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Hyojeong Kim de NomadHer  : « Redonner le pouvoir aux femmes par le voyage »

Par Capucine Taconet | Publié le 29/09/2021 à 18:00 | Mis à jour le 01/10/2021 à 11:55
Hyojeong, fondatrice de NomadHer, à Station F et en voyage

Avec 45 pays parcourus seule, Hyojeong Kim a le nomadisme dans la peau. Cette Sud-coréenne partage depuis 2018 sa passion du voyage avec NomadHer, une application pour les femmes qui voyagent seules. Incubée à Station F, sa start-up est considérée comme l’une des plus innovantes au monde par le Comité National Olympique Paris 2024 et a été désignée coup de cœur de Volvo catégorie impact social. Nous avons pu rencontrer Hyojeong et discuter de son projet d’empouvoirement des femmes par le voyage.

 

78% femmes n’ont jamais voyagé en solo hors Europe, alors qu’elles sont chaque année plus nombreuses à vouloir le faire. C’est pour les aider dans cette démarche qu’Hyojeong a conçu NomadHer. Cette application gratuite permet aux voyageuses de demander des conseils pour leur prochain voyage, faire un bout du périple à plusieurs, proposer un verre à des locales, ou encore raconter le meilleur et le pire de leurs aventures en solo !

Entre ses ateliers d’entreprenariat, ses réunions d’utilisatrices, et son quotidien de nomade digitale, lepetitjournal.com a pu rencontrer Hyojeong, la CEO de NomadHer, à Station F. Une interview qui donne envie de parcourir le monde.

Hyojeong, fondatrice de NomadHer, lors d'un de ses voyages de digitale nomade.
Hyojeong, fondatrice de NomadHer, lors d'un de ses voyages de digitale nomade.

 

"She Can Travel Alone" : c'est le slogan de NomadHer que l'on peut lire sur vos réseaux sociaux. Et vous, quand avez-vous commencé à voyager en solo ?

Je me souviens de mon premier voyage en solo, j’avais 11 ans. J’ai fait l’équivalent d’un Marseille/Paris en Corée du Sud, pour me rendre à un festival de journalisme. C’était à l’époque où je voulais devenir correspondante de guerre. Plus tard, à 18 ans, je suis partie seule en Chine pendant trois mois pour apprendre le chinois. Là-bas, je me suis fait des amis du monde entier, et j’ai eu envie d’aller leur rendre visite. À 21 ans, je suis venue en France pour la première fois, grâce à un échange universitaire avec la Paris School of Business. Toutes les semaines, j’en profitais pour partir en Europe, dans un autre pays. Et souvent, comme je n’avais pas le même emploi du temps que mes amis, je voyageais seule. À la fin de mon échange, j’ai décidé de rentrer en Corée du Sud en Transsibérien, alors que tous mes amis me le déconseillaient. Toutes ces expériences font que j’ai aujourd’hui parcouru 45 pays en solo ! Grâce au télétravail, je continue de beaucoup voyager avec mon équipe. Il y a quelques jours nous étions en Bourgogne, et la semaine prochaine nous partons trois mois…en Corée du Sud !

 

Je me suis rendue compte que mon expérience traumatisante de couchsurfing n'était pas un cas isolé. Près de 80% de femmes ont fait face à des incivilités ou à des agressions en voyage

Quand avez-vous eu l’idée de créer cette appli pour les voyageuses en solo ?

L’idée de NomadHer a commencé à germer après une mauvaise expérience en Italie. J’ai voyagé plusieurs semaines, en faisant du couchsurfing. J’ai eu une vingtaine d’expériences chez l’habitant, qui se sont toutes très bien passées, jusqu’à cette fois où j’ai été hébergée par un homme de trente ans qui vivait avec ses parents. Tous les avis des précédents couchsurfers étaient positifs, il vivait avec sa famille, tout s’annonçait très bien. Cependant, je me suis réveillée en pleine nuit, face à ce fils de trente ans qui se masturbait à côté de moi alors que je dormais. Cela m’a profondément choquée, je ne savais pas quoi faire. J’étais tellement paralysée qu’il m’a fallu plus d’un an pour parvenir à laisser un commentaire sur son profil et raconter ce qu’il s’était passé, c’était trop dur. À ce moment-là, je me suis demandée si c’était là une expérience isolée, ou si d’autres femmes avaient été confrontées aux mêmes problèmes d’insécurité en voyage. Au fur et à mesure de mon enquête, je me suis rendue compte que c’était un problème partagé par beaucoup de femmes : près de 80% d’entre elles ont fait face à des incivilités ou à des agressions en voyage. C’est ainsi que je suis revenue à Paris en 2017 en Master d’entreprenariat à Sciences Po, avec l’idée de monter une start-up sur l’empouvoirement des femmes et le voyage. 

 

Comment marche votre application ?

