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Nouvelle loi sur le service militaire au Cambodge

Le Cambodge prépare une nouvelle loi sur la conscription, révélant des enjeux militaires, politiques et sociaux dans un contexte régional sous tension.

Nouvelle loi sur le service militaire au CambodgeNouvelle loi sur le service militaire au Cambodge
Cérémonie de remise des diplômes militaires cambodgiens dans une école militaire de la province de Kampong Speu en 2015. (CamboJA/Pring Samrang)
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 27 avril 2026

Le gouvernement cambodgien a approuvé jeudi une nouvelle loi sur la conscription militaire visant à renforcer la défense nationale et à promouvoir le patriotisme. Pour un analyste, cette décision marque un passage vers un système militaire plus structuré et durable, dans un contexte de vieillissement des forces armées et de modernisation.

Une loi révisée après près de deux décennies

Initialement adoptée en décembre 2006 mais jamais appliquée, la loi sur la conscription a été révisée pour s’adapter au contexte actuel. Le Premier ministre Hun Manet avait indiqué en juillet dernier que ce texte nécessitait une mise à jour.

La nouvelle version prévoit un allongement de la durée du service obligatoire, passant de 18 à 24 mois. Elle concerne désormais les hommes cambodgiens âgés de 18 à 25 ans, contre 30 ans dans la loi précédente. Pour les femmes, le service reste volontaire.

Le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, a confirmé l’adoption du texte : « Cette loi a été approuvée par le Conseil des ministres. Il s’agit d’une nouvelle loi », précisant qu’elle sera prochainement transmise à l’Assemblée nationale.

Un cadre juridique renforcé pour la défense nationale

Composée de huit chapitres et de 20 articles, la loi définit les modalités de mise en œuvre de la conscription, en conformité avec le nouvel article 49 de la Constitution. Celui-ci stipule que les citoyens cambodgiens ont le devoir de participer à la reconstruction nationale et à la défense du pays.

Selon Pen Bona, « la loi établit les règles pour la mise en œuvre de la conscription militaire afin de contribuer à la construction de la nation et à la défense de la patrie, ce qui constitue un service [national] nécessaire et un grand honneur pour les citoyens cambodgiens ».

Le texte vise également à promouvoir la condition physique, la discipline, le patriotisme et le développement personnel.

Un signal politique et stratégique

Pour Seng Vanly, analyste géopolitique Asie-Pacifique, cette décision répond à des besoins militaires concrets tout en envoyant un message politique fort.

« D’un côté, ils ont besoin de personnel pour surveiller les frontières et apprendre à utiliser les nouveaux équipements [militaires]. De l’autre, c’est un signal politique majeur. En imposant un service aux jeunes, les dirigeants cherchent à renforcer le sentiment de fierté nationale et à montrer au monde que le Cambodge est un pays fort et indépendant qui ne dépend pas uniquement des autres pour sa protection », explique Seng Vanly.

L’analyste souligne également un facteur clé : le vieillissement des forces armées, composées en grande partie de vétérans issus de conflits passés, aujourd’hui proches de la retraite.

« Je pense que le gouvernement a compris qu’attendre plus longtemps laisserait l’armée se vider, sans suffisamment de volontaires pour combler les postes », ajoute-t-il.

Des inquiétudes sur les inégalités

Seng Vanly met toutefois en garde contre les risques d’inégalités que pourrait engendrer cette loi. Selon lui, les jeunes issus de milieux ruraux et modestes pourraient être davantage affectés, tandis que les plus aisés pourraient trouver des moyens d’y échapper.

Une tendance régionale

Malgré ces préoccupations, la réforme s’inscrit dans une dynamique régionale. L’analyste note que des pays voisins comme le Vietnam et la Thaïlande renforcent également leurs capacités militaires.

« Avec la montée des tensions dans la région et l’influence croissante de grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, le Cambodge estime devoir renforcer sa défense pour être pris au sérieux », conclut-il.

Le porte-parole du ministère de la Défense nationale, Maly Socheata, n’a pas pu être joint pour commenter.


Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

 

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