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Jean-Luc Mélenchon: « Avancer vers l’école gratuite pour les Français de l’étranger »

Par Damien Bouhours | Publié le 28/03/2022 à 18:00 | Mis à jour le 29/03/2022 à 17:34
Photo : Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise
Jean Luc Mélenchon

Alors que le premier tour de la présidentielle 2022 approche, nous sommes allés à la rencontre des 12 prétendants à l’Elysée. Enseignement français à l’étranger, services publics, gestion de la crise sanitaire, urgence sociale,… Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise, a répondu à nos questions.

 

Je serai le dernier président de la cinquième république

 

Quel président voulez-vous être pour les Français ?

Je serai le dernier président de la cinquième république. Je convoquerai par un référendum une assemblée constituante élue ou tirée au sort dont l’unique tâche sera d’écrire la constitution de la 6ème république. Les constituants n’auront jamais été élus auparavant dans une assemblée. Ses travaux dureront au moins 2 ans. Pendant ce temps, bien entendu, la constitution actuelle continuera de s’appliquer. Je l’appliquerai conformément à son texte et non selon l’interprétation monarchique qui en a été faite. La constitution prévoit des fonctions spécifiques pour les présidents : il est le garant de l’indépendance nationale, des traités et chef des armées.

 

Pour le reste, l’article 20 dispose que le chef du gouvernement conduit la politique de la Nation. Je laisserai mon ou ma Première ministre gouverner et personnellement je veillerai à l’application du programme sur lequel j’aurai été élu. J’aspire à être le premier président qui ne trahira pas ses engagements.

 

La priorité des priorités est de répondre à l’urgence sociale

 

Quelles sont les trois priorités de votre projet présidentiel ?

Clairement, la priorité des priorités est de répondre à l’urgence sociale. Dès mon élection je prendrai un décret pour instaurer un blocage des prix pour le carburant à 1,40 euro le litre, l’énergie et les produits alimentaires de première nécessité. De la même façon, le SMIC sera porté immédiatement à 1400 euros nets. Enfin, pour les jeunes gens, étudiants et lycéens de l’enseignement professionnel, j’instaurerai une garantie d’autonomie à 1063 euros par mois.

 

Jean-Luc Mélenchon

 

Quel regard portez-vous sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement actuel et notamment sur les mesures prises pour les Français de l’étranger ?

La politique sanitaire du gouvernement a été chaotique, pour les Français de l’étranger comme pour les autres. Sur le terrain, les agents consulaires bien sûr se sont démenés pour assurer des permanences téléphoniques et organiser des rapatriements. Mais la crise a révélé de manière inquiétante le niveau de sous-effectif. Pire, la pandémie a été un nouveau prétexte pour réduire l’accueil humain dans de nombreux consulats !

 

Dans les aides distribuées, on a constaté une différence entre les petits entrepreneurs français installés à l’étranger, trop souvent oubliés, et les grandes entreprises qui ont reçu d’amples subventions de soutien à l’export.

 

Enfin, la politique souvent incompréhensible des « motifs impérieux » a douloureusement divisé des familles. La vie des Français vivant à l’étranger a été compliquée par la non reconnaissance de l’ensemble des vaccins homologués par l’OMS dans le pass sanitaire. Nous, nous nous sommes battus pour la levée des brevets sur les vaccins et nous avons plaidé pour la reconnaissance de tous les vaccins homologués par l’OMS. 

 

Certains se plaignent de l’abstention chez les Français de l’étranger mais n’ont pas un mot contre les fermetures de consulats et de bureaux de vote !

 

Quels sont, selon vous, les principaux défis rencontrés par les Français de l’étranger ?

La vision des Français de l’étranger comme de riches expatriés est faussée. N’oublions qu’il y a dans cette catégorie aussi un tiers de binationaux ! Ils subissent l’affaiblissement de nos services publics à l’étranger. Certains se plaignent de l’abstention chez les Français de l’étranger mais n’ont pas un mot contre les fermetures de consulats et de bureaux de vote ! Les Français de l’étranger sont avant tout des Français. C’est le devoir de l’Etat de leur offrir un accès à des services publics de qualité.

