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Education inclusive à l’étranger : comment améliorer la situation des dys à l’école ?

Par Caroline Chambon | Publié le 25/07/2021 à 18:00 | Mis à jour le 25/07/2021 à 18:00
Une écolière est accompagnée à l'école inclusive

A partir d’octobre 2021, l’INSHEA proposera un DU éducation inclusive pour former les personnels de l’AEFE aux problématiques rencontrées des dys. L’occasion d’évoquer un modèle encore peu répandu, en France comme à l’étranger.

 

L’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) proposera, à partir de la rentrée 2021, un Diplôme Universitaire en Education inclusive. Ce dernier formera les personnels de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE) aux problématiques et à la réalité des élèves dits à besoins particuliers que sont les dyslexiques, les dysphasiques, les dyspraxiques, ou encore les personnes souffrant du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). « L'élève a des difficultés de fonctionnement du système cognitif. Il n'a donc aucune déficience intellectuelle, ni sensorielle (vue et ouïe) », explique Eugénie Pettigrew-Leydier, orthopédagogue au Lycée français de Manille et fondatrice de la plateforme AIDEOR.

Comment s’organise l’éducation inclusive en France et dans les établissements français de l’étranger ? Comment faciliter la vie de ces élèves ? Alain Trintignac, inspecteur au service pédagogique de l’AEFE et référent pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, Nathalie Groh, présidente de la FFDYS, et Eugénie Pettigrew-Leydier, reviennent sur un modèle d’école qui reste à développer.

 

Un DU pour mieux former les personnels de l’AEFE à la réalité des dys

Chez un élève ayant un trouble dys, « la compréhension, l'acquisition, le traitement et l'utilisation de l'information verbale, non verbale et écrite sont perturbés », explique Eugénie Pettigrew-Leydier. « Ils ne reçoivent, traitent, analysent et retiennent pas l'information selon les attentes », poursuit-elle. Ce DU délivré par l’INSHEA a vocation à aider ces élèves et « servir la politique d'inclusion de l'établissement dans sa généralité », ajoute Alain Trintignac. « Cette offre va probablement répondre à un fort besoin, et pas seulement chez les enseignants » explique l’inspecteur de l’AEFE.

Quels seront les enseignements proposés par ce diplôme ? « Le DU comporte sept modules différents, qui vont de la gouvernance de l'école inclusive dans les établissements jusqu'au travail d'analyse des besoins des enfants, au plus près de la réalité dans leur inclusion en classe ordinaire », détaille Alain Trintignac. « Un des objectifs de la formation est de permettre aux enseignants qui seront inscrits et qui l'auront validé de se positionner dans leur établissement comme une sorte de référent école inclusive », ajoute-t-il.

 

 

L’éducation inclusive à l’étranger : la nécessité de s’adapter à des réalités diverses

Quelles sont les principales problématiques liées à l’éducation inclusive dans les établissements français de l’étranger ? « C’est encore plus complexe à l’étranger : il n'y a pas assez d'auxiliaires de vie pour les embaucher », argue Nathalie Groh. « Face à la diversité des ressources locales, les établissements peuvent être amenés à devoir travailler essentiellement avec leurs ressources propres », précise Alain Trintignac. « D'un établissement à l'autre, d'un pays à l'autre, nous ne serons pas nécessairement confrontés aux mêmes difficultés, aux mêmes contraintes et opportunités » ajoute le référent de l’AEFE pour les élèves à besoins particuliers.

« L'objectif de l'Agence est de donner des axes dont les acteurs dans les établissements peuvent s'emparer en fonction de leur contexte et de leurs ressources locales », explique Alain Trintignac. « Les difficultés sont les mêmes à l'étranger, avec peut-être une singularité supplémentaire. A l'étranger, 60% des élèves n’ont pas le français comme langue maternelle », conclue-t-il. Les spécificités de l’enseignement français à l’étranger viennent donc renforcer les difficultés connues par ces élèves ayant un trouble dys.

 

Nathalie Groh
Nathalie Groh. 

 

L’éducation inclusive pour les dys en France : un modèle encore loin d’être parfait

En France, les principes de l’école inclusive sont encore peu connus. « Depuis 2005, des projets personnalisés de scolarisation sont mis en place », explique Nathalie Groh. « Mais en réalité, les classes sont surchargées, les enseignants n'y arrivent pas, et il n'y a pas assez d’Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) », se désole-t-elle, avant de poursuivre : « La situation est encore pire lors des examens, car il a été décrété qu'il fallait une égalité totale entre les candidats ».

