Dialogue, aides sociales... Amélia Lakrafi et la FIBRE parlementaire de ce mandat

Par Damien Bouhours | Publié le 25/07/2022 à 18:00 | Mis à jour le 26/07/2022 à 14:34
Photo : Amélia Lakrafi, députée de la 10e circonscription des Français de l'étranger
Amélia Lakrafi, députée de la 10e circonscription des Français de l'étranger

Suite à sa réélection à l'Assemblée nationale, Amélia Lakrafi a accepté de répondre à nos questions. La députée de la 10e circonscription (Afrique de l'Est, Moyen-Orient) pour la majorité présidentielle, revient sur son premier mandat, sa promesse d'"une écoute bienveillante", sa fédération internationale des bienfaisances et des entraides (FIBRE) ou encore son combat pour les entrepreneurs français à l'étranger. 

 

Il y a un vrai travail à mener pour rapprocher les Français de l’étranger des enjeux nationaux et citoyens

 

Quelle a été votre réaction suite à cette réélection ? 

Je suis bien entendu honorée de la confiance que les électeurs ont bien voulu m’accorder, à une nette majorité. J’ai la conviction que c’est le résultat du travail d’écoute et de proximité que j’ai mené tout au long de mon premier mandat de députée. J’entends bien continuer à être une élue accessible au cours de ces cinq prochaines années car nos compatriotes de l’étranger ont besoin d’être davantage considérés et pris en compte, que ce soit pour mieux répondre à leurs besoins concrets, au quotidien, mais aussi pour que leur contribution au rayonnement de la France à l’international soit davantage valorisée. Je reçois aussi cette réélection avec beaucoup d’humilité tant les chiffres de la participation lors des derniers scrutins organisés à l’étranger –pour la présidentielle et les législatives- demeurent dramatiquement bas. Pour l’élection des députés, la mise en place d’une solution de vote en ligne n’a malheureusement pas permis d’enregistrer une hausse notable du nombre de votants. Il convient d’en tirer tous les enseignements utiles. Il y a un vrai travail à mener pour rapprocher les Français de l’étranger des enjeux nationaux et citoyens. 

 

Je plaide donc pour que nous puissions avoir plus d’agilité et de capacité d’adaptation dans l’action publique

 

Quels ont été les enseignements de ce premier mandat qui influenceront ces cinq prochaines années ? 

Le premier enseignement que je tire à titre personnel est que le temps long de la prise de décision politique entre bien souvent en conflit avec l’urgence à agir sur certaines situations. Cela génère de la frustration à tous les niveaux. Je plaide donc pour que nous puissions avoir plus d’agilité et de capacité d’adaptation dans l’action publique. Je cite un exemple. Dès le début de la crise épidémique, la France a déployé un dispositif d’aide exceptionnelle pour accompagner les Français de l’étranger qui subissaient une baisse de revenu en raison du contexte. Ce secours occasionnel a été prolongé jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes le SEUL pays au monde à avoir mis en place une telle mesure pour nos compatriotes établis hors de France. Cela devrait être une source de grande fierté. Mais la complexité des formalités à réaliser pour y avoir accès -qui se sont assouplies depuis le démarrage, à la demande des parlementaires- a altéré l’efficacité de la mesure et son accueil positif. 

 

Il est de notre responsabilité d’élus de conserver un contact direct avec ceux que nous représentons

 

L’autre enseignement que je tire et qui est pour moi d’une grande importance, est qu’il est de notre responsabilité d’élus de conserver un contact direct avec ceux que nous représentons. Maintenir le dialogue, faire de la pédagogie sur les ambitions que nous portons au service de l'intérêt général, répondre aux sollicitations : j’ai la conviction que c’est en étant présents, avec une écoute bienveillante, que nous rétablirons durablement la confiance. C’est la ligne de conduite que j’ai eu durant mon premier mandat et j’ai reçu beaucoup de témoignages de personnes qui saluaient cette démarche. 

 

 

 

Quels sont pour vous les objectifs de ce nouveau mandat ? 

Ce nouveau mandat s’inscrit dans un contexte institutionnel inédit, compte tenu de la composition de l’Assemblée nationale, qui oblige chaque groupe politique à être dans un dialogue constructif. Je suis persuadée que cela peut être très positif pour la vitalité de notre démocratie à la condition que le pays n’en soit pas bloqué. 

 

Je souhaite que nous accordions davantage d'intérêt aux entrepreneurs français à l’étranger

 

Quels seront vos grands axes de travail concernant les défis auxquels sont confrontés les Français de votre circonscription ? 

Ma circonscription compte 49 pays et comme je le dis souvent, les Français qui y résident n’ont pas des préoccupations homogènes. Pour une grande majorité d’entre eux, les attentes principales résident dans la poursuite des efforts de simplification de leurs démarches depuis l’étranger mais aussi en France. Ce sera sans conteste l’un des défis majeurs de ce nouveau mandat. Mais au-delà, je compte aussi dans ma circonscription de nombreux Français en proie à d’importantes difficultés sociales. Je veux que nous soyons en capacité de mieux répondre à ces situations en améliorant l’accès à une couverture maladie, en donnant plus d’efficacité à nos dispositifs d’aides sociales et en contribuant à faire monter en puissance le réseau associatif des entraides à l’étranger qui sont des partenaires utiles et complémentaires à l’action consulaire. Dans cet objectif, j’ai créé la fédération internationale des bienfaisances et des entraides (FIBRE) pour mieux coordonner leur action et leur apporter un appui technique. 

Je souhaite également que nous accordions davantage d'intérêt aux entrepreneurs français à l’étranger (EFE), qui contribuent tout autant que nos grands groupes implantés à l’étranger au rayonnement de la France et de nos savoir-faire. Il y a un travail à réaliser sur la définition juridique de ces entreprises et à partir de cette définition, je souhaite que de nouveaux droits leur soient ouverts pour soutenir leur développement. 

L’écologie et les enjeux environnementaux sont aussi au cœur des préoccupations de nos compatriotes de l’étranger. Beaucoup d’initiatives sont menées d’ailleurs par des Français dans leur pays de résidence. A Dubaï par exemple, il existe un club écologie qui conduit un travail de sensibilisation très efficace. Je pense que ces projets pourraient se dupliquer.

L’éducation, l’usage du Français mais également la santé demeurent des éléments sur lesquels je souhaite aussi maintenir un haut niveau de vigilance.

 

Inscrivez-vous sur les registres !

 

Avez-vous un message à envoyer à ces Français ? 

Les Français de l’étranger ont une exigence forte vis à vis de la France et de l’Etat français et c’est bien normal. Je déplore toutefois qu’il y ait toujours un tel décalage entre le nombre de nos compatriotes qui s’inscrivent officiellement sur les registres consulaires et la réalité de la présence française à l’international. Le fait que près de la moitié des Français établis à l’étranger ne s’inscrivent pas sur les registres complexifie notre capacité à défendre des avancées et des moyens les concernant. Si j’ai donc un message à leur passer c’est inscrivez-vous sur les registres ! vous y avez tout intérêt à la fois sur le plan personnel, pour vos droits, vos démarches et votre protection mais aussi sur le plan collectif afin que des moyens à la hauteur de votre nombre réel soient mobilisés. 

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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