Depuis plusieurs décennies, le Cambodge s’appuie sur le prêt de sculptures et d’objets angkoriens à des musées étrangers comme levier de diplomatie culturelle, a expliqué Chhay Visoth, directeur du Musée national du Cambodge.


Cette politique permet à la fois de faire connaître le patrimoine khmer à l’international et de limiter le trafic illicite d’antiquités, en réduisant la demande d’acquisitions permanentes par les musées étrangers.
Une politique ancienne et structurée
Présentée lors d’un événement en ligne organisé le 12 janvier par le Musée national, cette stratégie remonte officiellement à 1963, lorsque le Cambodge a prêté pour la première fois des œuvres au Japon pour une exposition temporaire.
Depuis, des statues en grès, des bronzes et divers objets issus des collections nationales ont été prêtés à de nombreuses institutions à travers le monde. Chhay Visoth a rappelé les grandes étapes de cette coopération, les expositions en cours et les projets à venir.
Des prêts nombreux, mais encadrés
Environ 600 objets cambodgiens ont déjà été exposés en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Chaque demande fait l’objet d’un examen approfondi par les équipes du Musée national et du ministère de la Culture et des Beaux-Arts.
Les dossiers sont soumis par les institutions étrangères via les ambassades, avant d’être évalués par un comité interministériel. « La procédure prend généralement au moins un an », a précisé Chhay Visoth.
Des projets au long cours
Certaines expositions nécessitent plusieurs années de préparation. Celle consacrée aux bronzes cambodgiens en France, autour du célèbre Vishnou couché, a ainsi mobilisé une décennie de travaux, incluant la première étude scientifique complète de cette sculpture découverte au Mébon occidental, à Angkor.

Le Vishnu couché exposée au musée Guymet. Photo Facebook du Musée national du Cambodge.
Rayonnement culturel et contraintes financières
Au-delà de leur portée symbolique, ces expositions renforcent les relations bilatérales avec les pays partenaires. Elles permettent aussi de contourner les contraintes budgétaires du ministère de la Culture, qui ne peut financer seul les coûts élevés liés à l’assurance, au transport et à la conservation des œuvres.
« Nous ne pouvons pas assumer seuls ces dépenses », a reconnu Chhay Visoth.
Un frein au trafic d’antiquités
Le prêt d’œuvres constitue également un outil de prévention contre le pillage. « Plus nous prêtons, moins les musées ont besoin d’acheter des antiquités khmères », a-t-il expliqué.
Cette baisse de la demande réduit mécaniquement l’intérêt des réseaux de trafic pour le patrimoine cambodgien.
Une présence régulière à l’international
Depuis les années 1990, des œuvres khmères ont été présentées en Australie, au Japon, en France, aux États-Unis, à Singapour, en Allemagne, en Corée du Sud ou encore en Espagne.
Aujourd’hui, plusieurs objets sont exposés au Asian Civilisations Museum et au Denver Art Museum, tandis que d’autres projets sont en cours en Australie, en Amérique du Nord et en Chine.
Un intérêt marqué en Chine
Une exposition récente à Hainan, en Chine, a attiré plus de 75 000 visiteurs en moins d’un mois. « Cela montre l’intérêt du public chinois pour notre patrimoine », a souligné Chhay Visoth.
Plusieurs projets ont déjà été validés pour les années à venir, avec des expositions itinérantes aux thématiques variées afin de mettre en valeur la diversité de l’héritage culturel cambodgien.

Photo Facebook du Musée national du Cambodge.
Sécurité et suivi des œuvres
Chaque objet prêté fait l’objet d’un suivi strict : conditionnement détaillé, documentation photographique, accompagnement par le personnel du Musée national et estimation financière intégrée aux contrats.
« En cas de doute, nous préférons ne pas envoyer les œuvres », a conclu Chhay Visoth.
Torn Chanritheara
Publié avec l’aimable autorisation de Cambodianess, qui nous permet d’offrir cet article à un lectorat francophone.
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