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Le combat de Christophe Guenole pour préserver la biodiversité à Angkor

À Angkor, Christophe Guenole transforme un espace discret en refuge pour la biodiversité et sensibilise à la préservation des écosystèmes cambodgiens.

AngkorAngkor
Christophe Genole cc: LePetit Journal Cambodge
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 5 septembre 2026

À moins d’un kilomètre d’Angkor Wat, au cœur du parc archéologique, Christophe Guenole a conçu Angkor Nature Observatory, un espace entièrement dédié à la biodiversité. Naturaliste passionné, il organise également des excursions guidées pour faire découvrir la richesse de la faune et de la flore cambodgiennes.

Pour visiter ce refuge végétal, il faut d’abord trouver cet endroit discret au sein du parc. Le lieu abrite une impressionnante variété de plantes et sert de point de départ à de nombreuses activités de découverte du milieu naturel.

L’intérêt de Christophe pour l’environnement remonte à son enfance. Originaire de Bretagne, son immersion précoce au contact du vivant a rapidement éveillé sa curiosité et son attachement au monde naturel.

Après des études agricoles, il a complété son parcours par un Brevet d’État d’Éducation Populaire spécialisé dans la sensibilisation à la nature. Toutefois, ses aspirations l’ont vite éloigné d’un métier trop administratif. « Il fallait être dans un bureau derrière un ordinateur plutôt que sur le terrain », explique-t-il.

Le naturaliste s’est investi dans de nombreuses campagnes d’inventaire et de suivi environnemental, notamment dans les Côtes-d’Armor et sur l’ensemble des îlots bretons.

En 2007, il a mis les pieds au Cambodge pour la première fois. Il y a découvert un peuple accueillant et une biodiversité exceptionnelle qui était, à l’époque, encore très peu documentée.

Les pollinisateurs et les papillons du Cambodge, un patrimoine à identifier

Christophe a consacré une part importante de son travail à la valorisation et à l’identification des pollinisateurs et des papillons du Cambodge. Il a coécrit Butterflies of Cambodia, publié en 2020 avec l’aval du ministère de l’Environnement.

« Les papillons n’avaient souvent qu’un nom générique. Grâce à une équipe de Cambodgiens passionnés, des noms khmers ont pu leur être attribués », précise-t-il.

Le Cambodge compte aujourd’hui plus de 500 espèces de papillons répertoriées, un travail d’inventaire scientifique de fond mené notamment par les chercheurs Gérard Chartier et Oleg Kosterin.

 

CC : Le Petit Journal Cambodge

 

Pour Christophe, cet effort d’inventaire des insectes pollinisateurs a dépassé la stricte démarche académique. Dans un pays où la connaissance de la faune et de la flore locales demeure en constante construction, nommer ces espèces en langue khmère a constitué une étape essentielle pour se réapproprier, valoriser et préserver ce patrimoine naturel.

« Plus on connaît la nature, mieux on peut la protéger. Plus on nomme ce patrimoine, mieux on le préserve », souligne-t-il.

Un pionnier de l’étude des champignons d’Angkor

Au-delà de la faune et des plantes, Christophe s’est intéressé de près aux champignons du parc archéologique d’Angkor.

Constatant ce vide dans la littérature scientifique et historique, il s’est lancé dans ce qui semble être le tout premier travail de recensement et d’inventaire mycologique à Angkor. Un domaine d’exploration vaste et inédit qui apporte un nouvel éclairage sur les écosystèmes forestiers du complexe.

Un environnement vivant à l’Angkor Nature Observatory

Dans l’environnement proche de l’Angkor Nature Observatory, un inventaire mené à la croisée des rizières, des jardins et de la lisière forestière a permis de recenser quelque 243 espèces végétales. Si l’ensemble peut donner une impression de foisonnement désordonné, cet aménagement répond en réalité à une logique écologique stricte : favoriser au maximum la biodiversité.

« Je cherche à attirer un grand nombre d’abeilles, de papillons et d’insectes. Je plante aussi des fleurs nectarifères pour nourrir les oiseaux », explique-t-il.

Selon lui, concevoir un espace favorable à la faune et à la flore ne nécessite pas des moyens financiers importants et reste tout à fait esthétique. « C’est possible de le créer sans que cela coûte plus cher. Ce n’est pas moins beau, et c’est tellement plus riche », affirme-t-il.

 

CC: LePetitJournalCambodge

« Je choisis des espèces qui attirent la vie sauvage, tout en conciliant esthétisme et préservation », poursuit-t-il.

Depuis son installation dans le Royaume, le naturaliste a su s’adapter à un écosystème tropical très éloigné de son milieu breton natal. Il sillonne aujourd’hui les sentiers de Siem Reap pour partager sa vision du terrain avec les visiteurs.

Après quinze années passées au Cambodge, Christophe met également son expertise au service de particuliers et d’organisations en les accompagnant dans la création de jardins écoresponsables.

Sensibiliser grâce aux réseaux sociaux au Cambodge

Sa démarche d’éducation à l’environnement s’étend également sur les réseaux sociaux. Christophe a créé deux communautés Facebook dont le succès a rapidement dépassé ses attentes.

Le groupe Natural Cambodia réunit aujourd’hui plus de 12 600 membres, tandis que le second, consacré aux champignons, bryophytes et lichens, rassemble environ 700 passionnés. Ces plateformes d’échange permettent de partager des observations de terrain, de publier des fiches d’identification et de sensibiliser un large public à la protection des écosystèmes du Cambodge.

Restaurer et replanter la forêt d’Angkor et du Cambodge

Pour Christophe, comprendre le milieu naturel d’Angkor exige de saisir son histoire écologique. La forêt du parc est qualifiée de forêt à diptérocarpacées, en raison de la nette prédominance des arbres de cette famille botanique. Elle a surtout la particularité d’être une forêt secondaire.

Ce constat d’une forêt à restaurer s’applique en réalité à l’ensemble du Cambodge. Seule une reforestation réfléchie réintégrant notamment des espèces végétales issues de la forêt primaire permettra le retour à une biodiversité riche et fonctionnelle. C’est l’unique condition pour offrir à nouveau un habitat viable aux mammifères devenus aujourd’hui extrêmement rares dans le pays, et pour envisager le retour des superprédateurs. Toutefois, cette restauration des milieux ne pourra réussir sans traiter un autre problème critique : le braconnage, qui continue d’exercer une pression dramatique sur la faune sauvage.

Enfin, le naturaliste rappelle qu’il devient urgent de se pencher sérieusement sur la question de l’utilisation des pesticides et des herbicides dans les rizières environnantes comme dans l’ensemble du pays. La sauvegarde des paysages repose ainsi sur une étude constante des milieux naturels, une lutte ferme contre le braconnage et une transition vers des pratiques agricoles respectueuses de la santé des sols et du vivant.

 

 

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