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Le mois du Lapin, un film sur le racisme anti-asiatique à l’Institut du Cambodge

Le film Le Mois du Lapin, réalisé, écrit, produit et interprété par Liya Han, sera projeté le 11 septembre à l’Institut français du Cambodge. Sorti en 2023, ce docu-fiction d’une durée d’environ une heure et dix minutes s’intéresse au racisme anti-asiatique en France, à ses manifestations quotidiennes et à ses conséquences sur les personnes qui le subissent.

Photo fournie Photo fournie

Le film s’appuie sur des expériences vécues par les comédiens ainsi que sur des témoignages recueillis par l’équipe. À l’exception du couple principal, issu de la fiction, les scènes présentées sont inspirées de situations réelles.

La réalisatrice souhaite ainsi montrer des situations souvent réduites à de simples maladresses ou à du racisme inconscient. Selon elle, ces comportements sont régulièrement passés sous silence, alors qu’ils relèvent bien d’une forme de racisme.

« Nous essayons de mettre en lumière ces micro-agressions et ces petites maladresses pour montrer qu’elles peuvent avoir des conséquences extrêmement importantes sur la vie des personnes qui les subissent », explique-t-elle.

Un film autoproduit à l’âge de 23 ans

Liya Han avait 23 ans lorsque le film est sorti. Pour le financer, elle a dû se tourner vers l’autoproduction. La jeune réalisatrice a travaillé pendant près de deux ans, avec l’objectif de raconter une histoire qu’elle jugeait nécessaire. Elle a elle-même quitté la France pour des raisons liées au racisme et ne voulait pas que son départ soit interprété comme une simple préférence pour l’Asie.

« Je ne voulais pas devenir une anecdote. Je ne voulais pas que l’on dise simplement : “Liya est partie parce qu’elle préfère l’Asie.” Je voulais expliquer les raisons qui peuvent se trouver derrière ces départs », raconte-t-elle.

Plusieurs comédiens ont accepté de participer au projet sans rémunération. Les techniciens, eux, ont été payés. Le film a donc bénéficié d’un véritable budget, malgré son mode de production indépendant.

« La motivation commune des acteurs, qui voulaient raconter cette histoire, nous a permis d’aller au bout du projet », souligne Liya Han.

Une première réalisation construite avec les acteurs

Si Liya Han travaillait déjà dans le cinéma depuis plusieurs années, Le Mois du Lapin constitue sa première réalisation. Elle avait joué dans différents films depuis 2018 et participé à la formation de comédiens pour de grandes chaînes de télévision françaises. Cette expérience lui avait permis de se familiariser avec les scénarios et le fonctionnement des productions audiovisuelles. Pour la partie technique, elle s’est entourée d’une photographe de plateau, d’un chef opérateur, d’un cadreur et d’un ingénieur du son. La préparation artistique s’est toutefois largement appuyée sur le travail mené avec les comédiens.

Le projet devait initialement prendre la forme d’un court métrage d’environ trente minutes. Le premier scénario a été écrit en cinq jours. Mais, au fil des rencontres avec les acteurs et des répétitions, le film s’est développé pour atteindre une durée d’une heure et dix minutes.

« Le squelette du film a été écrit en cinq jours. Puis, pendant quatre à six mois, nous lui avons donné sa forme définitive », précise Liya Han.

 

le mois du lapin

Liya Han. productrice, réalisatrice et actrice

Un tournage de six jours

Elle garde un souvenir très positif du travail avec les comédiens, dont elle évoque la générosité et les rencontres humaines. La gestion de l’équipe technique s’est révélée beaucoup plus compliquée. Un premier cadreur a quitté le projet après deux jours, à la suite d’un désaccord avec la première assistante de la réalisatrice. Il a fallu recruter rapidement un remplaçant, alors que certaines séquences avaient déjà été tournées. Plusieurs lieux de tournage ont aussi annulé leur accord au dernier moment, et certains comédiens ne se sont pas présentés sans prévenir. La réalisatrice rapporte également des comportements misogynes sur le plateau. Sa première assistante était une femme, et la majorité des techniciens étaient des hommes. Selon Liya Han, certains ont eu du mal à recevoir des directives données par des femmes.

