Il y a encore quelques semaines, le Cambodge se préparait à affronter une sécheresse durable liée au phénomène El Niño. Les prévisions scientifiques évoquaient une hausse des températures, une baisse des précipitations et des tensions accrues sur les ressources en eau jusqu’au début de l’année 2027.


Depuis janvier, le pays a déjà connu des vagues de chaleur marquées et une diminution d’environ 50 % des précipitations. Les principales provinces rizicoles comme Battambang, Banteay Meanchey, Oddar Meanchey, Pursat et Kampong Thom sont particulièrement exposées.
Pourtant, ce scénario de sécheresse prolongée se heurte aujourd’hui à une réalité plus contrastée et pas contradictoire : l’arrivée brutale de pluies abondantes dans certaines régions, illustrant la variabilité accrue du climat.
Battambang, Cambodge : du manque d’eau à la gestion des excédents
Dans la province de Battambang, après une période de pénurie ayant affecté des milliers d’hectares de rizières, les autorités doivent désormais gérer un excès d’eau.
Le réservoir de Sek Sak a dépassé sa capacité maximale à la suite de fortes pluies. Les autorités ont donc procédé à des lâchers contrôlés afin d’éviter des inondations.
Cette opération vise à réduire la pression sur l’infrastructure, à anticiper de nouvelles précipitations et à maintenir l’irrigation en aval, tout en augmentant le niveau de la rivière Sangkae sans provoquer de crues.
Le département provincial des Ressources en eau a indiqué que ces apports massifs proviennent du ruissellement consécutif à plusieurs jours de pluies intenses.
Rivière Sangkae, Battambang : vigilance accrue des habitants cambodgiens
Les autorités locales appellent les habitants vivant à proximité de la rivière Sangkae à la prudence face à la montée des eaux. Une attention particulière est demandée pour les enfants, les personnes âgées, le bétail ainsi que les équipements agricoles.
« L’ouverture du réservoir polyvalent de Sek Sak peut entraîner une montée de la rivière Sangkae, mais elle ne provoquera pas d’inondations », selon Chan Youttha. « Au contraire, cela bénéficiera à l’irrigation d’environ 60 000 hectares de terres agricoles ».
Une partie de l’eau libérée continue également de s’écouler vers le lac Tonlé Sap, contribuant à l’équilibre hydrologique régional.
Battambang, Cambodge : infrastructures hydrauliques sous pression climatique
Le réservoir de Sek Sak joue un rôle central dans la régulation des eaux de ruissellement issues des bassins versants. En période de fortes pluies, il permet de capter puis de redistribuer l’eau vers la rivière Sangkae.
Abaisser son niveau constitue une mesure préventive pour préserver sa capacité et garantir un approvisionnement régulier en eau d’irrigation.
Plus tôt ce mois-ci, plus de 18 000 hectares de rizières de saison des pluies avaient pourtant été touchés par un déficit hydrique, en lien avec El Niño. Cette alternance rapide souligne la difficulté de gestion des ressources dans un contexte climatique instable.
Des inondations temporaires ont également perturbé la circulation dans certaines zones du district de Samlot, submergeant routes et ponts avant un retour progressif à la normale.
Cambodge : préparation encore insuffisante face aux extrêmes climatiques
Face à ces phénomènes contrastés, les autorités cambodgiennes ont engagé plusieurs actions. Le 26 juin, le Premier ministre Hun Manet a demandé une coordination renforcée des ministères et des autorités locales pour le suivi, la sensibilisation et la mise en œuvre de mesures d’urgence.
Le ministère des Ressources en eau intensifie la surveillance météorologique, tandis que le Comité national de gestion des catastrophes élabore des plans d’intervention. Le ministère de l’Agriculture travaille à sécuriser les réserves alimentaires et à soutenir les agriculteurs.
Malgré des progrès au cours de la dernière décennie, notamment dans les systèmes d’irrigation et d’alerte, des fragilités persistent. Le réseau d’irrigation couvre environ deux millions d’hectares, sur près de trois millions d’hectares agricoles.
« La préparation reste insuffisante, surtout à la base », selon Soeung Saroeun, directeur exécutif du NGO Forum on Cambodia, évoquant des investissements encore limités dans les infrastructures hydrauliques et le partage d’informations.
Source : Cambodianess
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