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Soma, la reine Naga aux origines du royaume khmer

Princesse naga et souveraine légendaire, Soma incarne la naissance du premier royaume cambodgien et l’union fondatrice entre traditions locales et influences indiennes.

Soma, la reine Naga aux origines du royaume khmerSoma, la reine Naga aux origines du royaume khmer
Les statues en bronze de Soma et Kaundinya à Sihanoukville Photo Ky Chamna / Cambodianess
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 26 janvier 2026

L’histoire de Soma (សោមា) compte parmi les récits les plus fascinants de l’histoire cambodgienne. Elle mêle étroitement mythe et réalité pour expliquer les origines de la lignée royale khmère, la rencontre entre traditions locales et influences étrangères, ainsi que la permanence de puissants symboles culturels.

Connue dans les sources khmères sous le nom de Neang Neak (នាងនាគ, littéralement « femme naga »), Soma est présentée comme la première souveraine du Cambodge et sa première reine. Son union avec Kaundinya, un brahmane originaire d’Inde, marque la fondation légendaire du royaume du Funan, considéré comme le premier État organisé de l’histoire cambodgienne.

Ce récit fondateur dépasse le simple cadre historique : il a profondément façonné l’identité, la culture, l’art et les traditions religieuses du Cambodge.

Soma, princesse naga et reine guerrière

Selon les chroniques anciennes et la tradition orale, Soma était la fille du roi des nagas, divinités-serpents associées à l’eau, à la fertilité et à la prospérité des terres. Les sources chinoises la mentionnent également sous le nom de Liǔyè (柳葉), signifiant « feuille de saule ».

Figure féminine de pouvoir, Soma aurait dirigé une troupe de guerriers nagas et régné sur le territoire qui deviendra le royaume du Funan. Elle est décrite comme une souveraine avisée, mais aussi comme une combattante redoutable, étroitement liée à la fertilité des sols et au caractère sacré de l’eau, éléments centraux de la culture cambodgienne.

L’arrivée de Kaundinya : mythe ou réalité historique ?

L’autre personnage clé de cette légende est Kaundinya. D’après les récits, ce brahmane indien aurait été guidé par des visions divines l’incitant à entreprendre un voyage maritime. Il aurait emporté avec lui un arc magique, destiné à l’aider à fonder un nouveau royaume.

Les historiens considèrent généralement l’arrivée de Kaundinya comme la représentation symbolique de l’influence culturelle et religieuse indienne qui commence à s’étendre en Asie du Sud-Est aux premiers siècles de notre ère.

À son arrivée sur les côtes cambodgiennes, Kaundinya aurait affronté Soma et son armée. Certaines versions locales évoquent un combat, au terme duquel Kaundinya, grâce à son arc divin, l’emporte. Cette victoire lui vaut le respect de Soma et conduit finalement à leur mariage. Cette union symbolise la rencontre de deux mondes : les traditions autochtones incarnées par Soma et les pratiques religieuses et politiques indiennes portées par Kaundinya.

Le sens symbolique du mariage de Soma et Kaundinya

Le mariage de Soma et de Kaundinya revêt une forte dimension symbolique dans l’imaginaire cambodgien. Il est perçu comme l’union du ciel et de la terre, de l’eau et du sol, de l’étranger et de l’autochtone. L’ascendance naga de Soma renvoie aux croyances animistes liées à l’agriculture, tandis que Kaundinya introduit les traditions brahmaniques, la langue sanskrite et les fondements du droit hindou.

Ce récit explique plusieurs éléments majeurs de l’histoire et de la culture khmères :
– la fondation de la dynastie royale du Funan, dont les souverains ultérieurs se réclameront ;
– la présence omniprésente du naga dans l’art, l’architecture et les rituels royaux ;
– la fusion religieuse entre les cultes locaux et l’hindouisme, notamment autour de Vishnou et Shiva ;
– le développement de réseaux commerciaux maritimes reliant le Funan à la Chine et à l’Inde.

Le Funan, premier royaume du Cambodge

Le Funan est considéré comme le premier royaume historiquement attesté du Cambodge. Ses dirigeants revendiquaient leur filiation avec Soma et Kaundinya, affirmant ainsi à la fois leur légitimité politique et leur dimension sacrée.

Ce royaume devient un centre majeur d’échanges commerciaux, culturels et religieux, comme en témoignent les vestiges archéologiques, les inscriptions anciennes et les chroniques chinoises. Le règne de Soma constitue par ailleurs un exemple rare de pouvoir féminin dans l’histoire régionale. Il illustre l’importance du rôle des femmes dans la mythologie et la gouvernance cambodgiennes, ainsi que le poids des logiques de filiation maternelle dans la légitimation du pouvoir royal.

Un héritage toujours vivant

Aujourd’hui encore, Soma demeure une figure centrale de l’imaginaire national cambodgien. La légende de Soma et de Kaundinya continue d’être évoquée dans les rituels, les temples, les arts populaires et la littérature.

Le naga, directement associé à Soma, est omniprésent dans le paysage monumental khmer : on le retrouve notamment sur les chaussées et balustrades des temples d’Angkor Wat, ainsi que dans les danses et cérémonies traditionnelles. Ces représentations rappellent la croyance selon laquelle les rois khmers, descendants de Soma, détiennent à la fois une autorité spirituelle et terrestre.

Le récit de Soma, première reine du Cambodge, mêle étroitement mythe, histoire et naissance de l’identité khmère. Par son union avec Kaundinya, il raconte l’émergence d’une civilisation fondée sur le métissage culturel, l’innovation artistique et une royauté ancrée dans le sacré. À travers les siècles, l’héritage de Soma demeure une source de continuité et de sens pour la société cambodgienne.

Cet article a été publié précédemment sur wondersofcambodia.com que nous vous invitons à consulter. Il regorge d'informations sur tous les aspects du Cambodge.

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