Quand Véronique Messina n’exerce pas comme orthophoniste à Phnom Penh, elle est championne d’ultra-trail. Cet été, elle est devenue la première femme et la septième athlète à avoir vaincu le Hell Ultra, une course de près de 500 kilomètres, disputée en cinq jours à 5 000 mètres d’altitude. Elle nous raconte sa course avec la simplicité qui la caractérise.


Parcourir 500 kilomètres en courant n’est pas envisageable pour beaucoup d’entre nous. Mais pour Véronique Messina, cette distance représente un moyen de repousser ses limites. En juin 2026, elle est devenue la première femme à dominer le Hell Ultra, et la septième à finir l’épreuve de 480 kilomètres organisée au Ladakh, dans le nord de l’Inde.
Le Hell Ultra porte bien son nom. La course se déroule pendant cinq jours et cinq nuits, à environ 5 000 mètres d’altitude, sur l’une des routes carrossables les plus élevées du monde. À la distance s’ajoutent l’altitude, le manque d’oxygène et la fatigue accumulée au fil des kilomètres.
Première femme à gagner le Hell Ultra
Véronique connaissait déjà le parcours. En 2023, elle s’était inscrite à une course de cinq marathons en cinq jours, sur cette même autoroute. Mais, avec l’altitude, vient le mal aigu des montagnes, et elle avait fini hospitalisée après le second marathon. En 2024, elle revient déterminée et finit les 5 marathons.
En 2025, elle tente la distance supérieure et vient à bout de la Hellôô 135, une course de 217 kilomètres en 41 h 44.
« Après les 217 kilomètres, j’avais dit que je ne reviendrai jamais, parce que c’était trop dur. Les organisateurs savaient avant moi que j’allais revenir pour le 500 kilomètres », dit-elle avec le sourire.

Cette année, lundi 22 juin à 22 h, elle se trouve donc sur la ligne de départ du Hell Ultra. Seulement trois participants pour cette distance de 480 kilomètres. Elle est la seule femme. Pour ces coureurs de l’extrême, l’objectif est de franchir la ligne d’arrivée avant le samedi 27 juin à 22 heures (120 heures). Et Véronique sera la seule à franchir la ligne d’arrivée. Par la même occasion, elle devient la première femme à finir la course. Et avec quelques heures d’avance sur le chronomètre. Elle voulait arriver avant la nuit.
Elle a pourtant douté. Deux fois. En passant la ligne d’arrivée de l’année dernière le jour 2, après 217 km. Et le jour 4, à 120 kilomètres de l’arrivée, lorsqu’elle pense être trop lente pour finir dans les temps. Mais sa persévérance ne l’a pas quittée.

« On ne peut pas se dire que l’on va courir pendant cinq jours. Je pensais à chaque étape, à chaque nuit, à ce qu’il fallait faire dans le moment présent », explique-t-elle.
Un travail d’équipe dans l’Himalaya
Pour cette course, elle était accompagnée par une voiture d’assistance avec chauffeur et 2 équipiers : Omkar, guide de haute montagne, alpiniste et ultra-trailer, et Hassan, photographe. Cette voiture ne l’a pas quittée et assurait le portage des affaires, le ravitaillement en eau et nourriture, et offrait un abri pour une sieste improvisée. La course ne pourrait pas se faire sans eux, puisque la route est quasi désertique sur de nombreux kilomètres.

« Après un ou deux jours, je ne pouvais plus vraiment réfléchir. C’est mon équipe qui décidait où je dormais et où je mangeais. Je lui faisais confiance », raconte Véronique Messina.
Même avec une préparation minutieuse, les imprévus restent nombreux. La gestion du sommeil est souvent délicate. Elle avait prévu de dormir trois à quatre heures par nuit, mais n’a finalement dormi qu’environ 12 heures au total.
Courir longtemps plutôt que courir vite
Enfiler ses chaussures de course à 5 heures du matin et parcourir Phnom Penh au lever du soleil est devenu une habitude pour Véronique Messina. Passionnée de longues distances, elle aime associer la course aux voyages et découvrir les paysages autrement.

Pour préparer le Hell Ultra au Ladakh, elle a conservé ses habitudes : une dizaine de kilomètres quotidiens en semaine, des sorties plus longues le week-end pour un volume d’entraînement hebdomadaire compris entre 80 et 100 kilomètres. Elle a également ajouté plusieurs séances de renforcement musculaire et des sorties vélo.
Dès le mois de janvier, elle a adapté son alimentation pendant les entraînements. On ne mange pas en altitude de la même façon qu’au niveau de la mer. Elle a pris l’habitude de s’entraîner avec un apport en glucides, liquides ou gels. Un véritable défi pour elle, qui court habituellement à jeun.

« Il a fallu que je me convainque d’abord psychologiquement que je n’étais pas en train de m’empoisonner aux sucres, puis que j’entraîne mon corps à fonctionner avec une alimentation liquide. »
Dans cette discipline, le mental joue un rôle aussi important que la condition physique.
Véronique Messina se souvient notamment de la traversée nocturne des Moray Plains, un plateau d’altitude long d’environ 50 kilomètres.
« Finalement, c’était peut-être mieux de ne pas voir le paysage à cet endroit. Cela aurait pu être démoralisant », reconnaît-elle.
La gentillesse, la curiosité et les encouragements de tous les usagers de cette autoroute ont également marqué son aventure. Des véhicules s’arrêtaient pour lui parler, prendre des photos ou lui proposer de monter à bord.

Les femmes dans l’ultratrail au Cambodge et en Inde
L’ultratrail commence au-delà de la distance marathon (42,195 km). C’est un sport en plein essor, mais Véronique déplore une présence féminine insuffisante.
« Les femmes ne s’inscrivent pas beaucoup sur ce type de course. J’ai envie de montrer que c’est possible », dit-elle.
Selon Véronique, l’ultratrail finit par réduire les différences physiques entre les hommes et les femmes.

« Le mental prend le dessus sur le physique après une certaine distance. Il y a toujours un moment où l’on n’en peut plus. Il faut accepter que ce soit difficile et attendre que cela passe », raconte-t-elle.
Pourtant, pour Véronique Messina, la course reste avant tout un moment de plaisir et de partage.
Cette année, comme chaque année depuis 2020, elle organise du 22 au 27 décembre 2026 une course solidaire de 250 km entre Kratie et Phnom Penh, pour soutenir l’Association Ptea Clara. Une course qu’elle veut ouverte à tous (course, vélo).
Malgré les distances parcourues et les défis relevés, elle souhaite conserver une approche simple et personnelle de cette discipline.`

« Le jour où je n’aurai plus envie d’aller courir, j’arrêterai. Pour l’instant, c’est un loisir et un plaisir », finit-elle par conclure.

























