Installé à Siem Reap, Vincent Broustet trace un sillon artistique singulier dans le paysage cambodgien. Des Beaux-Arts de Paris au désert marocain, avant de trouver son port d'attache dans le Royaume, ce dessinateur naturaliste capture avec une précision vibrante l'essence des bas-reliefs khmers et la poésie du quotidien. Rencontre avec un artiste pour qui la ligne est un voyage.


La formation aux Beaux-Arts et la rupture avec la publicité
Le parcours de Vincent Broustet est celui d’un homme qui a tôt refusé les cadres trop étroits. Après trois années passées à l’école des Beaux-Arts de Paris, il quitte l’institution sans diplôme, préférant privilégier l’apprentissage par l’expérience et le regard. Dessinateur avant tout, il a longtemps exercé ses talents dans l’illustration et la presse, un univers qu’il a fini par quitter pour retrouver une forme de vérité artistique.
« C’est un peu mon ADN : la ligne concentrée, le plus possible dans le moins de traits possible. À un moment, j’ai quitté tout ce métier qui m’ennuyait, la réclame, tout ça. J’ai jugé cela creux, factice. J’ai compris que si quelque chose ne m’allait pas, il fallait choisir. »
L’appel du désert et l’installation au Cambodge en 2004
Avant de s’ancrer durablement en Asie, Vincent Broustet a connu l’épure du désert marocain. Il y mène une vie minimaliste, sans électricité, peignant dans son atelier. Cette quête d’essentiel le mène finalement au Cambodge en 2004. Siem Reap, dont le désordre séduit cet amoureux des marges, devient son premier point de chute.
C’est pourtant une rencontre qui va sceller son destin cambodgien : celle de Sichan, une jeune femme issue des programmes de l’association Pour un Sourire d’Enfant. Alors qu’il s’apprêtait à reprendre son vagabondage, cette union le pousse à s’engager.
« J’ai rencontré Chan, c’est cette rencontre qui m’a fixé ici. »

L’aventure de Kampot et l’expérience de la Bodhi Villa
Le couple s’installe ensuite à Kampot, sur les bords de la rivière, où ils fondent Jolie-Jolie, un salon d’esthétique doublé d’une galerie et d’une boutique de vêtements de leur création. Pendant plusieurs années, Vincent Broustet y concilie sa vie de famille et sa pratique artistique, tout en observant les mutations du sud du pays.
C’est dans cet environnement qu’il continue d’affiner son regard sur la société khmère, entre douceur de vivre et réalités rurales. Cependant, l’appel des racines culturelles du pays le ramène vers le Nord. Le besoin de se rapprocher de la source historique du Cambodge se fait sentir et le couple décide de regagner Siem Reap pour ouvrir un nouveau chapitre.
Casa Branca : un atelier-galerie au cœur de Siem Reap
À son retour dans la cité des temples, Vincent Broustet concrétise un projet de longue date : la Casa Branca. Ce lieu, conçu comme un atelier ouvert, lui permet de présenter son travail au public tout en conservant un espace de production rigoureux. S’éloignant des structures sombres de l’habitat traditionnel, il a imaginé un espace lumineux, propice à la contemplation.

« C’est la première fois que je tente cela : un lieu où je travaille et où je montre mon ouvrage. Nous avons ouvert il y a un peu plus d’un an et l’accueil est encourageant. Ce lieu me permet de rencontrer les gens que mon travail intéresse, c’est nouveau et motivant. Auparavant, mon travail allait à la rencontre du public via des expos ou des galeries hôtes, et il était rare que je rencontre ceux qui aimaient mon travail. »
Angkor comme source d’inspiration inépuisable
Aujourd’hui, l’œuvre de Vincent Broustet se nourrit intensément de la statuaire et des murs d’Angkor. Pour lui, les temples ne sont pas des vestiges figés, mais des réservoirs de formes et de récits. Il s’imprègne de la précision des bas-reliefs pour les réinterpréter sur la toile, jouant avec les bleus profonds et les lignes épurées.
« J’ai stocké, j’ai collé sur les bas-reliefs que tout le monde connaît mais qui sont virtuoses. Il y a la guerre, la mort, la quotidienneté, le monde rural… c’est sans fin. Ça raconte comme un conte ou comme des évocations. »
À travers ses pinceaux, les guerriers du Bayon et les scènes de vie millénaires retrouvent une actualité vibrante.

Un regard tourné vers l’essentiel
Au-delà de la technique, l’œuvre de Vincent Broustet s’inscrit dans une démarche d’observation patiente. À Siem Reap, il ne se contente pas de produire ; il vit son art au rythme de la cité. La Casa Branca est un lieu de passage où se croisent curieux et passionnés, offrant une fenêtre ouverte sur sa vision du pays.
« On n’a jamais fini de découvrir le Cambodge. Chaque jour apporte une nouvelle lumière, un nouveau détail sur un mur de pierre ou un visage. C’est cette vitalité que je cherche à fixer sur le papier. »
Alors que de nouveaux projets de collaboration avec des artisans locaux se dessinent, l’artiste continue de privilégier la sincérité du trait. Pour lui, peindre le Cambodge est une manière de lui rendre hommage, tout en poursuivant ce voyage intérieur commencé il y a vingt ans sur les pistes du Royaume.

- Casa Branca : Localisation google map
- Site web : https://www.vincentbroustet.com/en/
- Tel : 011572099
Sur le même sujet






















