Lauréat du Grand Prix de l’innovation 2025 – Grand Prix des Affaires de la Chambre de commerce France-Cambodge, Jean-Benoît Lasselin voit dans cette distinction bien plus qu’une reconnaissance personnelle. À travers Colorblind STUDIO, il défend depuis plus de dix ans une idée simple et exigeante : créer de la valeur au Cambodge pour le Cambodge, en reliant production locale et besoins locaux.


Un parcours ancré dans le terrain
Arrivé au Cambodge en 2008 pour un stage de fin d’études en communication politique, affecté au tribunal des Khmers rouges, il coordonne l’information entre ONG et délégations juridiques internationales. Très concrètement, il se retrouve aussi à habiller des avocats débarqués sans garde-robe adaptée. « Je devais débloquer en urgence une chemise, une veste, un pantalon. J’ai commencé à habiller pas mal de monde au tribunal. » Cette pratique, d’abord informelle, devient peu à peu régulière, au fil des passages d’avocats, de consultants et de juristes étrangers.
Ainsi Jean-Benoît Lasselin découvre très vite un paradoxe : un pays au savoir-faire textile considérable, mais les professionnels sont contraints de s’habiller à l’étranger. « Je demandais souvent : “Où est-ce que tu t’habilles ?” Et la réponse était presque toujours : Bangkok », se souvient-il.
De l’intuition à l’aventure entrepreneuriale
Ce service improvisé finit par s’imposer comme une évidence. En 2011, après plusieurs années à honorer des commandes parallèlement à d’autres activités professionnelles, Jean-Benoît Lasselin décide de se lancer pleinement.
À ses débuts, Colorblind se construit dans des conditions très modestes. Jean-Benoît Lasselin travaille depuis un studio sommaire, qui est aussi son lieu de vie. « J’accueillais les gens chez moi. Je soulevais le lit, je collais le matelas contre le mur pour dégager un peu d’espace. » Les clients viennent se faire prendre leurs mesures dans cet espace improvisé, au milieu des tissus et des prototypes.
La Fashion Week 2011 , la premiere du Cambodge agit alors comme un véritable accélérateur. « J’ai vendu toute ma collection en trois ou quatre jours. À la fin de la Fashion Week, le concept avait déjà rencontré son public. »
Sans formation académique en couture, il revendique une approche fondée avant tout sur la vision et le service. « Vous n’avez pas besoin de savoir comment fonctionne une machine à coudre. Vous avez surtout besoin de savoir comment mobiliser des ressources pour obtenir la pièce que vous imaginez. » La technique viendra ensuite, avec la structuration progressive d’équipes dédiées.
Une marque pensée pour ceux qui vivent ici
Dès l’origine, Colorblind ne cherche pas la clientèle de passage ni le décontracté chic. « Je voulais une marque pour les Cambodgiens de Phnom Penh qui voyagent, qui ont des obligations professionnelles, qui ont besoin d’intégrer les codes du monde du travail. »
L’ambition est claire : proposer des vêtements professionnels, produits localement, avec un niveau de qualité et de cohérence comparable aux grandes marques internationales. « Je voulais quelque chose de business, pas trop tropical, pas seulement du casual chic. » Pour Jean-Benoît Lasselin, il s’agit aussi d’une question d’identité et de dignité professionnelle.

L’innovation récompensée
Le virage décisif s’opère en 2024, lorsque Colorblind repense son modèle économique. « Toutes les entreprises cambodgiennes commandent en Thaïlande, en Chine ou au Vietnam, alors que le Cambodge emploie plus d’un million de personnes dans la confection. C’est une double peine en termes de valeur ajoutée. »
En développant des uniformes et des collections professionnelles pour des entreprises locales – écoles, groupes automobiles, hôtels, cabinets –, Colorblind connecte enfin l’offre et la demande. « Relier une compétence locale à une demande locale, c’est cela, l’innovation. On vient résoudre un problème. »
Une reconnaissance inattendue
Sélectionné dans la catégorie « Nouvelle activité », Jean-Benoît Lasselin n’imaginait pas repartir avec le Grand Prix des Affaires. « J’ai toujours été dans mon coin. Je n’ai jamais vraiment cherché la validation de la communauté d’affaires. »
La récompense agit à la fois comme un accélérateur et comme une pression nouvelle. « Je le vis comme un coup de pression. Maintenant, il y a une attente. Mais en même temps, cela m’encourage. »
Le Cambodge, avenir et responsabilités
À l’approche de la quarantaine, Jean-Benoît Lasselin se projette sur le long terme. « Je considère le Cambodge comme ma maison. J’ai envie que le pays monte en gamme, qu’il soit perçu comme une destination premium. » Cette montée en gamme suppose, selon lui, une implication forte du secteur privé, parfois en amont de l’action publique.
Il plaide pour un développement plus sélectif, misant sur la qualité plutôt que sur la quantité, notamment dans le tourisme, estimant que la préservation de l’environnement est une condition essentielle de la durabilité du pays.
Jean-Benoît Lasselin dit observer, au fil de ses déplacements dans le pays, les effets parfois irréversibles de certaines logiques de développement. « Une fois que c’est coupé, une fois que c’est pollué ou bétonné, à l’échelle d’une vie humaine, c’est irrécupérable. » Pour lui, l’attractivité du Cambodge repose sur ce qui n’a pas encore été détruit : paysages préservés, biodiversité intacte, authenticité.
Le Petit Journal du Cambodge adresse ses félicitations à Jean-Benoît Lasselin pour l’obtention du Grand Prix de l’innovation 2025 de la Chambre de commerce France-Cambodge. Cette distinction vient saluer un parcours construit dans la durée, fondé sur le terrain, l’engagement local et une vision cohérente du développement économique.
À travers Colorblind STUDIO, il contribue à démontrer que l’innovation peut aussi prendre la forme d’un lien renoué entre savoir-faire cambodgien et besoins des entreprises du pays. Le Petit Journal du Cambodge lui souhaite pleine réussite dans la poursuite de ce projet et dans les développements à venir.
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