Mercredi 24 juin, des membres de WIG, flanqués de quelques adhérents de PPA, se sont rendus dans un camp de déplacés près de Preah Vihear pour y apporter une aide humanitaire aux quelque 400 familles qui y vivent. S. Ils sont revenus bouleversés par une leçon de dignité qu’ils n’oublieront jamais.


Nous vous proposons ici le témoignage de ces bénévoles, qui laissent une large place à leurs ressentis et à leurs émotions. Cet éclairage nous permet de nous rappeler qu’au-delà des chiffres donnés dans les communiqués, derrière les statistiques, il y a des êtres humains.
Cette mission est le fruit d’une mobilisation collective. Une trentaine de bénévoles de WIG se sont réunis pour patiemment confectionner des colis humanitaires qui allaient être remis aux familles. Un travail préparatoire, un travail de l’ombre, loin des caméras, mais qui constitue le socle essentiel d’une distribution réussie. Cette opération a pu voir le jour grâce à un don de Sa Majesté la Reine Mère. D’autres contributions, notamment celle de M. et Mme Yee, et l’engagement des bénévoles, l’ont rendue possible.
« La compassion n’est jamais l’œuvre d’une seule personne. Elle naît de centaines de gestes. »

Une mission qui commence sur la route depuis Phnom Penh
Leur récit commence bien avant l’arrivée au camp. Le voyage est long, plus de 6 heures sur la route depuis Phnom Penh. Le groupe échange, puis se tait peu à peu. Dans le coffre, WIG a confectionné des colis pour chacune des familles : un peu de riz, quelques vivres, des produits d’hygiène et l’enveloppe de 50 000 riels (environ 10 euros).
À mesure que les kilomètres défilent, une forme d’attente s’installe. « Nous savons que nous allons retrouver ces familles déplacées… sans vraiment savoir ce qui nous attend. »
L’intention est claire : distribuer des vivres, apporter de l’aide. « Nous pensions partir distribuer des vivres. Nous étions loin d’imaginer que cette mission nous offrirait, à nous aussi, une profonde leçon de vie. »
Au Cambodge, une solidarité née avant l’arrivée des humanitaires
À Preah Vihear, la mission ne constitue qu’un maillon d’une chaîne de solidarité plus ancienne. Le terrain du camp a été offert par le Vénérable et les bonzes de la pagode, permettant à des centaines de familles déplacées de s’y installer.
« Sans ce geste, où ces familles auraient-elles pu installer leurs tentes ? »
À l’arrivée, les représentants des familles attendent déjà : assis, silencieux, calmes.
« Pas d’agitation. Pas de bousculade. Seulement une attente empreinte de calme, de patience et d’une remarquable dignité. » Ce premier contact marque les bénévoles durablement. « Avant même d’avoir distribué le moindre sac de vivres, ces femmes et ces hommes nous donnent déjà une leçon de retenue. »
Une distribution révélatrice de la pudeur des familles
Lorsque la distribution commence, le calme persiste. Chaque représentant reste assis, attendant de recevoir son sac de vivres avec une patience incroyable. À l’issue de la distribution, une question est posée : a-t-on oublié quelqu’un ?
« Très lentement, très timidement, presque avec embarras, quelques mains se lèvent. »
Cette scène reste gravée dans la mémoire des bénévoles. « Jamais nous n’avions été témoins d’une telle pudeur dans une mission humanitaire. »
Un peu plus tard, une femme âgée refuse d’abord qu’on l’aide à porter ses sacs. Lorsqu’elle accepte finalement, elle garde les yeux fixés sur ses biens. « Comme si elle craignait de perdre ce qu’elle venait enfin de recevoir. »
Sous les tentes, des conditions de vie extrêmes
La visite du camp révèle une réalité plus dure encore. Dans des tentes d’environ quatorze mètres carrés, jusqu’à quatre familles vivent ensemble. La chaleur est étouffante, l’espace saturé. « Dans cet espace minuscule, les familles dorment, mangent, élèvent leurs enfants. »
Mais ce qui frappe n’est pas uniquement la précarité. « Ce qui nous a le plus marqués n’est pas la pauvreté. C’est leur capacité à préserver leur dignité. »
Malgré les conditions, aucune plainte ne s’exprime. « Nous n’entendons ni plainte, ni révolte, ni colère. » Les échanges restent discrets, presque murmurés.
Une école sous les tentes, symbole d’espoir
Au cœur du camp, une école improvisée continue de fonctionner. Quelques tentes, délimitées par de simples bâches que le vent soulève parfois, tiennent lieu de salles de classe. Malgré une chaleur accablante et un confort presque inexistant, l’école continue de vivre.

Un moment reste particulièrement fort. Un jeune garçon s’approche, montre son cahier, puis lit ce qu’il vient d’apprendre.
« Je ne voyais plus un enfant déplacé. Je voyais un petit garçon heureux de partager ce qu’il avait appris. » Nous confie Marisa Bernin Oum, une des bénévoles.
Dans cet environnement fragile, l’éducation devient un repère. « L’éducation demeure peut-être le seul bien que personne ne pourra jamais leur enlever. »
Refuser l’assistanat, construire l’avenir
Les familles ne se contentent pas d’attendre de l’aide. Elles essayent de prendre leur destin en main.
Les habitants du camp avaient présenté un projet d’élevage de canards. D’abord perçu comme secondaire, il révèle une autre ambition : tendre vers l’autonomie. Cet élevage est en fait le premier maillon d’un projet d’autosuffisance. À terme, les canards produiront près de 200 œufs par jour, apportant une source régulière de protéines aux familles.
« Ils ne nous demandaient pas de les maintenir dans l’assistanat. Ils nous demandaient simplement un coup de pouce. »

Ce changement de regard marque profondément les membres de la mission.
« Nous sommes revenus transformés »
Au moment de quitter Preah Vihear, le sentiment est partagé. L’équipe pensait apporter une aide. Chacun des sept membres qui la composent a pris de son temps et a financé ses propres dépenses. Mais chacun repart avec autre chose. « Nous étions venus pour apporter un peu de réconfort… nous sommes revenus infiniment plus riches que nous ne l’étions au départ. »
Les familles rencontrées laissent une empreinte durable.
« Elles nous ont offert une immense leçon de résilience, de dignité, de pudeur et de décence. »
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