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Le Cambodge face au défi du tri des déchets

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camion poubellecamion poubelle
Camion poubelle dans les rues de Phnom Penh
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 10 septembre 2026

Pour les foyers qui tentent de trier leurs déchets, la logique paraît simple : les restes alimentaires d’un côté, les matériaux recyclables de l’autre. Mais une fois les poubelles vidées, le système se complique.

Dans une grande partie du Cambodge, les déchets ménagers et commerciaux sont encore collectés dans les mêmes véhicules. Les déchets soigneusement séparés peuvent ainsi être mélangés de nouveau avant d’atteindre une décharge ou une installation de recyclage. Selon plusieurs experts, le décalage entre les consignes adressées à la population et les capacités réelles du système constitue désormais l’un des principaux défis du pays.

Depuis plusieurs années, le Cambodge promeut le tri au moyen de réglementations, de campagnes de sensibilisation et de projets locaux. Selon le Global Green Growth Institute (GGGI), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’expert de la gestion des déchets Sam Phalla, la prochaine étape consiste à garantir l’existence de filières capables de prendre en charge les déchets triés.

Le tri des déchets au Cambodge : des politiques difficiles à appliquer

Ankit Bhatt, responsable des programmes consacrés à la gestion des déchets au bureau régional asiatique du GGGI, estime que le Cambodge a déjà posé plusieurs bases importantes.

Sur le terrain, une grande partie du tri qui existe encore repose sur des circuits informels.

Selon Sam Phalla, directeur adjoint de la Cambodian Education and Waste Management Organization (COMPED), les déchets organiques sont fréquemment jetés avec les plastiques, l’aluminium et le carton. Les matières recyclables sont souvent récupérées plus tard par des collecteurs informels ou directement dans les décharges, plutôt que séparées au moyen d’un dispositif organisé.

Le Cambodge a renforcé son cadre juridique, mais, selon Sam Phalla, la mise en œuvre au niveau local reste toutefois limitée.

Un problème pratique peut rapidement affaiblir l’adhésion du public : les habitants perdent leur motivation lorsqu’ils voient leurs déchets versés dans le même camion malgré leurs efforts de tri.

Selon un rapport publié en 2020 par le bureau de la Heinrich Böll Stiftung à Phnom Penh, les zones urbaines cambodgiennes produisaient alors 4,78 millions de tonnes de déchets solides municipaux, soit environ 0,78 kilogramme par personne et par jour.

Les déchets alimentaires et les autres matières organiques représentaient 55 % du volume total, devant les plastiques, à 10 %, et le verre, à 8 %.

Pourtant, la majorité des déchets reste destinée à l’élimination plutôt qu’à la valorisation. Le rapport estimait que 44 % des déchets solides municipaux étaient enfouis, tandis que seulement 4 % étaient recyclés et 2 % transformés en compost. Les 46 % restants étaient éliminés au moyen de pratiques non contrôlées.

Phnom Penh et le Cambodge manquent d’équipements de tri et de recyclage

Selon Enrico Gaveglia, représentant résident du PNUD au Cambodge, le pays ne dispose pas encore d’un nombre suffisant de bacs dédiés, d’installations modernes de tri et de récupération des matières, ni d’une capacité de recyclage adaptée à certaines catégories de déchets.

Cette situation pose un problème aux foyers auxquels il est demandé de trier leurs déchets : le tri à domicile perd largement son intérêt si les matières sont mélangées lors de la collecte ou du transport.

« Même si des projets pilotes et des campagnes de sensibilisation ont produit des résultats positifs dans certaines communautés, le tri régulier et généralisé des déchets par les ménages et les acteurs économiques ne constitue pas encore la norme », selon Enrico Gaveglia.

La question du financement reste également centrale.

Toutes les matières recyclables ne présentent pas la même rentabilité. L’aluminium et le carton disposent de filières établies et peuvent justifier les coûts de collecte. Les plastiques de faible valeur et les matières contaminées posent davantage de difficultés. Dans certains cas, leur collecte et leur traitement coûtent davantage que la valeur du matériau récupéré.

Selon Ankit Bhatt, cette réalité économique figure parmi les obstacles que le Cambodge devra traiter pour faire progresser le tri au-delà de quelques projets pilotes.

Construire une économie circulaire au Cambodge sur cinq à dix ans

Au cours des cinq à dix prochaines années, l’objectif ne devrait pas seulement consister à convaincre davantage de personnes de trier leurs déchets. Les camions de collecte, les installations de tri et les sociétés de recyclage devront aussi être prêts à traiter les matières séparées.

Selon Ankit Bhatt, l’ambition à long terme doit dépasser le seul recyclage : il s’agit de réduire l’utilisation de matériaux inutiles, de maintenir les ressources valorisables en circulation et de créer des activités ainsi que des emplois liés à l’économie circulaire.

Lorsqu’un foyer prend le temps de séparer les restes alimentaires du plastique et du carton, le système doit faire en sorte que cet effort soit utile.

Si les déchets sont à nouveau mélangés quelques minutes plus tard, les habitants ont peu de raisons de poursuivre leurs efforts.

L’avenir du recyclage au Cambodge pourrait donc dépendre de ce qui se passe après le bac, et pas uniquement de ce que les habitants y déposent.

source : Cambodianess

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