Le rapport annuel publié par le Comité des ONG cambodgiennes sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) alerte sur les reculs subis en 2025 au Cambodge, sur fond de tensions frontalières et de crise sociale.


Droits des femmes au Cambodge : un recul préoccupant
Selon ce rapport, les femmes, les filles et les personnes non binaires au Cambodge ont subi d’importants reculs en matière de droits en 2025. La situation s’est dégradée sous l’effet des tensions frontalières, des déplacements de population, des chocs économiques, de la réduction de l’espace public ainsi que de la persistance des discriminations et des violences fondées sur le genre.
Le Comité des ONG cambodgiennes sur la CEDAW (NGO-CEDAW) a publié son rapport annuel de suivi le 9 septembre. Il appelle à prendre des mesures immédiates pour protéger les femmes, conformément aux dispositions de la Convention ainsi qu’aux observations finales de son comité.
Adoptée en 1979, la CEDAW est un traité international consacré aux droits humains et à la lutte contre les discriminations visant les femmes.
Selon le rapport, le Cambodge n’a pas pleinement respecté ses obligations. Des progrès durables restent nécessaires dans plusieurs domaines, notamment la lutte contre la traite des êtres humains, la participation à la vie politique et publique ainsi que la protection des personnes concernées.
Selon Chim Channeang, secrétaire générale de NGO-CEDAW, les violences fondées sur le genre demeurent l’un des principaux sujets d’inquiétude. Elle souligne aussi l’apparition de nouvelles formes de violences facilitées par les technologies.
« Les lois et les politiques existantes ne suffisent pas à répondre à ces problèmes. Seuls un engagement réel et une volonté politique peuvent garantir la promotion, la protection et la pleine jouissance des droits des femmes, des filles et des personnes non binaires. »
Discriminations multiples contre les Cambodgiennes
Le rapport recense plusieurs difficultés persistantes au Cambodge : accaparement des terres, expulsions forcées, endettement croissant auprès des institutions de microfinance, violences fondées sur le genre, traite des êtres humains, exploitation dans des complexes liés aux escroqueries en ligne, insécurité économique et accès limité aux soins.
Les femmes restent sous-représentées dans les postes de direction et les instances de décision, à tous les niveaux. Les militantes ont également été exposées au harcèlement, à la surveillance et à l’emprisonnement. Au moins 14 activistes féministes restent emprisonnées.
Les femmes incarcérées sont confrontées à des conditions inadéquates dans des prisons surpeuplées. Le nombre de femmes et de filles placées en détention a également augmenté de 26 points en 2025.
Malgré ces difficultés, le ministère des Affaires féminines demeure l’un des ministères les moins financés du pays. Il a reçu environ 13 millions de dollars en 2025, soit près de 0,14 % du budget national.
Un accroissement des risques pour les Cambodgiennes en 2025
Le rapport souligne qu’en 2025, les droits des femmes, des filles et des personnes non binaires au Cambodge ont connu des reculs majeurs sous l’effet de plusieurs facteurs convergents.
Le conflit frontalier a privé de nombreuses femmes et filles de soins de santé, d’éducation, de moyens de subsistance et de biens essentiels. Ces difficultés ont accru les risques de violences fondées sur le genre et de harcèlement sexuel durant les déplacements.
Nombre de personnes ont aussi été confrontées au chômage après leur retour de Thaïlande.
La fin brutale de l’aide étrangère américaine a par ailleurs plongé de nombreuses organisations de la société civile et mouvements de défense des droits des femmes dans une crise de survie. Ces structures ne disposent plus des moyens nécessaires pour poursuivre leurs activités féministes et leurs actions en faveur des droits des femmes.
Le gouvernement cambodgien appelle à une critique constructive
Ngin Lina, responsable de l’intégration de la dimension de genre au ministère de l’Environnement, s’est interrogée sur la capacité du rapport à représenter l’ensemble d’une population de 18 millions d’habitants. Elle a estimé que le document devait aussi prendre en compte les initiatives gouvernementales destinées à traiter les questions liées au genre.
« L’équité consiste à parvenir à la justice et à l’égalité des chances, ce qui exige souvent une implication active. » Elle ajoute : « Le Cambodge a constitué un comité chargé de répondre au Comité de la CEDAW et de préparer un rapport, en veillant à examiner attentivement chacun des articles. »
Khlok Pengthol, secrétaire d’État au ministère du Travail, a évoqué le chômage auquel font face les travailleurs migrants de retour au pays. Elle a déclaré que son ministère ne pouvait pas agir seul pour aider ces personnes à retrouver un emploi.
« Ne pensez pas que le ministère reste inactif. Nous devons travailler ensemble et discuter des solutions au lieu de nous critiquer mutuellement. Nous devons privilégier une critique constructive plutôt qu’une critique destructrice. »
Selon Khlok Pengthol, les efforts du gouvernement doivent être mis en avant afin de renforcer la réputation du Cambodge et de démontrer son engagement sur la scène internationale.
Les rapports parallèles de la société civile au Cambodge
Selon Chim Channeang, le rapport doit servir à ouvrir un débat et à rechercher des solutions collectives. Il ne doit pas être considéré comme un outil destiné à attaquer ou à critiquer le gouvernement.
Elle a rappelé que, depuis 1997, NGO-CEDAW et ses partenaires élaborent et transmettent des rapports parallèles au comité. Ces documents fournissent des données recueillies sur le terrain, des études de cas et des observations sur des éléments susceptibles d’être absents ou minimisés dans le rapport officiel de l’État.
Depuis 2020, l’organisation publie chaque année un rapport de suivi. La version consacrée à 2025 fait état de certaines avancées, tout en soulignant la persistance de difficultés importantes.
Le Cambodge est partie à la CEDAW depuis 1992. Le pays a réalisé des progrès sur le plan juridique depuis cette date, mais des défis demeurent concernant l’application effective des lois et le renforcement des mécanismes de responsabilité.
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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