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Violences intrafamiliales à l’étranger : que peuvent vraiment faire les consulats ?

En 2025, 177 cas de violences intrafamiliales ont été signalés aux services consulaires français. Un chiffre que la Direction des Français de l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE) estime très probablement inférieur à la réalité. C’est le cas de Lara* qui a vécu près de vingt ans d’emprise, d’isolement et de violences intrafamiliales à l’étranger avant de rentrer en France avec ses deux enfants. Un jour, elle a franchi la porte du consulat français…

aide consulataide consulat
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 31 juillet 2026

 

Après une longue expatriation, Lara*, son mari et ses deux enfants s’installent au Moyen-Orient. Là bas, son mari contrôle ses déplacements, impose des règles sur sa manière de s’habiller, de se comporter et exerce des violences au sein du foyer. Longtemps, Lara ne met pas de mots sur ce qu’elle vit. Elle pense que le problème vient d’elle et garde le silence, notamment par loyauté envers son mari et sa famille. La situation bascule en 2019, lorsque son aîné lui révèle des violences physiques et psychologiques. Lara comprend alors que ses enfants sont eux aussi victimes et qu’il leur faut partir. Mais quitter une expatriation sous emprise n’est pas si simple. Lara contacte le consulat français.

 


*Retrouvez l’intégralité de l’histoire de Lara ici 


 

 

On m’a dit qu’il fallait un danger “avéré” pour agir 

 

des consulats français dans le monde
des consulats français dans le monde 

 

 

Le consulat face aux violences intrafamiliales à l’étranger

« On m'a dit qu'on pouvait me prendre un avocat et qu'on pouvait me protéger, mes enfants et moi, et nous accueillir au consulat, mais qu'on ne pouvait pas nous rapatrier en France. On m’a dit qu’il fallait un danger “avéré” pour agir ». Par dessus tout, la maman et ses enfants sont dépendants du statut de sponsor du papa et ne peuvent pas quitter le territoire sans autorisation notamment. « Non seulement j'étais mariée à lui, mais en plus, il était notre sponsor. Les autorités françaises me disaient qu’ils ne pouvaient absolument rien faire. Il fallait que mon mari annule les visas pour que je puisse partir. » Si Lara a finalement réussi à convaincre son époux d’annuler les visas et de rentrer en France avec ses enfants, ce n’est pas le cas de toutes les personnes victimes de violences intrafamiliales

 

Violences conjugales en expatriation : quand l’éloignement complique l’échappatoire

 

Gisèle*, expatriée depuis huit ans et maman de 4 enfants, est aussi allée chercher de l’aide au consulat. Elle nous raconte avoir cherché de l’aide face aux violences qu’elle subit au sein de son foyer de la part de son mari.  Selon son témoignage, elle a contacté le consulat français par téléphone et avoir échangé avec une personne du service social. « Il n'y a pas de moyen de ramener en France en urgence. Il n'y a pas de moyen de m'aider ici, dans mes recherches d'appartement ou d'indépendance financière ». 

 

Si vous êtes battue, ou si vous avez une amie battue, ou si vous entendez qu'une femme est battue, des solutions concrètes existent.

 

de l'aide dans les consulats pour échapper aux violences

 

 

Face à ces situations, quels rôles peuvent réellement jouer les ambassades et les consulats français ? Jusqu’où peuvent-ils aller pour protéger une victime française à l’étranger ? Amélia Lakrafi, députée des Français de l’étranger, veut rassurer : « Si vous êtes battue, ou si vous avez une amie battue, ou si vous entendez qu'une femme est battue, des solutions concrètes existent.»  Interrogée par lepetitjournal.com en juillet 2026, la DFAE nous confirme que les services consulaires peuvent délivrer des passeports d’urgence ou des laissez-passer dans des délais très courts, parfois le jour même ou en quelques heures, lorsqu’une ressortissante française est privée de son passeport parce qu’il a été perdu, volé ou détruit. Mais cette possibilité ne signifie pas pour autant qu’une victime peut automatiquement quitter le pays avec ses enfants.

L’intervention des autorités françaises repose notamment sur la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires, qui encadre la protection consulaire des ressortissants à l’étranger. Les autorités françaises peuvent notamment solliciter les autorités locales lorsqu’elles craignent un danger imminent pour un ressortissant français, mais elles doivent toujours agir dans le respect du droit et de la justice du pays concerné.

 

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« Nous ne sommes pas là pour soustraire d'une certaine manière nos ressortissants français à la justice locale », rappelle la DFAE. Lorsqu’il existe un litige concernant des enfants, les services consulaires doivent notamment veiller à ne pas favoriser un déplacement illicite de mineurs, qui peut être pénalement sanctionné. Chaque situation est donc examinée au cas par cas, avec une approche qui se veut à la fois « humaine et réactive », mais dans le respect du droit local et des décisions de justice. 