La détermination des élèves nécessitant un accompagnement différencié est encore en question. « Les élèves à besoins éducatifs particuliers sont aussi ceux dont le trouble n'est pas nécessairement reconnu comme un handicap. C'est par exemple le cas des élèves à haut potentiel », avance Alain Trintignac. Les élèves sont régulièrement en situation de détresse. « Certains sont obligés de partir de l'école tellement elle est maltraitante », dénonce Nathalie Groh. « Harcèlement, violence physique et verbale, nous avons fait une étude là-dessus en 2019 : la situation de violence psychologique est présente tout le long », ajoute-t-elle.

Du côté des professeurs, la formation est encore insuffisante. « Si vous n'êtes pas formés, vous ne savez pas comment accueillir un dys dans votre classe », avance la présidente de la FFDYS. « Jusqu'à 25 heures de formation ont été introduites dans les formations initiales pour l'ensemble des handicaps : ce n'est même pas une semaine », ajoute-t-elle, dépitée.

 

Eugénie Pettigrew-Leydier
Eugénie Pettigrew-Leydier

 

Des pistes pour améliorer la situation des dys à l’école, en France comme à l’étranger

Il existe toutefois des solutions pour aider les élèves ayant un trouble dys dans leur apprentissage et faciliter leur vie à l’école. « On aménage pour que les apprentissages se fassent sans être en double tâche. Quand vous êtes dyslexique, vous faites un effort : vous n'automatisez pas la lecture et êtes tout le temps en train de décoder des signes », explique Nathalie Groh. « Le meilleur moyen est de prendre les cours sur clé USB pour profiter pleinement du cours »,  ajoute-t-elle.

Comment accompagner l’élève dys de la meilleure façon possible ? Eugénie Pettigrew-Leydier, orthopédagogue, a plusieurs techniques : « Toujours inclure un visuel de temps aidera l'élève à mieux se repérer, lui permettre d'espacer ses périodes de travail intense, l'autoriser à utiliser un aide-mémoire et du matériel de manipulation, lui proposer d'utiliser les outils technologiques comme Lexibar, lui accorder un temps majoré et une reformulation des questions, et bien d’autres ». « Il s'agit ici de rééducation ; l'élève devra déconstruire un savoir, pour le reconstruire de nouveau, selon une méthode adaptée à lui », conclue-t-elle.

La compréhension des difficultés vécues par ces élèves à l’école doit, selon Nathalie Groh, passer par un assouplissement des conditions d’examens, et plus de contrôle sur l’action des établissements. « Notre proposition est de trouver un régulateur. Le contrôle se ferait en affichant des sanctions et des palmarès qui forceraient les écoles à changer les choses », avance la présidente de la FFDYS. « Il faudrait transformer les sujets d’examens pour les rendre moins complexes. La France est championne du monde de la complexité », conclue-t-elle.

Caroline Chambon

Caroline Chambon

Etudiante en relations internationales à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Caroline a rejoint lepetitjournal.com en mars 2021 en tant que stagiaire à la rédaction.
2 Commentaire (s) Réagir
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Nicolas Jadot jeu 29/07/2021 - 08:37

On peut imaginer qu'il n'est pas évident pour un professeur de reconnaître un élève souffrant d'un "trouble de l'attention" d'un élève tout simplement mal élevé souhaitant en permanence être le centre du monde. De même, on peut comprendre qu'il est plus flatteur pour des parents de déceler un "haut potentiel" chez leur enfant plutôt que de combattre sa tendance à n'apprendre ses leçons que quand il l'a décidé. La bienveillance concerne aussi les autres enfants de la classe, ceux qui se donnent du mal pour bien faire leur métier d'élève et pour qui le mot "inclusivité" devient synonyme de "on n'a plus le temps de s'occuper de toi".

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Nathalie Quantin lun 26/07/2021 - 17:42

Il est temps que quelque chose soit fait pour ses enfants. J'ai moi même mon fils dyslexique, dysorthographique et Tdah et rien est fait par les profs au collège. On attend une signature pour le PAP depuis septembre 2020 .Un PPRE a été mis en place mais vu que celui ci est au bon vouloir des profs ,1 seul l'a suivi sur toute l'année. Et le TDAH a été découvert à la rentrée dernière par avant personne ne m'en avait parlé avant ,je ne connaissais même pas ce terme.

C'est inadmissible de voir que les gens ne font rien dès qu'il y a une difficulté. 

Leur métier est d'apprendre des cours avec bienveillance et non pas au bon vouloir. 

Il ne s'imagine pas que sa donne beaucoup de soucis et de travail aux parents quand il s'agit de faire les devoirs avec la moitié des cours dans les cahiers ou de voir un contrôle à blanc parce qu'il n'a pas compris les consignes et qu'on voit écrit "n'a pas appris la leçon " ou sur le bulletin "manque de travail ".

Enfin merci pour eux et que les personnes qui feront cette formation ,la fasse pour devenir utile à ses enfants 

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