Édition internationale

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodge

Depuis 2016, l’association Komar Chey forme des lycéens de Banteay Mean Chey au français, leur ouvrant les portes d’études supérieures et de carrières internationales. Pascal Babin, son vice-président, revient sur une décennie d’engagement et les défis d’une structure à taille humaine.

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au CambodgesKomar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodges
Photo : Facebook Komar Chey
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 6 février 2026, mis à jour le 28 février 2026

Pascal Babin, fondateur et vice-président de l’association Komar Chey, revient sur une décennie d'engagement éducatif auprès des lycéens de Sisophon, dans la province de Banteay Mean Chey. Il détaille l'action de cette structure, qui mise sur la langue française comme levier d'ascension sociale pour la jeunesse khmère.

Une genèse née d'un déclic

 

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodges

Logo de Komar Chey. Photo : Facebook Komar Chey

L’histoire de Komar Chey, prend racine en France. Le déclic survient lors du visionnage d’un documentaire relatant la création de l'association Pour un Sourire d'Enfant (PSE).

"J'ai découvert le travail de Monsieur et Madame des Pallières, et des enfants qui travaillaient dans la décharge de Stung Meanchey ... Cela m'a profondément touché", confie Pascal Babin . Dès lors, l'idée de fonder une structure dédiée à l'éducation s'impose. Il contacte alors Vichheka SATH, aujourd’hui ancien vice-président de l’association. Avec le soutien de la municipalité de Woippy (Moselle), de François Grosdidier, président de l'Eurométropole de Metz, et d’organisations caritatives telles que Lions Clubs et Rotary International, les premiers fonds sont récoltés. En janvier 2016, l’association débarque au Cambodge et ouvre sa classe à Sisophon, ville choisie par le président cambodgien de Komar Chey à l’époque.

Le français comme carte stratégique pour les étudiants khmers

Aujourd'hui, Komar Chey bénéficie d’une salle de classe au sein du lycée de Sisophon. L’association y accompagne quatre-vingts élèves répartis sur trois niveaux, correspondant aux trois dernières années de lycée. Le choix de l’enseignement du français, dans un pays où la pratique de la langue s’est raréfiée, relève d’une stratégie délibérée.

 

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodges

Photo : Facebook Komar Chey

"Le Cambodge a été un pays francophone, mais aujourd'hui, seule une infime partie de la population parle encore le français", explique le vice-président. Pour lui, cette rareté est une opportunité : "L'apprentissage du français est devenu une carte supplémentaire. Un jeune qui maîtrise cette langue ne visera pas seulement un poste de professeur ; il sera immédiatement recherché par de grandes entreprises ou pourra s'orienter vers des carrières d'avocat ou de médecin. »

Le recrutement des élèves est rigoureux et fondé sur leur motivation, leur ambition : » Nous sélectionnons une trentaine des meilleurs élèves présentés par le lycée ». « L’idée est de permettre à des jeunes qui visent des études supérieures de haut niveau d’acquérir des bases solides", souligne le vice-président. Pour beaucoup d’entre eux, ils aspirent à devenir médecins, avocats ou professeurs.

Les résultats sont au rendez-vous : la totalité des élèves de l’association obtient le baccalauréat avec mention. Certains, à l'image de la jeune Namfun, aujourd’hui en double diplôme à la fac de Phnom Penh, poursuivent des cursus d'excellence. 

Toutefois, le coût des études supérieures, notamment en médecine, reste un obstacle majeur pour ces familles modestes, et empêche certains jeunes de poursuivre leurs études. Bien qu’ils ne puissent les financer, l’association a trouvé des moyens de pallier à certaines difficultés, en nouant un partenariat avec l'organisation Enfants d'Asie, afin d’assurer l’hébergement de ses étudiants à la fac de Phnom Penh.

Une gestion rigoureuse malgré la fragilité budgétaire

 

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodges

Le professeur de français, Chhunly, et Pascal Babin à sa droite. Photo : Facebook Komar Chey

Se définissant comme une « microscopique association » Komar Chey fonctionne avec un budget annuel restreint (bien que gérant 80 jeunes), permettant notamment de financer le salaire de leur professeur de français cambodgien, Chhunly. Présent depuis les débuts, il est soutenu chaque année par deux volontaires en service civique envoyés par La Guilde. Ces jeunes bénéficient d'une autonomie importante, agissant comme de véritables représentants de l'association. Ils participent à l'élaboration des programmes et entretiennent un lien constant avec les familles et le lycée.

Les défis de la situation frontalière et la sécurité des volontaires

L'implantation de Komar Chey à Sisophon, située à moins de cinquante kilomètres de la frontière thaïlandaise (48 km), expose l'association aux soubresauts des tensions entre le Cambodge et la Thaïlande. À plusieurs reprises, le passage de la zone en « alerte rouge » a contraint le centre à évacuer ses volontaires français vers Siem Reap ou Phnom Penh.

 

Komar Chey : 10 ans au service de la francophonie au Cambodges

Une volontaire avec les jeunes de Komar Chey. Photo : Facebook Komar Chey

Pascal Babin exprime son incompréhension face à certaines décisions administratives concernant le retour des volontaires sur le terrain : "Aujourd'hui, les volontaires de solidarité internationale (VSI) ont l'autorisation de réintégrer leurs structures en zone orange, ce qui est le cas de Sisophon, mais pas les services civiques. C'est une absence de cohérence que nous tentons de résoudre avec les services de l'ambassade."

L'association a pourtant mis en place un protocole de sécurité rigoureux permettant une exfiltration  en moins d'une heure en cas de crise. Elle bénéficie pour cela d'un soutien indéfectible des autorités locales. "Le gouverneur de la province de Banteay Meanchey, OUM Reatrey porte un oeil vigilant et protecteur sur Komar Chey », précise Pascal Babin."Il rencontre nos volontaires à leur arrivée, et se tient au courant en permanence du travail effectué par l’association. Son soutien est essentiel pour la pérennité de notre action à Sisophon."

La mairie de Metz a récemment voté une aide humanitaire de 3400 dollars à destination des réfugiés de la province de Banteay Mean Chey. Komar Chey s’est vu chargé de distribuer cette donation sur le terrain. 

Comme beaucoup d’autres petites associations au Cambodge, Komar Chey, mérite d’être mis en lumière pour son action extraordinaire auprès des jeunes.

Pour en savoir plus sur Komar Chey : https://www.facebook.com/p/KOMAR-CHEY-100070999674100/?locale=fr_FR

Eléonore Beltran

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