Après des mois de combats transfrontaliers en 2025, le temple de Preah Vihear a subi des dégâts majeurs. Phnom Penh alerte l’UNESCO et appelle à une mobilisation internationale urgente.


Pierres millénaires éventrées, années de conservation réduites à néant et villages voisins dévastés : le Cambodge a rendu publics de nouveaux rapports faisant état de dégâts considérables infligés au temple de Preah Vihear, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, lors d’attaques militaires thaïlandaises en juillet et décembre 2025.
Des évaluations officielles alarmantes
Le ministère de la Culture et des Beaux-Arts a publié ces rapports d’évaluation des dommages le 12 janvier, mettant en garde contre l’ampleur des destructions causées par des frappes militaires répétées sur le complexe du temple et ses abords.
Face à la gravité de la situation, le ministère a lancé un appel pressant aux organisations internationales et à la communauté mondiale, demandant des mesures de protection immédiates, des actions de conservation d’urgence et des travaux de restauration afin d’éviter une dégradation irréversible du site, inscrit au patrimoine mondial depuis 2008.
Deux vagues de combats aux conséquences majeures
Selon le ministère, deux phases majeures de combats — du 24 au 28 juillet puis du 7 au 27 décembre — ont entraîné des destructions massives touchant des éléments architecturaux d’origine, des structures restaurées, des inscriptions, ainsi que des installations et équipements techniques dédiés à la conservation. Ces dégâts ont fortement perturbé les programmes de préservation menés par les autorités nationales et leurs partenaires internationaux.
Lors des affrontements de juillet, les autorités ont recensé des dommages sur 142 points à l’intérieur du complexe de Preah Vihear et sur 42 sites dans les zones environnantes. Parmi les lieux touchés figurent la pagode Keo Sikha Kiri Svara, des infrastructures publiques et des bâtiments administratifs de l’Autorité nationale de Preah Vihear.
Des communautés civiles durement touchées
Les conséquences des combats ont largement dépassé l’enceinte du temple. Soixante sites situés dans les communautés voisines ont été endommagés, notamment des habitations, des écoles, des pagodes et d’autres infrastructures civiles. Au total, 14 832 habitants ont été contraints de fuir leur domicile. Ces données ont été compilées par l’Autorité nationale de Preah Vihear dans un rapport finalisé en octobre.
Destruction aggravée lors des combats de décembre
Les affrontements de décembre ont causé des dégâts encore plus sévères. Des preuves photographiques et vidéo recueillies le 28 décembre montrent que la quasi-totalité des structures majeures — de la Gopura I à la Gopura V, ainsi que les chaussées et l’escalier nord — ont subi d’importants dommages dus à des tirs d’artillerie répétés et à des attaques aériennes impliquant drones et avions de combat.
Les travaux courants de conservation et de restauration ont été totalement interrompus. Plusieurs projets de coopération internationale ont également été lourdement affectés, notamment l’escalier ancien nord soutenu par les États-Unis, le projet de conservation et de restauration de la Gopura V mené avec l’Inde, ainsi que les travaux sur les Gopura I, II et III réalisés en coopération avec la Chine.
Une mobilisation diplomatique et juridique engagée
Le dossier transmis par le ministère comprend des vidéos documentant les deux épisodes de combats, préparées par l’Autorité nationale de Preah Vihear, ainsi qu’un rapport distinct du Centre cambodgien de déminage relatif aux opérations de dépollution et de vérification des munitions non explosées.
L’ensemble de ces documents a été soumis à l’UNESCO, au Comité du patrimoine mondial, aux États membres de l’ICC–Preah Vihear, ainsi qu’à la communauté internationale.
Le ministère a réaffirmé la nécessité de respecter le droit international, notamment la Convention de La Haye de 1954, son Deuxième Protocole de 1999 et le droit international humanitaire, qui imposent la protection des biens culturels de valeur universelle exceptionnelle en période de conflit armé.
Les autorités cambodgiennes ont indiqué que la documentation et la recherche sur l’étendue des dégâts se poursuivront, en étroite coordination avec les partenaires nationaux et internationaux, sur les plans technique, diplomatique et juridique, alors que le Cambodge cherche à obtenir des garanties de protection, des responsabilités claires et, à terme, la restauration complète du temple de Preah Vihear.
RIN Ousa
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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