Édition internationale

Comment les enfants sont perçus à travers le monde en 2026 ?

Être un enfant à Paris, à Séoul ou dans une région rurale d’Inde ne signifie pas la même chose. La manière dont un enfant est regardé n’a rien d’universel. Selon le pays, la culture et même le contexte économique, il peut être perçu comme une personne à protéger, un membre actif du foyer ou un élève sous pression. Enquête de la rédaction.

groupe enfant groupe enfant
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 15 avril 2026, mis à jour le 16 avril 2026

 

 


“Il est plus facile de construire des enfants solides que de réparer des adultes brisés”, écrivait l’ambassadeur américain Frederick Douglass. Pourtant, cette idée ne se traduit pas de la même manière selon les sociétés. Ces différences de perception ne sont pas seulement théoriques : elles ont des conséquences très concrètes sur la vie des enfants. Elles influencent leur accès à l’éducation, la place qu’ils occupent au sein de la famille, ou encore le poids des attentes qui reposent sur leurs épaules. Selon les contextes, elle peut être vécue comme une période d’innocence ou au contraire de responsabilités et de fortes pressions.

 

À l’échelle mondiale, ces écarts restent marqués. Selon les données de l’Organisation des Nations unies et de l’UNICEF, environ 160 millions d’enfants travaillent encore aujourd’hui, dont près de la moitié dans des conditions dangereuses. Cela représente un enfant sur dix (âgés entre 5 et 17 ans). Cette situation peut être plus commune dans les pays défavorisés et dans les régions pauvres. 


L’enfant comme individu à protéger

Dans la plupart des pays occidentaux développés comme la France ou les États-Unis, l’enfant est aujourd’hui majoritairement perçu comme une personne à part entière, avec des droits spécifiques et une individualité propre. Les familles placent le bien-être et la santé de l'enfant au centre de leur pédagogie. Dans ces sociétés, l’enfant est au centre des attentions familiales et institutionnelles. Cependant, ces dernières années, la France fait face à un certain rejet des enfants, notamment dans les lieux publics. Citons la fameuse tendance des espaces “no kids” dans les trains SNCF. Aujourd'hui, un Français sur deux (54 %) se dit favorable à la création d’espaces sans enfants en France, selon un sondage Odoxa, bien que le droit d’exclure une personne en raison de son âge soit puni par une amende qui peut aller jusqu’à 75.000 euros…

 

 

La montée de la tendance « No kids » dans le monde
 

 

Cela n'empêche pas cette tendance de se répandre aussi dans plusieurs pays européens. En Espagne, par exemple, où les établissements “adults only” sont devenus monnaie courante. Ces établissements sont conçus pour les personnes majeures (plus de 16 ou 18 ans en général, soit interdit aux enfants). Ce phénomène est assez courant dans plusieurs destinations estivales, comme en Grèce ou au Portugal.  

 

À l’inverse, certains pays européens se distinguent par une approche “kids friendly”, où leur présence dans l’espace public est non seulement acceptée, mais appréciée. Les pays nordiques sont réputés pour être kids friendly, et la Finlande en est l’exemple parfait. La compagnie ferroviaire publique finlandaise dispose d’un wagon aménagé spécialement pour les enfants, avec un espace de jeux comprenant un toboggan, des installations en bois, ainsi qu’une petite bibliothèque et des bancs pour lire. En Allemagne, la compagnie de train Deutsche Bahn offre plusieurs avantages aux familles. Le principal concerne les tarifs : les enfants de moins de 14 ans voyagent gratuitement lorsqu'ils accompagnent un adulte sur de longs trajets. En Suisse, les trains Inter City à deux étages sont aussi souvent cités comme référence pour les voyages en famille. Chaque train dispose d'une voiture spécialement aménagée pour les enfants, avec une aire de jeux et des espaces pour les poussettes

 

enfants dans un train
©Idzard Schiphof

 

L’enfant comme un projet de réussite

La Corée du Sud est le pays où la pratique des espaces “no kids” est la plus développée.  Un élément qui s’explique par l’image souvent négative associée à la maternité et au mariage, incluant des sacrifices et une forte charge de responsabilités. La figure traditionnelle de la « hyobu », la belle-fille idéale chargée de travailler, cuisiner, nettoyer et de s’occuper à la fois des enfants et des beaux-parents, est aujourd’hui de plus en plus vue comme un modèle oppressif, difficilement compatible avec les aspirations individuelles. 