 

 

Les nouveaux élus suite aux élections consulaires de mai 2026 doivent être formés.

 

 

de l'aide dans les consulats pour échapper aux violences

 

 

 

Des agents consulaires formés à l’accueil des victimes

Selon la DFAE, des agents référents sont mobilisés dans les consulats et les ambassades du monde pour accueillir les victimes. Les agents consulaires bénéficient d’une formation spécifique en matière d’affaires sociales avant leur départ en poste, afin d’être préparés à l’accueil des victimes de différentes formes de violences, notamment les violences intrafamiliales. Gisèle nous raconte avoir trouvé une oreille attentive aux affaires sociales du consulat. « Elle était très bien, j’ai pu la rencontrer et parler avec elle.»

 

Depuis 2025, 210 agents consulaires référents, spécialisés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, ont par ailleurs été désignés dans 123 postes consulaires.

 

Le ministère indique également avoir uniformisé le protocole d’accueil des victimes dans les consulats, désormais appliqué à l’échelle du réseau consulaire. Depuis 2025, 210 agents consulaires référents, spécialisés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, ont par ailleurs été désignés dans 123 postes consulaires. Leur nombre doit continuer à évoluer selon une source diplomatique.

 

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« Le parcours de la victime » fait ainsi partie des réflexions engagées par la DFAE : à qui peut-elle s’adresser ? Que doit-elle faire ? Comment préserver les preuves ? Où porter plainte ? Il y a une autre évolution : le 3919, numéro national de référence pour les femmes victimes de violences, n’est toujours pas accessible par téléphone depuis l’étranger, mais il est désormais disponible par tchat. La DFAE indique également qu’un second tchat, celui de la plateforme « Arrêtons les violences », est accessible aux victimes depuis l’étranger.

 

Enfant victime de violences à l'étranger : quels recours pour les Français en 2026 ?

 

 

« j’ai contacté plusieurs professionnels juridiques de la liste du consulat mais aucun n’a pu m’aider ou alors c’était trop cher pour moi. »

 

de l'aide dans les consulats pour échapper aux violences

 

 

Le relai vers des associations locales

Les élus des Français de l’étranger sont aussi sensibilisés “pour savoir ce qu’ils peuvent faire, ce qu’ils doivent faire et ne pas faire” si une victime à l’étranger se confie. Selon la DFAE, environ 60 % des conseillers des Français de l’étranger ont déjà bénéficié de cette formation à ce jour. Les nouveaux élus suite aux élections consulaires de mai 2026 doivent être formés.

La députée des Français de l’étranger Amélia Lakrafi insiste sur l'importance de ne pas rester isolée sur place. « C'est intéressant d'avoir le bon conseil au bon endroit. La force du réseau, c'est qu'un réseau vous emmène à un autre, puis un autre etc…»

 

Quelles portes d’entrée sûres pour les femmes victimes de violences à l’étranger ?

 

Pour la DFAE, cette logique de réseau est essentielle. Les consulats peuvent orienter les victimes vers les structures locales, les associations, les professionnels du droit ou encore les dispositifs d’aide disponibles dans le pays. C’est ce qu’il s’est passé pour Gisèle : « j’ai contacté plusieurs professionnels juridiques de la liste du consulat mais aucun n’a pu m’aider ou alors c’était trop cher pour moi. » raconte-t-elle. Elle estime notamment que les structures françaises présentes ne disposent pas des moyens d'intervenir sur le terrain judiciaire de son pays de résidence…Case départ. Aujourd'hui, la maman expatriée dit se sentir « livrée à elle-même ». Son objectif est de parvenir à une indépendance financière afin de pouvoir, à terme, quitter son foyer. Un avocat spécialisé dans les affaires familiales pourrait être déterminant pour l'aider à engager les démarches nécessaires. Mais elle n’a pas encore trouvé le bon contact…

Les ambassades et consulats mettent à disposition des ressortissants des listes d'avocats et de médecins francophones. Exemples sur les sites de l’ambassade d’Allemagne , d’Irlande, de Côte d’Ivoire, d’Australie, ou du Brésil pour ne citer qu’eux. 

 

Le consulat n’est ni un tribunal, ni une structure d’hébergement, ni un moyen de contourner les procédures locales. Mais, quand tout le monde tourne le dos, il peut constituer une porte d’entrée vers l’information et les réseaux locaux. « Plus les gens seront informés, plus les victimes sauront où trouver de l'aide », nous résume une source diplomatique. 

 

France Diplomatie a publié fin mars 2026 un annuaire d’aides locales, avec des contacts par pays. Nous avons recensé des associations locales par pays à contacter ici 

 

 

* les prénoms ont été changés

 

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