 

Application NomadHer

 

L’application permet aux femmes qui souhaitent voyager seules de trouver du soutien dans une grande communauté, de poser leurs questions et demander conseil à des femmes qui connaissent bien leur destination. Nous avions ouvert au départ une fonction de couchsurfing, mais en fait, plus que d’un hébergement, les voyageuses veulent surtout rencontrer des femmes locales. Aujourd’hui, nous sommes 4000 NomadHers à travers le monde, et la communauté continue de grandir. Je ne cesse de réfléchir à des améliorations pour l’application, pour répondre au mieux aux besoins des NomadHers. C’est un processus assez long, surtout qu’avec l’équipe, nous vérifions manuellement tous les nouveaux profils créés sur l’application. Les utilisatrices doivent se sentir en sécurité.

 

Pourquoi avez-vous choisi de monter votre start-up en France ?

La France est assez avancée en terme d’entreprenariat social. Elle dispose de nombreuses formations et c’est ce qui m’a poussée à venir en Master entreprenariat à Sciences Po Paris. Je savais aussi que le gouvernement français allouait des bourses donc cela m’a paru plus facile de monter ma start-up ici qu’en Corée du Sud. Paris est devenu mon point d’attache, même si je rentre travailler trois mois par an en Corée du Sud.

 

Hyojeong, CEO de NomadHer, avec toute son équipe à Station F
Hyojeong Kim, fondatrice de NomadHer, entourée de son équipe à Station F.

 

Vous qui êtes vous-mêmes expatriée, est-ce que cela a été facile de vous intégrer en France ?

Mon intégration n’a pas été facile au départ, parce que je ne connaissais rien de la culture française et je ne parlais pas un seul mot de français. Et au-delà de ça, j’ai eu du mal à me projeter dans mon travail, parce qu’il n’y avait presque aucune autre femme asiatique entrepreneuse à Station F, je croisais surtout des hommes, blancs. Petit à petit, j’ai commencé à comprendre la culture, et grâce à l’écosystème très international de la Station F, j’ai pu me faire des amis d’origines variées. Je n’ai pas beaucoup de liens avec la communauté sud-coréenne à Paris, ce qui me manque surtout c’est la nourriture. Ça risque de vous surprendre, mais je préfère des nouilles et du riz à une baguette de pain !

 

Voyager m’a rendue plus mature, plus confiante, plus indépendante… ça a changé ma vie !

Comment le voyage peut contribuer à l’empouvoirement des femmes selon vous ?

Nous n’avons pas toutes les mêmes capacités ni les mêmes conditions de voyage selon notre pays d’origine mais de plus en plus de femmes ont envie de voyager seule. Le voyage est la seule chose que j’achète, qui me rend encore plus riche. Voyager m’a rendue plus mature, plus confiante, plus indépendante… ça a changé ma vie !

 

Au cours de votre enquête, quels sont les principaux freins auxquels se heurtent les voyageuses solos que vous avez pu relever ?

En discutant avec des centaines de femmes, je me suis rendue compte que notre insécurité en voyage n’était pas seulement physique, mais aussi émotionnelle. La peur de la solitude, le stress de l’organisation, la barrière de la langue sont autant de freins pour un voyage en solo !

 

Il n’y pas de voyage raté ou réussi. Malgré toutes les galères, chaque voyage crée de bons souvenirs

Si vous deviez donner trois conseils à des femmes qui veulent voyager seules...

Tout d’abord, je dirais qu’il faut y aller petit à petit. Il vaut mieux commencer par un pays de la même langue, que partir à l’autre bout du monde dans un pays dont je ne parle pas un mot de la langue. C’est un bon moyen pour se tester et voir de quoi on est capable. Ensuite, faire beaucoup de recherches, se renseigner sur le lieu où l’on va, la culture, les traditions. Et bien sûr, mon troisième conseil est d’utiliser NomadHer ! Cela vous permet de rencontrer des femmes de tous pays, d’avoir des conseils de personnes locales, qui vous soulageront dans l’organisation. Une aide bien plus précieuse que ce que vous lirez dans des guides. Surtout, il faut se dire qu’il n’y pas de voyage raté ou réussi. Malgré toutes les galères, chaque voyage crée de bons souvenirs. D’ailleurs, la première chose qu’on raconte en rentrant, ce sont toujours des anecdotes de petits ratés ou grosses galères, plutôt que ce qui s’est bien passé.

 

Quels sont les prochains projets de Nomadher ?

En ce moment, je rencontre énormément d’utilisatrices de l’application pour comprendre leur principal besoin. Nous sommes en train de créer des catégories pour pouvoir retrouver tous les conseils par pays. Nous travaillons également à un partenariat avec les offices du tourisme pour présenter l’application dans les guides. A New York, des NomadHers ont lancé des apéritifs de voyageuses, je suis ravie de voir de nouvelles initiatives se lancer !

 

Logo de NomadHer sur fond vert

   

Pour en savoir plus sur l'application rendez-vous ici. Vous pouvez la télécharger gratuitement sur Apple Store et Play Store.  

Capucine Taconet

Capucine Taconet

Étudiante nantaise expatriée à Paris pour ses études de journalisme. Elle a connu lepetitjournal.com lors d’un échange universitaire à Bogota et rejoint la rédaction internationale en septembre 2021.
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