Six ibis à épaules blanches, élevés en captivité, ont été relâchés dans le sanctuaire de Siem Pang, au Cambodge. L’opération doit contribuer à préserver l’une des espèces d’oiseaux les plus menacées au monde.


Six ibis à épaules blanches (Pseudibis davisoni), également appelé ibis à tache blanche ou ibis de Davison, considérés comme faisant partie des espèces d’oiseaux les plus menacées au monde, ont été relâchés dans la nature, au nord-est du Cambodge, après avoir été élevés en captivité.
Selon les défenseurs de l’environnement, il s’agit de la première opération de réintroduction de ce type menée pour cette espèce.
Selon l’Angkor Centre for Conservation of Biodiversity (ACCB), dans un communiqué publié mercredi 19 septembre, les six oiseaux font désormais l’objet d’un suivi. Ils ont passé quatre semaines dans un enclos de relâcher progressif afin de s’adapter à leur nouvel environnement.
Six oiseaux relâchés dans le sanctuaire de Siem Pang
Les trois mâles et trois femelles, nés à l’ACCB de 2023 à 2025, ont été relâchés quelques jours avant la publication du communiqué, dans le sanctuaire de vie sauvage de Siem Pang.
Selon l’ACCB, ce site a été retenu comme l’habitat le plus adapté. La zone constitue l’un des derniers bastions de l’espèce et abrite la plus importante population connue d’ibis à épaules blanches du Cambodge.
Le pays accueille presque toute la population mondiale de cette espèce, estimée à moins de 1 000 individus.
Des critères stricts avant la réintroduction
Avant le relâcher, l’ACCB a évalué l’âge, l’état de santé et le comportement des six oiseaux. Les équipes ont notamment observé leur capacité à voler, à chercher leur nourriture et à interagir avec d’autres ibis.
Les oiseaux ont également été examinés afin de vérifier qu’ils avaient conservé une réaction naturelle de méfiance envers les humains.
« La sélection initiale des six oiseaux reposait sur plusieurs facteurs, notamment leur âge, leur comportement et leur état de santé », selon Amber Flewitt, responsable de la conservation ex situ à l’ACCB.
Quatre ibis ont été équipés de balises GPS alimentées à l’énergie solaire. Ces appareils doivent permettre aux équipes de suivre leurs déplacements.
Selon Jack Willis, responsable de la conservation in situ et de la recherche à l’ACCB, les oiseaux ne se sont pas éloignés du site de relâcher. Ce comportement était attendu durant les premières phases de leur adaptation.
Des sites de nidification et de repos protégés
Les ibis seront suivis aussi longtemps que possible. L’ACCB et son partenaire de conservation Rising Phoenix assureront également la protection de leurs sites de nidification et de repos.
Selon Jack Willis, la disparition des habitats constitue la principale menace pour l’espèce. Les ibis à épaules blanches dépendent de grands arbres pour se reposer et construire leurs nids. Ils se nourrissent dans des mares saisonnières appelées trapeangs.
L’opération doit aussi permettre aux spécialistes de mieux comprendre le comportement de l’espèce, ses besoins en matière d’habitat et sa capacité à survivre dans la nature.
Une réintroduction réussie se mesurerait à la survie des oiseaux sur le long terme et au retour de comportements naturels, comme le repos en colonies et la recherche de nourriture dans les trapeangs.
« Ce relâcher nous donne la possibilité d’apprendre et de corriger d’éventuels problèmes imprévus », selon Jack Willis.
Un programme appelé à s’élargir
L’ACCB accueille actuellement 18 ibis à épaules blanches. Huit d’entre eux pourraient devenir de futurs candidats à la réintroduction.
Selon l’ACCB, leur sélection dépendra de leur état de santé et de leurs comportements, qui devront répondre aux mêmes critères que ceux retenus pour les six premiers oiseaux.
L’organisation espère développer le programme et relâcher plusieurs individus chaque année, à mesure que ses trois couples reproducteurs donneront naissance à de nouveaux poussins.
Le financement constitue toutefois un obstacle. Chaque balise GPS coûte environ 1 000 dollars.
Une prochaine opération envisagée en 2026
Selon le communiqué de l’ACCB, un prochain relâcher pourrait avoir lieu à la même période l’année suivante. Les défenseurs de l’environnement devront cependant analyser les enseignements tirés de cette première opération avant de prendre une décision.

Photo: ACCB
Si le programme aboutit, il pourrait contribuer au renforcement de la population sauvage d’ibis à épaules blanches au Cambodge et servir de modèle pour de futures réintroductions de l’espèce.
Dans son communiqué, l’ACCB remercie le ministère cambodgien de l’Environnement ainsi que le ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche. L’organisation remercie également plusieurs donateurs internationaux et institutions spécialisées, dont le zoo de Zlín, en République tchèque, pour leur soutien technique ou financier.
Une espèce asiatique en danger critique d’extinction
L’espèce figure parmi les oiseaux forestiers les plus menacés d’Asie. Elle est classée en danger critique d’extinction sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

aire de répartition des Ibis de Davison source Wikipedia
Le Cambodge abrite environ 85 à 95 % de la population mondiale connue de cette espèce.
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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