot.com

Nous vous recommandons

audreychapot

Audrey Chapot

Anthropologue hybride, Audrey accompagne particuliers et professionnels dans leurs transitions de vie professionnelles / internationales / sociétales pour vivre et travailler, chacun à sa manière, avec cohérence, aisance et impact.
8 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

manon mer 27/03/2019 - 14:32

bonjour j ai quite le quebec durant 12 ans ......j y suis revenue il y a 1 an et demi et mon constat est semblable aux votres.... moi qui etais pro politique...je ne m y interesse plus je ne me sens pas encore tout a fait de retour j ai toujours dit que lorsqu on est immigree il y a toujours 1 des 2 pays qui nous manque.

Répondre
Commentaire avatar

Ady mar 12/02/2019 - 15:46

Après 17ans (majoritairement en Asie) nous avons du rentrer en France pour plusieurs raisons il y a maintenant 7 mois. Nous n’avons toujours pas trouvé de travail, nous nous sentons décalés par rapport aux événements en France et envisageons de repartir (en Europe si possible). Les enfants se sont bien adaptés et profitent plus de leurs grands parents mais c est nous qui avons des doutes sur le fait de trouver des emplois qui nous conviennent (grosse chute de salaire...) pas évident du tout.

Répondre
Commentaire avatar

Laurence lun 11/02/2019 - 21:15

Après plus de 10 ans d’expatriation et quelques pays découverts je ressens et je pressens tous les sentiments émanant de cet article, les prochaines difficultes d’adaptation dans mon propre pays ....

Répondre
Commentaire avatar

Laurence lun 11/02/2019 - 21:11

Sur le retour après 12 d’expatriation je ressens et j’en pressens surtout c’est difficultes d’adaptation lors de notre prochain retour. Cet article raisonne beaucoup en moi actuellement ...

Répondre
Commentaire avatar

julia lun 11/02/2019 - 18:24

en effet après trente ans d'expatriation nous devons retourner en France pour vieillir auprès de nos enfants, malgré que je sois organisée, ayant prévu le maximum pour le retour. Lorsque que nous sommes en France pour préparer ce retour la communication est difficile, les gens ne comprennent pas qu'on ai pu partir si longtemps. Toutes les règles administratives ont changé. Et là c'est compliqué. Mais nous voulons retourner en France alors nous ferons face.

Répondre
Voir plus de réactions

Education

Beyrouth Appercu
EDUCATION

Jeux internationaux de la Jeunesse 2019 : le Liban à l’honneur

Le Liban accueillera la 9éme édition des JIJ, du 19 au 24 juin, organisés par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), en partenariat avec l’Union nationale du sport scolaire (UNSS).

Famille

L'intégration en France passe-t-elle par le choix d'un prénom ?

Indice d’intégration? Mode venue de l'étranger? Le choix des prénoms donnés aux enfants a souvent été source de polémique en France. Une étude sur les prénoms donnés par les immigrés à leurs enfants..

Sur le même sujet