 

 

Taux de fécondité au plus bas : Pourquoi la Corée du Sud ne fait pas d’enfants ?

 

 

Mais cette pression sociale remonte dès l’enfance, notamment avec l’éducation. À Séoul, l'enfance est souvent perçue comme une période où tout est pensé en termes de performance. Le système éducatif est reconnu pour être extrêmement compétitif. À tel point que certains parents inscrivent leurs enfants dans des écoles spécialisées dès l’âge d’un an et demi pour qu’ils apprennent l’anglais.Très tôt, ils passent une grande partie de leur temps dans des académies privées (hagwon) qui donnent cours jusqu’aux alentours de 22 heures. Dans la culture coréenne, les plus jeunes sont moins perçus comme des individus à protéger. Ils sont davantage vus comme un projet de réussite sociale, dont les performances futures conditionnent le statut de toute la famille. On retrouve cette logique dans plusieurs pays d’Asie de l’Est, notamment au Japon ou en Chine, où la réussite scolaire occupe également une place centrale dans la perception des enfants au sein de la société. 

 

parent qui se promener et marche avce un enfant devant un supermarché en Corée

 

En Chine, cette vision a longtemps été renforcée par la politique de l’enfant unique, mise en place en 1979. Lorsque le gouvernement chinois instaure un contrôle démographique, où les couples ne doivent plus avoir qu'un seul enfant. Afin de limiter la croissance de sa population, le pays met en place un système de sanction-récompense. Les parents qui ont plus d’un enfant doivent payer des amendes et perdent l’accès à certaines aides sociales. À l’inverse, ceux qui n’en ont qu’un seul bénéficient de primes et de plusieurs avantages, notamment pour la garde, le logement ou les transports. Abandonnée à partir de 2015 en raison du vieillissement de la population et de la baisse des naissances, cette politique a fini par montrer ses limites.

 

Tout reposait sur un seul enfant. Il devait réussir, non seulement pour lui-même, mais aussi pour assurer l’avenir et le statut de toute sa famille. Cette pression a renforcé les attentes sociales dès le plus jeune âge, avec un investissement massif dans l’éducation des plus jeunes. 

 

L’enfant comme un membre responsable de la famille

Dans des pays comme l’Inde ou le Pakistan, l’enfant est souvent perçu comme un membre actif du foyer. Il est souvent intégré très tôt aux problématiques économiques de la famille. Avec un environnement modeste, il participe aux activités quotidiennes, que ce soit dans l’agriculture, le commerce ou les tâches domestiques. Selon plusieurs ONG de terrain, dont Action Éducation, ils représentent plus de 8.3 millions d’enfants travailleurs âgés entre 5 et 14 ans.

 

 

Mortalités maternelle et infantile: des progrès à faire en Inde et dans le monde


 

Une autre triste réalité qui existe encore en Inde : la préférence des enfants garçons aux filles. De nombreux couples préfèrent avoir un garçon, pour des motifs à la fois économiques et religieux. Les garçons sont considérés comme les garants familiaux et ceux qui s'occuperont des parents âgés. À l'inverse, une fille est perçue comme une charge. Les parents devront payer une dot quand elle va se marier, puis elle partira ensuite dans le foyer de son mari. Ils craignent qu'elle ne puisse plus s'occuper d'eux quand ils seront âgés. Tous ces préjugés pèsent sur les femmes, qui sont contraintes d’avoir recours à des avortements. Cela a mené à un déficit de 6.8 millions de naissances de filles en Inde, pour la période 2017-2030, selon la revue scientifique PLOS One. La raison ? La pratique massive des avortements des foetus de sexe féminin. Ce phénomène a un nom : la “Fœticide Belt” une expression utilisée par des journalistes indiens, à partir des années 2010, pour désigner les avortements sélectifs de fœtus féminins, particulièrement présent  dans le nord-ouest de l’Inde.


