Une ONG cambodgienne accuse l’armée thaïlandaise d’avoir détruit des logements civils dans des zones frontalières disputées après le cessez-le-feu de fin décembre. Phnom Penh dénonce des violations du droit international, Bangkok réfute.


Une organisation cambodgienne de défense des droits humains a accusé, mardi, les forces thaïlandaises d’avoir procédé à la destruction de logements civils dans plusieurs zones frontalières disputées, en dépit du cessez-le-feu entré en vigueur le 27 décembre dernier entre le Cambodge et la Thaïlande.
Selon la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits humains (LICADHO), « un nombre important de logements et de structures » situés dans des zones sous contrôle thaïlandais, dans deux villages de la province de Banteay Meanchey, « ont été rasés […] par les forces thaïlandaises » après l’entrée en vigueur de la trêve.
Des accusations étayées par des images satellites
L’ONG affirme s’appuyer sur des images satellites Sentinel-2 fournies par l’Agence spatiale européenne, ainsi que sur des photographies et vidéos diffusées par les médias. Les démolitions auraient eu lieu aussi bien dans des zones contestées que dans des secteurs reconnus par les deux pays comme relevant soit de la Thaïlande, soit du Cambodge.
Dans un communiqué, LICADHO estime que « la destruction de logements civils lors d’un conflit va à l’encontre des Conventions de Genève et du droit international », ajoutant que ces opérations sont « sans objectif militaire légitime ».

Villages bloqués et populations déplacées
Début janvier, Phnom Penh avait accusé Bangkok d’avoir annexé deux villages frontaliers contestés, Chouk Chey et Boeung Trakuon. Un ministre cambodgien avait alors affirmé que des barbelés et des conteneurs de transport avaient été installés pour former une « clôture frontalière ».
Bangkok soutient, de son côté, que ces territoires ont toujours fait partie de la Thaïlande et rejette toute accusation d’annexion.
« Nous avons tout perdu »
À Chouk Chey, les témoignages recueillis font état d’une situation humanitaire critique. « Nous avons tout perdu », a confié à l’Agence France-Presse Tep Chheang, 43 ans, dont la maison a été incendiée lors des affrontements de décembre. « J’ai quatre enfants et je ne sais pas où nous allons vivre », a-t-il ajouté, depuis un camp de déplacés où il est désormais hébergé.
Selon le chef du village, Pen Rithy, environ « 880 familles » sont toujours empêchées d’accéder à leurs habitations. « Derrière les conteneurs, on entendait le bruit des pelleteuses », assure-t-il. « C’est comme si on nous enterrait vivants. Nos maisons, nos terres et nos biens ont disparu ».
Positions diplomatiques opposées
Le ministère cambodgien des Affaires étrangères avait déjà condamné, début janvier, la « démolition de logements civils cambodgiens » par les forces thaïlandaises. La Thaïlande affirme pour sa part que les « mesures de sécurité » prises après le cessez-le-feu sont en totale conformité avec l’accord du 27 décembre.
Le cessez-le-feu a mis un terme à trois semaines de combats ayant fait au moins 47 morts et provoqué le déplacement de près d’un million de personnes des deux côtés de la frontière. Les deux pays s’étaient engagés à geler leurs positions militaires et à coopérer au déminage des zones affectées.
Le différend s’inscrit dans un contentieux ancien portant sur le tracé des 800 kilomètres de frontière héritée de la période coloniale française.
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