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Le Cambodge sur le point d'éradiquer le paludisme

De 170 000 cas en 1997 à une centaine en 2025, le Cambodge approche l’élimination du paludisme. Mais la vigilance reste indispensable face aux risques de résurgence.

◊Le Cambodge sur le point d'éradiquer le paludisme ◊Le Cambodge sur le point d'éradiquer le paludisme
photo OMS / A. Raab

En 1997, le Cambodge faisait face à une crise sanitaire majeure avec 170 387 cas de paludisme recensés et plus de 800 décès. Près de trois décennies plus tard, en 2025, ce chiffre est tombé à seulement 107 cas, rapprochant le pays de la certification d’élimination de la maladie.

Longtemps, les forêts denses et les réseaux fluviaux, emblématiques du territoire cambodgien, ont constitué des zones à haut risque. Les populations vivant ou travaillant à proximité de ces espaces étaient les plus exposées, et pénétrer en forêt représentait un danger réel, le paludisme étant perçu comme potentiellement mortel.

Aujourd’hui, ce qui fut l’une des principales menaces sanitaires du pays est en voie de disparition.

Une réponse progressive et structurée

Au sortir de décennies de guerre civile, le Cambodge a engagé une réponse structurée. Dès la fin des années 1990, le Programme national de lutte contre le paludisme a intégré le diagnostic et le traitement dans le programme national des médicaments essentiels.

En 2001, l’introduction des thérapies combinées à base d’artémisinine, associée à la distribution massive de moustiquaires imprégnées d’insecticide, a marqué un tournant. La stratégie s’est déplacée vers la prévention, le diagnostic précoce et une prise en charge rapide au niveau communautaire.

Le rôle clé des travailleurs villageois

Un changement décisif est intervenu en 2004 avec le déploiement des travailleurs villageois du paludisme. Ces volontaires formés, installés au cœur des communautés, interviennent dans des zones souvent éloignées des structures de santé.

Ils réalisent des tests de diagnostic rapide, administrent les traitements, distribuent des moustiquaires et signalent les cas confirmés dans un délai de 24 heures. Initialement expérimenté avec 34 agents, ce dispositif est devenu un pilier de la lutte antipaludique.

pour en savoir plusMalaria Consortium : éliminer le paludisme au Cambodge

En 2009, ce réseau fut renforcé par des équipes mobiles chargées d’atteindre les populations migrantes et les travailleurs forestiers, souvent hors de portée des services de santé classiques.

Résistance aux traitements et adaptation des stratégies

En 2008, la confirmation d’une résistance à l’artémisinine chez Plasmodium falciparum plaça le Cambodge au centre des préoccupations internationales. En réponse, le pays intensifie la surveillance, adapte ses protocoles thérapeutiques et développe la recherche opérationnelle.

L’utilisation systématique de tests de diagnostic rapide avant tout traitement devient une composante essentielle pour garantir une prise en charge adaptée et limiter les usages inappropriés des médicaments.

Une accélération vers l’élimination

Avec la stratégie nationale d’élimination du paludisme 2011-2015, le Cambodge s'était fixé l’objectif d’éliminer la maladie d’ici 2025. Les efforts se concentrèrent  sur le renforcement des systèmes de surveillance et l’amélioration des capacités de détection rapide, y compris dans les zones forestières isolées.

Les résultats sont significatifs : entre 2004 et 2014, les cas passèrent de 113 255 à 56 271. Les décès chutèrent de 382 à 18, soit une baisse de 95 %. Depuis 2018, aucun décès lié au paludisme n’a été signalé.

 

 

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Nombre de cas de paludisme recensés au Cambodge source OMS

 

En 2020, un plan d’intensification cibla les populations difficiles à atteindre dans cinq provinces. Des actions de dépistage proactif, notamment hebdomadaire en zones forestières, permettent d’interrompre la transmission.

À la fin de l’année 2023, aucun cas local de Plasmodium falciparum ne fut détecté. En 2025, les cas recensés sont principalement importés et rapidement pris en charge selon les protocoles nationaux.

Une nouvelle phase : prévenir la réintroduction

Le Cambodge entre désormais dans une phase critique : éliminer Plasmodium vivax et prévenir toute réintroduction du paludisme.

Chaque cas suspect fait l’objet d’un test, d’un signalement sous 24 heures et d’une enquête approfondie. Les infections à P. vivax, plus complexes à traiter en raison de la persistance du parasite dans le foie, nécessitent une prise en charge complète pour éviter les rechutes.

Parallèlement, les travailleurs villageois sont intégrés dans des groupes de soutien sanitaire afin de pérenniser les capacités locales. Les systèmes de surveillance sont renforcés, notamment en matière de suivi entomologique et de coordination transfrontalière.

Une vigilance durable

Pour le Dr Huy Rekol, directeur du Centre national de parasitologie, d’entomologie et de lutte contre le paludisme, « les progrès du Cambodge vers l’élimination du paludisme reflètent des décennies de leadership solide, d’engagement communautaire et de collaborations efficaces. Alors que nous passons à la prévention de la résurgence, nous sommes conscients des responsabilités à venir et déterminés à maintenir une surveillance rigoureuse ».

La Dre Marianna Trias, représentante de l’OMS au Cambodge, souligne également : « cette réussite témoigne de l’engagement des agents de terrain et des efforts conjoints du ministère de la Santé et de ses partenaires. La prévention de la reprise de la transmission sera essentielle pour préserver ces acquis et progresser vers la certification ».

Cette étape exige un engagement politique constant, des investissements soutenus et une mobilisation continue des communautés. L’élimination ne marque pas la fin du processus, mais le début d’une vigilance à long terme.

Le parcours du Cambodge montre qu’une élimination est possible, même dans des contextes complexes marqués par la transmission en zones forestières, la mobilité des populations et la résistance aux traitements. La préservation de ces acquis constitue désormais l’enjeu principal.

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