« Nous n’avions pas anticipé ces difficultés. La volonté de raconter cette histoire nous a permis de tenir, mais, avec le recul, cela reste une expérience difficile », reconnaît Liya Han.

Malgré ces obstacles, elle se dit satisfaite du résultat final. Le film a été conçu pour conserver une dimension intime et rester fidèle aux situations qu’il cherche à montrer.

Laisser une trace

Pour Liya Han, le choix du cinéma répond à la nécessité de laisser une trace durable. Elle estime que le racisme anti-asiatique demeure peu discuté en France, aussi bien dans les médias que dans la société.

Elle évoque notamment des proches qui ne reconnaissent pas l’existence de ce phénomène ou le considèrent comme une exagération. « J’avais besoin de laisser une trace. Le racisme anti-asiatique est encore très peu discuté en France. Certains de mes amis pensent même qu’il n’existe pas », affirme-t-elle.

À sa sortie en 2023, Le Mois du Lapin a suscité des réactions très contrastées. Le film a reçu des critiques positives comme négatives, mais a rarement laissé les spectateurs indifférents. « Ce n’est pas un film dont on sort en disant simplement qu’il était correct. Soit on l’a beaucoup aimé, soit on l’a détesté. Nous le savions avant de le réaliser », poursuit la réalisatrice.

Elle espère que le film contribuera à ouvrir la voie à d’autres récits consacrés au racisme anti-asiatique. Son objectif est aussi de montrer qu’il est possible de raconter ces expériences et de les rendre visibles.

« J’espère que, dans dix ans, la société reconnaîtra pleinement l’existence du racisme anti-asiatique et qu’elle cherchera, comme pour toutes les formes de racisme, à le combattre plutôt qu’à l’alimenter », déclare-t-elle.

Un deuxième film en cours d’écriture

Liya Han travaille actuellement sur son deuxième film. Sans en révéler le contenu, elle indique qu’il abordera la culture du viol et la pédophilie dans le cinéma français.

Liya Han refuse toutefois de présenter son travail comme une démarche strictement individuelle. Elle préfère parler au nom d’un collectif, même si elle est à l’origine de l’écriture et de la réalisation.

Une expérience différente au Cambodge

Franco-chinoise, Liya Han vit au Cambodge depuis trois ans.

« En France, je ne me souviens pas d’une conversation au cours de laquelle on ne m’aurait pas demandé, dans les cinq premières minutes : “Vous parlez très bien français. D’où venez-vous ?” »

Au Cambodge, son expérience est différente.

« Je vis ici une forme de sérénité. Je ne prétends pas parler au nom de toutes les personnes asiatiques, mais, selon mon expérience, je ne ressens pas de racisme anti-asiatique au Cambodge », conclut-elle.

Montrer une réalité sans donner de leçons

Liya Han tient enfin à rappeler que Le Mois du Lapin n’a pas été conçu pour donner des leçons. Le film cherche simplement à exposer une réalité vécue par de nombreuses personnes et souvent rendue invisible.

« Nous avons essayé de réaliser le film de la manière la plus factuelle possible, en montrant une réalité qui existe et qui est souvent occultée », explique-t-elle.

La réalisatrice ne souhaite pas accuser un groupe ou désigner des individus. Elle préfère présenter des situations et laisser les spectateurs construire leur propre réflexion.

« Nous n’accusons personne. Nous exposons simplement une situation que nous vivons. Si les spectateurs sortent de la salle avec une réflexion, quelle qu’elle soit, le film aura atteint son objectif. »

Informations pratiques
11sept.

De 18:30 à 20:00

Adresse

institut Français du Cambodge
Phnom Penh

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