À chaque rentrée, l’ambassadeur de France au Cambodge reçoit Le Petit Journal. L’occasion de faire le point sur la communauté française du royaume, les investissements français et la coopération bilatérale. Cette année, avec Olivier Richard, l’entretien prend une dimension particulière grâce au prochain sommet de la Francophonie et à la visite du président de la République, Emmanuel Macron.


L’ambassadeur avance plusieurs chiffres : en septembre 2026, 5 258 Français étaient inscrits au registre consulaire au Cambodge. L’ambassade estime à environ 3 000 le nombre de Français non-inscrits. La communauté française est donc restée relativement stable au cours des cinq dernières années.
Phnom Penh regroupe 77 % des Français inscrits, Siem Reap 13,5 %, Kampot 6 % et Battambang 2,7 %. Les inscriptions ont augmenté en décembre 2025, à la suite des difficultés survenues avec la Thaïlande. La proportion de binationaux reste stable, autour de 50 %. La communauté compte des actifs ainsi que des personnes de plus de 60 ans et des mineurs, en proportions à peu près égales.
Investissements français au Cambodge : des projets attendus
Plus de 200 entreprises françaises sont présentes dans le royaume, dont 35 filiales de sociétés établies en France. Elles exercent notamment dans la construction, l’énergie, les aéroports, la distribution et la logistique, et continuent d’investir au Cambodge. « Les grands acteurs français des secteurs évoqués sont toujours présents. Certains envisagent de se développer. Je ne peux pas donner de détails, car il s’agit d’entreprises privées, mais certaines négocient des accords susceptibles d’être signés lors de la visite présidentielle. Ces projets pourraient contribuer à créer une nouvelle dynamique dans leurs secteurs respectifs », confie Olivier Richard, avant d’ajouter : « Notre vœu est que la visite présidentielle soit l’occasion d’une augmentation assez significative des investissements français. »
Coopération franco-cambodgienne au Cambodge : de la reconstruction à la recherche
Depuis la fin de la guerre civile, le Cambodge a énormément changé, constate l’ambassadeur. Olivier Richard, qui a connu le pays à la fin des années 1990, puis au début des années 2000, et mesure l’ampleur des transformations. Les besoins du Cambodge en matière de coopération ont évolué, et la France en tient compte. Dans plusieurs secteurs, des professionnels cambodgiens assurent désormais eux-mêmes des missions pour lesquelles la France apportait auparavant son expertise. « L’aide publique au développement prouve sa réussite lorsqu’on n’a plus besoin d’elle », estime l’ambassadeur. « Nous sommes engagés dans cette évolution, y compris avec l’Agence française de développement, les centres de recherche, l’Institut de recherche pour le développement, le Cirad et l’Institut Pasteur. »
Les partenaires cambodgiens souhaitent poursuivre leur montée en compétences, notamment dans la recherche et les formations de haut niveau. La santé et l’agriculture restent des axes importants de la coopération franco-cambodgienne, qui s’étend aussi aux technologies numériques.
L’ambassade de France travaille ainsi avec l’Académie cambodgienne des technologies numériques sur des projets liés à l’intelligence artificielle et au spatial. En juillet, le ministère cambodgien des Postes et des Télécommunications a également signé un accord avec l’Université Grenoble-Alpes. Celui-ci porte notamment sur le quantique, le spatial et l’intelligence artificielle, trois domaines appelés à renforcer les échanges de compétences et de connaissances entre les institutions cambodgiennes et françaises.
Patrimoine et industries culturelles au Cambodge : de nouvelles priorités
La coopération culturelle évolue elle aussi. Après quatorze années de travaux, la restauration du Mébon occidental, sur le site d’Angkor, s’achève. Les partenaires cambodgiens souhaitent désormais renforcer les formations techniques de pointe. La France peut leur apporter une expertise spécialisée dans la conservation de certains matériaux et la gestion de collections muséales.
La coopération franco-cambodgienne s’ouvre également aux industries culturelles et créatives, un domaine encore récent dans les relations bilatérales. Olivier Richard évoque le projet Chakto mené l’année précédente, qui a permis d’accompagner une forte créativité chez les jeunes Cambodgiens dans les arts, le spectacle, les arts de la scène, l’écriture et le cinéma. L’ambassade souhaite poursuivre ce travail avec ses partenaires cambodgiens.
