Malgré les annonces officielles, des offres d’emploi pourraient encore alimenter les réseaux d’escroquerie en ligne au Cambodge et dans plusieurs pays voisins.


Les recrutements en ligne pour des emplois liés à l’industrie des arnaques au Cambodge se sont poursuivis durant les semaines ayant suivi l’annonce du gouvernement aux diplomates étrangers selon laquelle il ne restait actuellement plus aucun complexe industriel consacré aux escroqueries en ligne dans le pays, selon un rapport publié vendredi par le consultant en sécurité numérique Moses Ngeth.
Dans ce rapport, Moses Ngeth, qui se présente comme un défenseur indépendant des droits numériques, a examiné 4 991 annonces d’emploi publiées d’avril 2023 à juillet 2026 sur 37 chaînes et groupes publics de Telegram proposant des emplois au Cambodge. Nombre de ces annonces ressemblaient à des offres d’emploi ordinaires, mais le rapport de Moses Ngeth indique que les intitulés des postes et les structures salariales correspondent à ceux utilisés dans les complexes d’escroquerie du pays.
59 annonces suspectes recensées après l’annonce du gouvernement
Une analyse distincte, menée par Moses Ngeth durant 18 jours, du 28 août au 14 septembre — après la déclaration publique du Cambodge affirmant qu’il ne restait plus aucun complexe — a recensé 59 offres d’emploi présumées liées à des arnaques pour des sites situés au Cambodge, sur un total de 306 annonces examinées dans cinq chaînes Telegram.
Ces annonces concernaient 28 postes à Poipet, 14 à Sihanoukville et neuf à Phnom Penh. Les autres offres mentionnaient Pailin, Dara Sakor, Bavet et Siem Reap. Quatre annonces indiquaient uniquement « Cambodge ».
Les 193 autres annonces publiées durant cette même période de 18 jours concernaient des sites de travail situés hors du pays, en Malaisie, au Myanmar, au Laos, au Pakistan, aux Philippines, au Vietnam et en Thaïlande.
Une activité fluctuante durant la campagne gouvernementale
Le volume des annonces a augmenté puis diminué à plusieurs moments de la campagne de répression menée par le gouvernement, lancée en juillet 2025. Les publications ont progressé vers la fin de 2025 et atteint leur niveau maximal en janvier 2026, avant la campagne gouvernementale baptisée « XXL » en février.
Les annonces sont ensuite tombées à 394 en février, puis à 343 en mars, avant de remonter à 562 en avril et à 588 en juillet.
Moses Ngeth avertit toutefois que la collecte des données est devenue plus approfondie après la mi-2025. Les comparaisons avec la période précédente pourraient donc ne pas être parfaitement exactes.
« Add Contact », le poste le plus fréquemment proposé
L’emploi le plus souvent annoncé, apparaissant dans environ un quart des offres, était celui d’« Add Contact ». Il consiste à trouver des personnes en ligne et à entamer une conversation avec elles. Le salaire proposé allait de 600 à 750 dollars par mois, selon le rapport.
D’autres annonces recherchaient des « Models », ou modèles, ainsi que des employés apparaissant lors d’appels vidéo, parfois à l’aide de logiciels d’intelligence artificielle, afin de convaincre les victimes qu’un contact en ligne est une personne réelle. Certaines offres affirmaient pouvoir proposer jusqu’à 7 000 dollars.
De nombreuses annonces exigeaient une bonne maîtrise de l’anglais et citaient des « marchés » cibles, notamment les États-Unis, l’Europe, l’Inde, le Japon, la Corée, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Des critères associés au travail forcé
Les indicateurs utilisés dans le rapport pour identifier les emplois liés aux escroqueries sont similaires aux critères retenus par des chercheurs précédents pour repérer les recrutements destinés aux opérations frauduleuses, lesquelles reposent souvent sur une main-d’œuvre forcée ou contrainte.
Le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, a refusé de commenter le rapport et a renvoyé les questions vers le ministère de l’Intérieur. Le porte-parole de la Police nationale, Chhay Kim Khoeun, n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.
Le ministère de l’Intérieur demande une coopération
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Touch Sokhak, a déclaré ne pas connaître la méthodologie utilisée dans le rapport et a invité Moses Ngeth à coopérer avec le ministère.
« Jusqu’à présent, nous avons affirmé que les annonces de recrutement sur les réseaux sociaux pour ces opérations sont peu nombreuses, si on les compare à la période passée, en raison de l’application de la loi par le ministère de l’Intérieur et d’autres acteurs essentiels », selon Touch Sokhak.
Touch Sokhak a ajouté qu’au cours des dernières années, le ministère de l’Intérieur avait identifié des centaines de milliers de comptes frauduleux sur les réseaux sociaux, notamment des annonces illégales de recrutement, et qu’il avait travaillé avec les entreprises de télécommunications ainsi qu’avec le ministère des Postes et des Télécommunications afin de les fermer.
Khuon Narim
Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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