Phnom Penh à l’aquarelle, gestes simples et résilience
À Phnom Penh, Michael Santiago peint les vendeurs de marché à l’aquarelle. Ses œuvres mettent en lumière la simplicité du quotidien et la persévérance discrète.


Les personnes que Michael Santiago représente dans ses aquarelles sont celles qui, chaque matin, rassemblent les produits qu’elles cultivent elles-mêmes ou qu’elles obtiennent auprès de producteurs locaux, avant de les vendre sur les marchés de Phnom Penh. Puis, elles attendent patiemment les clients, espérant au moins couvrir leurs frais et, si possible, dégager un léger bénéfice.
Dans leur attitude, il n’y a ni tristesse ni désespoir. Jour après jour, elles avancent avec constance. À travers des teintes douces et la technique de l’aquarelle, Santiago les dépeint avec une forme de sagesse tranquille. « Je ne veux pas appeler cela de la pauvreté », explique-t-il. « C’est la dureté de la vie. »
Scènes de vie ordinaire
Parmi les œuvres présentées dans le cadre de son exposition « Eat, Pray, Love » à l’hôtel Sofitel Phnom Penh Phokeethra, une femme prend un instant pour ajuster sa coiffure. Assise devant une table couverte de produits, avec d’autres marchandises derrière elle, elle utilise son téléphone comme miroir pour replacer quelques mèches échappées de son chignon.
Dans une autre scène, une femme fait griller de la viande sur un petit barbecue, utilisant un éventail en rotin pour attiser la chaleur. Sur la table, des boulettes et des saucisses déjà cuites sont exposées, tandis que d’autres morceaux de viande crue pendent à proximité. D’autres aquarelles montrent également des scènes du festival de l’Eau, avec des bougies allumées déposées sur l’eau.

Une inspiration ancrée dans l’enfance
Michael Santiago a grandi aux Philippines, sur l’île de Leyte, au sein de communautés où la majorité des familles vivent de l’agriculture ou de la pêche.
« L’une des raisons pour lesquelles les îles des Philippines rencontrent des difficultés, ce sont les tempêtes et les typhons chaque année, surtout avec le changement climatique », explique-t-il. « On cultive le riz, la noix de coco, le coprah… mais chaque année, ces tempêtes détruisent les récoltes, et les gens doivent recommencer à zéro. »
Après le lycée, il s’installe à Manille et intègre la Far Eastern University, un établissement privé non confessionnel. Faute de moyens — ses parents ayant sept enfants à charge — il travaille à temps partiel pour financer ses études. Il parvient ainsi à obtenir son diplôme en beaux-arts tout en soutenant son mémoire.
L’un de ses emplois est directement lié au monde artistique. « Un artiste reconnu embauchait des étudiants et de jeunes artistes pour coloriser ses lithographies à l’aquarelle », explique-t-il.
Après l’université, Santiago travaille plusieurs années pour une station de radio, où il réalise des visuels. « J’adorais ça. La radio est un médium magnifique… En grandissant en province, nous n’avions pas de télévision. La radio est le seul média qui pousse à imaginer, parce qu’on n’entend que des voix. »
Quelques années plus tard, il se lance en freelance. En 2006, grâce à un ami, il part au Cambodge et rejoint l’agence Riverorchid à Phnom Penh, où il travaille pendant près de vingt ans comme storyboarder.

L’art comme observation et méditation
Depuis, Michael Santiago a ouvert son propre atelier, où il travaille chaque jour avec régularité, comme dans un cadre professionnel classique. Il apprécie cette routine : se préparer, quitter son domicile, consacrer plusieurs heures à son travail, puis rentrer chez lui.
Au fil du temps, il développe également une approche méditative de son art, qui l’aide à traverser certaines périodes difficiles.
Ses déplacements dans Phnom Penh nourrissent directement son inspiration. « Je remarque les petits détails dans les rues que j’emprunte, la nourriture que je mange… ces choses simples que l’on ne voit plus parce qu’elles sont devenues normales », explique-t-il.
Ces scènes du quotidien révèlent, selon lui, une forme de joie discrète. « Il y a quelque chose dans cette simplicité… les rires des enfants, les voisins qui discutent bruyamment, la musique dont je ne comprends pas toujours le sens… il se passe toujours quelque chose. »
À travers ses œuvres, il cherche à restituer ces instants ordinaires. « L’art est apaisant. Pour moi, c’est une forme de méditation. »

L’exposition de Michael Santiago au Sofitel Phnom Penh Phokeethra se tient jusqu’au 3 mai 2026.
Pour plus d’informations, il est possible de le contacter via : facebook
- Rédigé par : Michelle Vachon
- Photos : MV
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
Informations pratiquesFini le3mai
Jusqu'au 3 mai à 20:00