Défense et maintien de la paix au Cambodge : un stage inédit
Célébrée cette année à l’occasion de son 80ᵉ anniversaire, la coopération de défense franco-cambodgienne porte notamment sur la formation des officiers et des Casques bleus. Le Cambodge, qui a lui-même bénéficié d’une mission de maintien de la paix, déploie actuellement près de 600 Casques bleus. La proportion de femmes monte à 19 % au sein de ses contingents.
La France contribue à leur formation linguistique lorsqu’ils sont appelés à servir dans des zones francophones, ainsi qu’à l’apprentissage de compétences opérationnelles, notamment le déminage et la police militaire.
Un stage de formation d’officiers d’état-major francophones, organisé par la France avec l’Organisation internationale de la Francophonie, s’est récemment tenu pour la première fois hors de France, au Cambodge. Des formateurs français et cambodgiens ont encadré des participants d’une quinzaine de nationalités. « Cela montre qu’il existe une capacité locale, une compétence locale, pour transmettre une formation et le faire en français », souligne Olivier Richard.
Cambodge et France face aux enjeux mondiaux : santé, océans et biodiversité
La France et le Cambodge travaillent également sur des enjeux qui dépassent le cadre bilatéral. Le Premier ministre Hun Manet a participé en juin 2025 à la Conférence des Nations unies sur l’océan, organisée à Nice, puis au sommet « Une seule santé », tenu à Lyon en avril 2026. Le Cambodge a également signé le traité BBNJ sur la haute mer et la protection de la biodiversité marine dans les zones ne relevant pas des juridictions nationales. Pour Olivier Richard, ces dossiers illustrent la volonté des deux pays de collaborer sur des questions qui appellent des réponses internationales.
Le Cambodge soutient une initiative franco-albanaise en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Pour Olivier Richard, ce soutien témoigne de la volonté des deux pays de poursuivre leur coopération sur les droits des personnes LGBT+.
Sommet de la Francophonie au Cambodge : échanges économiques et culturels
Le Cambodge s’apprête à recevoir le sommet de la Francophonie. Olivier Richard souligne que la Francophonie ne se limite pas à une histoire commune : elle constitue aussi un espace d’échanges universitaires, culturels et économiques. L’espace francophone représente 16 % du produit intérieur brut mondial et 20 % des échanges mondiaux. « Parler la même langue donne des possibilités qui ne viendraient peut-être pas si l’on restait dans son environnement géostratégique naturel », estime Olivier Richard. Pour l’ambassadeur, la relation franco-cambodgienne repose sur une histoire ancienne, mais doit se poursuivre en fonction des besoins actuels et de ce que chaque pays peut apporter à l’autre.
Visite d’Emmanuel Macron au Cambodge : un accélérateur diplomatique
L’ambassadeur ne cache pas que la préparation de la visite du président de la République mobilise actuellement pleinement l’ambassade.
Pour l’ambassadeur, la relation franco-cambodgienne repose sur une histoire ancienne, mais doit se poursuivre en fonction des besoins actuels et de ce que chaque pays peut apporter à l’autre.
La dernière visite d’un président français au Cambodge remonte à 1993. François Mitterrand s’était rendu dans le pays peu après la signature des accords de Paris, alors que la guerre civile n’était pas totalement terminée. Le Cambodge avait alors d’importants besoins de reconstruction : bâtiments, routes, réseaux d’eau et d’électricité, mais aussi formation et reconstitution du capital humain après les massacres des Khmers rouges.
La visite d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la stratégie de l’Indopacifique française et dans un contexte marqué par les crises et la remise en cause du droit international. La France entend rappeler les principes qu’elle défend. L’ambassadeur juge important de porter ce message au Cambodge. Les enjeux régionaux comprennent la sécurité des approvisionnements énergétiques, l’accès aux terres rares, l’ouverture de marchés et les enjeux globaux. La crise du Covid-19 a montré, rappelle Olivier Richard, qu’un problème apparu en Asie pouvait également toucher l’Europe.
Paris entend maintenir sa présence dans la région, y défendre ses intérêts et contribuer aux réponses apportées aux enjeux communs.
Cette visite doit également donner une impulsion aux projets économiques et aux coopérations préparées par l’ambassade, les ministères et leurs partenaires cambodgiens.
Nous remercions l’ambassadeur d’avoir pris le temps de nous recevoir malgré un emploi du temps des plus chargés.
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