 

Prenons l’exemple de l’école, qui est évidemment le plus parlant. L’accès aux écoles françaises, déjà considérées comme élitistes, est de plus en plus difficile et onéreuse. Emmanuel Macron a surtout développé les écoles privées : 40% de plus en 5 ans ! Les frais de scolarité montent en flèche et le système actuel de bourses n’arrive pas suivre. Il faut avancer vers l’accès à l’école gratuite pour les Français de l’étranger. La République leur doit.

 

Une autre sujet de préoccupation est le nombre de Français de l’étranger sans couverture santé suffisante. Et de retour en France, le délai leur impose 3 mois de résidence en France pour bénéficier de la sécurité sociale. Cette règle absurde a été suspendue pendant le Covid, mais pas définitivement abandonnée comme cela devrait être le cas.

 

Nous stopperons la privatisation des écoles françaises à l’étranger et favoriserons le recrutement d’enseignants titulaires

 

Quelles sont les mesures que vous aimeriez mettre en place en faveur des Français de l’étranger ?

Nous sommes la seule force politique à consacrer un livret programmatique aux Français de l’étranger. Je vous invite à le consulter sur le site melenchon2022.fr.

 

Nous sommes pour rendre l’éducation accessible à tous. Pour cela nous stopperons la privatisation des écoles françaises à l’étranger et favoriserons le recrutement d’enseignants titulaires. Par ailleurs, il faut cesser la fermeture de centres culturels et renforcer les structures existantes de diffusion du français comme les Instituts Français et Alliances Françaises.

 

Nous offrirons une protection sociale à tous nos compatriotes. Les Français de l’étranger seront intégrés dans le régime de sécurité sociale. Cela permettra de supprimer le délai de carence au moment du retour en France.

 

Nous garantirons l'accès universel à l’IVG et à la pilule du lendemain. Il ne s’agit pas de transgresser le droit local, mais d’aider les femmes à se rendre dans des zones ou pays proches garantissant le droit à disposer de son corps. Cette possibilité ne peut être réservée qu’aux plus aisées.

 

Nous supprimerons la décote et les autres dispositifs qui pénalisent les Français de l’étranger dans le calcul de la retraite et créerons des guichets régionaux de la CNAV à l’étranger pour faciliter les démarches.

 

Nous rétablirons également des services consulaires avec un accueil humain. La numérisation ne peut pas être le prétexte au démantèlement des guichets physiques !

 

Toutes ces mesures sont largement finançables pour l’État français. Nous mettrons en place un impôt sur le revenu bien plus progressif avec 14 tranches. Nous lutterons plus efficacement contre l’exil fiscal des grandes fortunes avec la mise en place d’un impôt universel.

 

La France doit être active sur la scène internationale pour réunir des coalitions sur toutes les grandes causes d’intérêt général

 

Comment voyez-vous le rôle de la France et son rayonnement sur la scène internationale ?

Je suis partisan d’une France non alignée et indépendante. Mais être non aligné ne signifie pas être neutre. Ainsi, lorsque Vladimir Poutine agresse l’Ukraine comme il le fait en ce moment, nous ne sommes pas neutre. Le non-alignement veut dire que nous ne lions pas dans des alliances et par conséquents sommes les seuls maitres de notre politique internationale. Le corolaire du non alignement dans mon esprit, c’est la diplomatie altermondialiste. La France doit être active sur la scène internationale pour réunir des coalitions sur toutes les grandes causes d’intérêt général : créer un tribunal climatique international pour punir le crime d’écocide, faire adopter un traité international de gestion raisonnée des forets, établir un droit des grands fonds, interdire l’exploitation des hydrocarbures présents au pôles, etc.

 

 

Là où ils sont, les Français de l'étranger sont les témoins et souvent les acteurs de révolutions citoyennes, de résistance au néolibéralisme et de la lutte contre le changement climatique

 

Quelle est, selon vous, la place des Français de l’étranger dans la société française ?

Ce sont des Français. Beaucoup d’entre eu nouent des liens d’amour à l’étranger et contribuent par leur lien avec leur patrie à sa créolisation. Ils apportent à la France un regard particulier, décentré. Là où ils sont, ils sont les témoins et souvent les acteurs de révolutions citoyennes, de résistance au néolibéralisme et de la lutte contre le changement climatique. Quelle chance et quelle fierté pour nous !

 

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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