 

enfant qui travaille
©Hermes Rivera

 

L’enfant comme une force de travail

Au-delà de ces inégalités dès la naissance, les enfants, qu’ils soient garçons ou filles, restent souvent confrontés très tôt à des conditions de vie difficiles, notamment liées au travail. Par exemple, dans un district dans l’est de l’Inde, des enfants risquent leur vie chaque jour dans des mines de mica, un minéral utilisé pour donner de la brillance aux cosmétiques. Pour extraire ce minerai étincelant, les enfants doivent travailler 8 heures pour moins de 0,50$  par jour. Ils font face à des risques d’effondrements dans les mines et de morsures de serpents venimeux. Même si les autorités indiennes ont fermé les mines de mica, il y a plus de quarante ans. Des enfants continuent d’y être envoyés par leurs parents, faute d’alternative pour subvenir aux besoins du foyer. En 2022,  la Coalition pour des multinationales responsables publie une étude sur le travail infantile et la commercialisation des produits venant de la mine de mica, et estime à environ 30.000, le nombre d’enfants travaillant dans les régions  du Jarkhand et du Bihar. 

 

 

SOCIETE - Le travail des enfants, une réalité quotidienne

 

 

Dans un contexte de survie, la perception des enfants peut aussi être directement liée aux conditions économiques. C’est le cas dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, comme au Kenya. A l’est de Nairobi,  dans la décharge de Dandora, des enfants sont forcés de travailler pour survivre. Pour 1$ les 20 kilos de plastique, des mineurs doivent passer 20 hectares de déchets au peigne fin, en recherche de matériaux recyclables à revendre pour nourrir leur famille.  Avec environ 850 tonnes de déchets qui arrivent chaque jour à Dandora, le travail n’est pas une activité sans conséquence sur leur santé. Dans un rapport, l’ONU explique que les enfants présentaient des niveaux élevés de plomb dans le sang, ainsi la décharge provoque une forte pollution de l’environnement, qui entraîne notamment des problèmes de peau et des troubles respiratoires, à cause du plomb et du mercure. Cette situation n’est pas inédite. En réalité, le travail infantile est présent dans de nombreux secteurs en Afrique, comme dans l’industrie du chocolat en Côte d’Ivoire, qui emploie 2 millions d’enfants. Onze pays d’Afrique (Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Madagascar, Malawi, Mauritanie, Maroc, Nigéria, Tunisie et Ouganda) ont été identifiés comme pays pionniers dans le cadre de l’Alliance 8.7. Une initiative mondiale lancée par l’Organisation internationale du travail (OIT) qui vise à éliminer le travail forcé, l’esclavage moderne, la traite des êtres humains et le travail des enfants dans le monde.

 

Dandora est l’une des plus grandes décharges d'Afrique, avec environ 2.000 tonnes de déchets qui arrivent chaque jour. Créée en 1977, la décharge abrite un bidonville et est tristement connue pour un mauvais accès à l'assainissement et à l'eau et une forte présence de métaux lourds dus aux déchets. 


L’enfant comme un don 

Dans de nombreuses traditions, l’enfance détient une signification précise. Dans l’Ancien Testament, les enfants sont souvent présentés comme une bénédiction divine, notamment dans le livre des Psaumes où ils sont décrits comme « un héritage de l’Éternel » (Psaume 127:3). Cette tradition chrétienne continue d’imprégner la perception de l’enfance en Europe de l’Est, mais aussi occidentale. 

 

Dans la religion hindouiste, au Népal, dans la vallée de Katmandou, certaines jeunes filles âgées de moins 3 ans sont choisies pour devenir des Kumari, des déesses vivantes. Elles sont sélectionnées selon des critères religieux stricts et incarnent la déesse hindoue Taleju. Vénérées par les fidèles, elles vivent dans un temple-palais et jouent un rôle spirituel central jusqu’à leur puberté, où elles redeviennent des personnes ordinaires. 

 

Dans l’islam, l’enfant est également considéré comme une bénédiction, confié aux parents (amanah) qui ont la responsabilité de l’élever, de le protéger et de lui transmettre des valeurs éthiques et spirituelles de la religion. Dans plusieurs pays du Moyen-Orient, ces traditions islamiques continuent d’influencer fortement sa perception.

 

bébé qui lit et s'intéresse à la bible
©Samantha Sophia

 

 

Selon les sociétés, l’enfance peut être synonyme de protection, de performance, de responsabilité ou de survie. Mais ces visions, parfois opposées, coexistent aujourd’hui dans un monde de plus en plus interconnecté, où les inégalités restent ancrées. Elles interrogent aussi la manière dont les sociétés évoluent : la place de l’enfant doit-elle se rapprocher d’un modèle plus protecteur, ou continuera-t-elle à dépendre des contextes économiques et sociaux ?


 

 

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