Nathalie Arthaud : « Travailler moins pour travailler tous »

Par Damien Bouhours | Publié le 30/03/2022 à 18:00 | Mis à jour le 30/03/2022 à 18:15
Photo : Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière (Crédit photo : Victoria Viennet)
Nathalie Arthaud

Alors que le premier tour de la présidentielle 2022 approche, nous sommes allés à la rencontre des 12 prétendants à l’Elysée. Régression sociale, droits des travailleurs, augmentation des salaires… Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière, a répondu à nos questions.

 

Ma campagne consiste à proposer un programme de lutte pour le monde du travail

 

Quelle présidente voulez-vous être pour les Français ?

Je ne serai pas présidente. Ma campagne consiste à proposer un programme de lutte pour le monde du travail. Un programme qui permettrait aux travailleurs, chômeurs et retraités de ne pas subir les mesures de régression sociale que le patronat avec l’aide de son gouvernement, veut leur imposer.

 

Je parlerai plutôt des revendications qui me semble prioritaires, et pour lesquelles les travailleurs doivent se battre

 

Quelles sont les trois priorités de votre projet présidentiel ?

Plutôt que de projet, vous l’avez compris, je parlerai plutôt des revendications qui me semble prioritaires, et pour lesquelles les travailleurs doivent se battre :

I-Répartition du travail entre tous. Travailler moins pour travailler tous, sans diminution de salaire, en prenant sur les profits accumulés par les actionnaires des grandes entreprises.

II-Augmentation des salaires, retraites et allocations. Il est impossible de vivre correctement avec moins de 2 000 € par mois. C’est le minimum qu’il faut obtenir avec une indexation sur les prix pour que l’inflation ne vienne pas reprendre ce qui aura été arraché au patronat.

III-Abolition du secret bancaire et du secret des affaires Il faut la plus grande transparence, sous le contrôle des travailleurs, sur la marche des entreprises.

 

Les Français de l’étranger ont eu à subir des tracasseries administratives pour pouvoir rejoindre leur famille

 

Quel regard portez-vous sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement actuel et notamment sur les mesures prises pour les Français de l’étranger ?

La gestion de la crise sanitaire par le gouvernement a été calamiteuse : pour fuir ses responsabilités, et celles des gouvernements qui l’ont précédé, il a recouru au mensonge sur l’utilité des masques. Il a envoyé les travailleurs de la santé au front sans le matériel le plus élémentaire. On a confiné la population en continuant d’entasser les travailleurs dans les transports en commun pour assurer le fonctionnement de la société. On a célébré les « premiers de corvée », mais une fois le gros de la crise passée, on les a refoulés dans leur invisibilité. Et leurs bas salaires !

En outre bien des mesures de surveillance et de contrôle de la population n’ont pas été prises de manière anodine. Elles ont permis de tester des mesures répressives qui pourrait s’avérer fort utile à un gouvernement en cas de crise sociale…

Les Français de l’étranger ont eu à subir des tracasseries administratives pour pouvoir rejoindre leur famille. Mais là, les politiques disparates, menées par les pays, chacun dans son coin en sont en grande partie responsables.

 

Nathalie Arthaud
Crédit photo : Victoria Viennet

 

Quels sont, selon vous, les principaux défis rencontrés par les Français de l’étranger ?

Je remarque que les Français et les Européens en général, établis à l’étranger sont considérés comme des « expatriés » et non comme des « immigrés ». Ça fait un sacré distinguo…  Et un défi de moins à affronter !

 

Encore faudrait-il que la notion de Français de l’étranger corresponde à quelque chose !

 

Quelles sont les mesures que vous aimeriez mettre en place en faveur des Français de l’étranger ?

Encore faudrait-il que la notion de Français de l’étranger corresponde à quelque chose ! Quoi de commun, en effet, entre le couple d’enseignants retraités installé plusieurs mois par an au Portugal pour des raisons fiscales et le jeune trader au dents longues qui spécule dans une salle de marché à Hongkong ? Entre la start-uppeuse qui travaille dans le digital en Irlande et l’entrepreneur d’une PME du bâtiment installé au Vietnam. Le jeune chef de rang qui a trouvé une bonne place au Canada et un émissaire de Bolloré en Côte d’Ivoire ? Rien !

 

Le rayonnement des idées est indispensable pour convaincre qu'il faut mettre fin au capitalisme et à l’exploitation de l’homme par l’homme

 

Comment voyez-vous le rôle de la France et son rayonnement sur la scène internationale ?

Le seul rayonnement que j’envisage, n’est pas celui de la France mais celui des idées de transformation radicale de la société par le monde du travail, sans distinction d’origine. Le rayonnement des idées est indispensable pour convaincre qu'il faut mettre fin au capitalisme et à l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

Ce serait un acquis décisif pour le mouvement ouvrier !

 

Quelle est selon vous, la place des Français de l’étranger dans la société française ?

On pourrait espérer qu’ils puissent enrichir l’expérience des luttes de la classe ouvrière d’ici par l’acquisition de l’expérience des combats des travailleurs des pays dans lesquels ils résident. Ce serait un acquis décisif pour le mouvement ouvrier !

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
0 Commentaire (s) Réagir
Dans la même rubrique
À lire sur votre édition internationale