Depuis plusieurs mois, le réseau de l’enseignement français à l’étranger traverse une période de fortes turbulences. En cause : une décision budgétaire de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger concernant le financement des pensions civiles des personnels détachés par l’État. Lepetitjournal.com a discuté avec la FAPEE, Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger pour mieux comprendre.


L’AEFE traverse une période tumultueuse. Son budget 2026 est au cœur des discussions. Selon l’agence, le poids croissant des pensions civiles des personnels détachés est essentiel. Le 18 décembre 2025, a été décidé en conseil d’administration de faire financer une part des pensions civiles par les établissements, via une nouvelle contribution. Cette mesure suscite une vive opposition des représentants de parents, au premier rang desquels la FAPEE - Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger. Son président, Brice Bultot, a répondu à nos questions.
Une nouvelle charge pour les établissements, une réponse jugée brutale
L’État ne compense plus intégralement le coût des pensions civiles des enseignants détachés, ce qui constitue une fragilité des finances de l’AEFE. Concrètement, les établissements devront désormais financer 35 % des pensions civiles en 2026, puis 50 % à partir de 2027. Pour Brice Bultot, le risque est clair : “La solution simple, lorsque la première priorité n'est pas le plan d'économie, c'est d'augmenter les tarifs. C'est un peu la crainte qu'avaient les familles. Ce que je déplore, c'est un défaut d'information et de transparence dans la manière dont les choses sont implémentées. Aujourd’hui, les parents et les familles sont un peu démunis face aux moyens dont ils disposent pour faire entendre leur voix.”

Des établissements AEFE différemment exposés
Dans les faits, tous les établissements ne sont pas touchés de la même manière. Les établissements en gestion directe (EGD), gérés directement par l’AEFE, subissent la décision sans véritable marge de manœuvre locale, souligne la FAPEE. Les établissements conventionnés, souvent gérés par des associations de parents locales, sont confrontés à une autre difficulté : ils doivent absorber la nouvelle charge alors que leurs budgets sont déjà votés et leurs équilibres fragiles. “Nous nous retrouvons avec une situation où les budgets sont déjà prévus, où les engagements et les projets sont désengagés pour l'année à venir (…) et à ce niveau-là, venir ajouter une couche supplémentaire de contributions peut mettre en difficulté tout un système.”
La FAPEE alerte sur un risque de “domino” bien identifié : hausse des frais de scolarité, départ de familles, baisse des effectifs, fermetures de classes, dégradation de l’offre pédagogique et perte d’attractivité du réseau. Pour la fédération, l’enjeu dépasse donc largement une ligne budgétaire : “Si les effets collatéraux sont d'avoir des écoles qui ferment dans des pays où l'enseignement français est un vrai refuge pour l'accès à l'éducation, personne ne peut s'en satisfaire”, insiste Brice Bultot à notre micro.

La FAPEE a lancé une pétition pour les établissements en gestion directe (EGD), colonne vertébrale historique du réseau d’enseignement français à l’étranger. Brice Bultot explique la démarche : “Le soutien de cette initiative est quelque part à deux volets : (…) assurer la continuité pédagogique et réfléchir à l'attractivité de l'enseignement français à l'étranger”, avant d’ajouter : “Il faut davantage associer les familles à la gouvernance et à l'accès à l'information. (…) Et ne pas considérer les parents et les élèves comme étant simplement utilisateurs d'un service.”
Une mission parlementaire vers une réforme de l’AEFE ?
Face à la contestation, le ministère a annoncé le lancement d’une mission parlementaire de six mois, confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne, portant sur le modèle économique de l’AEFE, la gouvernance, le statut des établissements et la place des parents. Cette annonce a temporairement apaisé les tensions, sans lever les inquiétudes selon la FAPEE : “Les attentes sont d'autant plus grandes. Notre fédération souhaite que cette mission soit constructive. L’accès à l’école est un sujet essentiel, défendu par les parents.”
Dans les mois à venir, la mise en œuvre concrète de la mesure, les négociations locales et les conclusions de la mission parlementaire seront déterminantes pour l’avenir du réseau, mais aussi pour des milliers de familles françaises et internationales à travers le monde.
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