Édition internationale

La violence dans le couple en expatriation : quand l'isolement devient un piège

L'expatriation est souvent associée à une nouvelle vie, à une promesse de renouveau, à un projet construit à deux. Pourtant, derrière cette aventure peuvent parfois se cacher des réalités beaucoup plus sombres. Dans son cabinet aux Etats-Unis, Cyrielle Augier accompagne parfois des personnes qui découvrent, parfois très tardivement, qu'elles vivent une relation devenue violente. Non pas parce que les violences auraient commencé avec l'expatriation, mais parce que le contexte les a rendues plus faciles à installer… et plus difficiles à quitter.

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Écrit par Cyrielle Augier
Publié le 6 août 2026, mis à jour le 26 août 2026

Par l'oeil expert de Cyrielle Augier Retaureau, sexothérapeute et thérapeute de couple à New York.  Instagram : Atelier sexo : @atelier_sexo  ou cyrielle : @cyrielle nyc


 

 

Il faut des regards extérieurs capables de lui dire : « Ce que tu vis n'est pas normal. »

 

L'éloignement de la famille, la perte du réseau amical, la dépendance administrative ou financière, la barrière de la langue, la méconnaissance du système juridique local… Tous ces éléments peuvent créer un terrain particulièrement favorable à l'isolement. Or, l'isolement est l'un des meilleurs alliés des violences conjugales. Plus une personne se retrouve seule, moins elle dispose de regards extérieurs capables de lui dire : « Ce que tu vis n'est pas normal. »

 

 

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violences enfants

 

 

Le mécanisme de l'emprise en expatriation 

Lorsque l'on parle de violences conjugales, nous imaginons spontanément les coups. Pourtant, la violence est bien plus vaste que cela. Elle peut être psychologique, verbale, sexuelle, économique, administrative ou encore numérique. Elle peut prendre la forme d'humiliations répétées, d'insultes, de menaces, d'un contrôle permanent des déplacements, des dépenses ou du téléphone, d'un isolement progressif vis-à-vis des proches, d'un refus de laisser travailler son partenaire, de pressions liées au visa, ou encore d'une sexualité imposée ou obtenue sous la contrainte. Toutes ces violences ont un point commun : elles cherchent à réduire progressivement la liberté de l'autre.

Le plus troublant est que ces mécanismes s'installent rarement du jour au lendemain. Les violences débutent souvent par de petites restrictions qui semblent presque anodines. On renonce à une sortie pour éviter une dispute. On demande moins souvent des nouvelles à ses proches parce que cela crée des tensions. On évite certains sujets pour préserver la paix. Puis, sans s'en apercevoir, notre monde rétrécit. Ce que les psychologues appellent l'emprise ne consiste pas seulement à contrôler une personne ; elle consiste à modifier progressivement sa perception de la réalité, jusqu'à ce qu'elle doute de ses propres ressentis.

 

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Les signaux d'alerte de violences en expatriation 

L'un des premiers signaux d'alerte est souvent intérieur. Vous avez le sentiment de marcher sur des œufs. Vous anticipez constamment les réactions de votre partenaire. Vous réfléchissez à chacun de vos mots pour éviter un conflit. Vous vous excusez de plus en plus souvent. Vous ne savez plus si vous exagérez ou si ce que vous ressentez est légitime. Lorsque l'on commence à ne plus faire confiance à son propre jugement, il est essentiel de s'arrêter et de se poser une question simple : « Est-ce que je me sens libre dans cette relation ? »

Une autre caractéristique des relations violentes est la confusion qu'elles entretiennent. Les périodes de tensions alternent souvent avec des moments d'excuses, de promesses ou de tendresse. Cette alternance entretient l'espoir que les choses vont changer. C'est d'ailleurs ce qui rend les départs si difficiles. Quitter une relation violente ne consiste pas seulement à quitter une personne ; c'est aussi renoncer à l'espoir que celle que l'on aime redevienne celle qu'elle semblait être au début de la relation.

 

 

« Je ne peux pas partir, je n'ai personne ici »...

« Mon visa dépend de lui »...

« Je ne sais même pas par où commencer. »

 

L'expatriation ajoute une couche supplémentaire de complexité. Beaucoup de personnes me disent : « Je ne peux pas partir, je n'ai personne ici », « Mon visa dépend de lui », « Je ne travaille pas », « Je ne parle pas assez bien la langue », « Je ne sais même pas par où commencer. » Ces pensées sont compréhensibles. Elles traduisent une réalité objective. Mais elles ne doivent jamais devenir une condamnation. Car la violence cherche précisément à convaincre la victime qu'elle n'a plus de choix. C'est l'un des effets les plus puissants de l'emprise : faire croire que toutes les portes sont fermées alors qu'elles existent encore.

 

 

la violence n'est jamais une preuve d'amour.

 

 

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Alors que faire en cas de violences conjugales à l'étranger ? 

Dans ces situations, la priorité n'est pas de prendre immédiatement une grande décision. La priorité est de retrouver un peu de sécurité psychologique. Cela commence souvent par des gestes simples mais essentiels : parler à une personne de confiance, renouer avec un proche, consulter un professionnel, remettre des mots sur ce que l'on vit, cesser de minimiser les faits. Les violences prospèrent dans le silence ; elles perdent déjà une partie de leur pouvoir lorsqu'elles sont nommées.

 

 

Reprendre le pouvoir, c'est commencer à croire de nouveau en sa capacité d'agir, c'est accepter de demander de l'aide

 

J'invite également les personnes que j'accompagne à se rappeler une chose fondamentale : la violence n'est jamais une preuve d'amour. Elle n'est pas provoquée par une mauvaise communication, par le stress de l'expatriation, par une crise professionnelle ou par un manque de patience. Aucune difficulté de couple ne justifie la peur, l'humiliation ou le contrôle.

 

N'oubliez jamais que la violence isole, mais que l'aide, elle, commence souvent par une première parole.

 

Enfin, il est essentiel de se souvenir que reprendre son pouvoir ne signifie pas tout résoudre du jour au lendemain. Reprendre le pouvoir, c'est commencer à croire de nouveau en sa capacité d'agir, c'est accepter de demander de l'aide. C'est retrouver progressivement confiance en son propre jugement. C'est comprendre que l'on mérite une relation dans laquelle on peut parler librement, circuler librement, aimer librement. C'est redevenir acteur de sa vie, même lorsque l'on se sent aujourd'hui profondément fragilisé.

 

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Si vous vous reconnaissez dans certaines situations décrites ici, ou si vous avez un doute, écoutez ce doute. Il mérite d'être entendu. Vous n'êtes pas obligé de traverser cela seul. Et surtout, n'oubliez jamais que la violence isole, mais que l'aide, elle, commence souvent par une première parole.

 

 


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Pour les Françaises et Français vivant à l'étranger

Si vous êtes victime de violences conjugales en expatriation :

  • En cas de danger immédiat, contactez sans attendre les services d'urgence du pays dans lequel vous vous trouvez.
  • Si vous êtes Français(e), vous pouvez également solliciter votre consulat ou votre ambassade, qui peut vous orienter vers les dispositifs locaux, vous accompagner dans certaines démarches et vous aider à trouver des relais adaptés. 
  • Le 3919 – Violences Femmes Info est accessible 24h/24 et 7j/7. Il dispose désormais d'un tchat, particulièrement utile pour les Françaises expatriées qui ne peuvent pas facilement téléphoner. 
  • Si vous avez besoin d'informations ou d'un premier accompagnement, la plateforme officielle Arrêtons les violences propose également des ressources et des orientations adaptées.

 

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