À la frontière thaïlandaise, dans la province cambodgienne de Banteay Meanchey, la situation des populations déplacées continue d’évoluer rapidement. C’est dans ce contexte que Mona Tep et le docteur Thierry Chhuy ont mené une onzième mission humanitaire, entourés d’une équipe de médecins, infirmiers, pharmaciens, d’aides-soignants et de partenaires mobilisés.


Sur le terrain, les transformations sont visibles en quelques semaines. « Nous sommes passés d’environ 3 000 à 5 000 maisons, réparties sur plusieurs districts », rapporte Mona Tep. L’extension des sites d’accueil s’accompagne d’un élargissement des populations concernées, incluant désormais des familles vivant en périphérie des zones les plus exposées.
Banteay Meanchey, Cambodge : des villages en construction, des besoins encore importants
Les nouveaux villages sortent progressivement de terre, mais les infrastructures restent incomplètes. Les autorités doivent faire face à un défi de taille : reconstruire des zones entières pour accueillir des milliers de familles.
« Certaines maisons accueillent deux ou trois familles. Nous sommes sur quelque chose de massif, presque une ville à reconstruire », indique Mona Tep. Si des écoles ou des structures de base commencent à apparaître, les services de santé restent insuffisants. Les missions mobiles sont donc indispensables pour le suivi sanitaire de la population, en complément des dispositifs en cours de déploiement.

Photo: Ministère des catastrophes naturelles
Banteay Meanchey, Cambodge : une mission médicale structurée et collective
Lors de cette onzième intervention, car cela fait plus d’un an que Mona Tep et le Dr Chhuy aident les déplacés, les équipes ont pris en charge environ 900 patients en un jour et demi. Sept médecins étaient mobilisés le premier jour, six le lendemain, appuyés par des infirmiers et des bénévoles.
Le dispositif repose sur un parcours de soins structuré : enregistrement, premiers examens, puis consultation approfondie. « Nous prenons le temps avec chaque patient, on explique les maladies, les traitements, et les gestes à adopter », souligne Mona Tep.

Les équipes ont pris en charge environ 900 patients en un jour et demi
Les pathologies rencontrées sont principalement chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, auxquelles s’ajoutent des besoins importants en prévention.
Siem Reap, Cambodge : une chaîne de solidarité mobilisée au-delà
Cette mission s’appuie sur un réseau de partenaires qui contribue à sa réalisation. À Siem Reap, l’hôtel Somadevi a accordé des conditions préférentielles pour l’hébergement des équipes.
D’autres acteurs soutiennent l’initiative, notamment RMA avec Avis pour la mise à disposition de véhicules, PPM, Pharmacie de la Gare, Pick Kunthea Pharma, Sloek Lors Pharma, pour l’approvisionnement de certains médicaments, ainsi que des organisations médicales comme InterCare, AEMC et Hamarya qui envoient du personnel soignant et équipement technique.
L’hôtel Somadevi a accordé des conditions préférentielles pour l’hébergement des équipes, CIAs First International, les ONG Humanitarian Aid Map, Cambodian Children Fund ont fait des appels de levées de fonds.
« Il y a un véritable esprit d’entraide, chacun participe à sa manière », confie Mona Tep.

Mona Tep par Chhuon Kongieng / Cambodianess
Banteay Meanchey, Cambodge : des populations qui se réorganisent malgré la précarité
Sur place, les équipes constatent une évolution progressive du quotidien. Malgré la précarité, les habitants développent des stratégies pour recréer un cadre de vie.
« Même si c’est temporaire, les gens s’installent. Ils plantent, ils ouvrent de petits commerces, ils recréent un environnement », observe Mona Tep.
Les solidarités familiales jouent un rôle central : certains partent travailler en ville, tentent leur chance à Phnom Penh et envoient de l’argent, tandis que les grands-parents s’occupent des enfants. De petits marchés informels apparaissent, et l’accès à la nourriture semble s’améliorer.
« Aujourd’hui, les gens viennent surtout nous voir pour leur santé (…) ils nous reconnaissent et sont reconnaissants.. Nous les suivons tous les 5/6 semaines, car c’est la 2e fois que nous sommes là ».

Banteay Meanchey, Cambodge : une fragilité psychologique toujours présente
Si la situation matérielle montre des signes d’amélioration, la dimension psychologique reste préoccupante. « Beaucoup de personnes sont affectées, dorment mal, montrent des signes de dépression. Leurs maux latents ressortent à cause de ce stress permanent.... », indique Mona Tep.
Ces difficultés s’inscrivent dans la durée, après des mois de déplacement et d’incertitude. Elles rappellent que les besoins dépassent le seul cadre médical.
Cambodge : une mobilisation appelée à se poursuivre
Le nombre de déplacés demeure élevé dans la région, avec des estimations atteignant plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la province.
Face à cette situation, les équipes entendent poursuivre leurs actions. « Nous continuerons tant que ce sera nécessaire, et s’il faut intervenir ailleurs, on le fera », affirme Mona Tep.
À plus long terme, les modalités d’intervention pourraient évoluer, notamment vers des équipes plus légères dans les zones reculées, où l’accès aux soins reste limité.
Au fil des missions, une dynamique collective s’est installée. « Nous avons réussi à mobiliser beaucoup de monde. Il y a une solidarité réelle qui s’est créée autour de ces actions », conclut-elle.
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