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Le microcrédit au Cambodge révolutionné par une start-up française

Par Victor Bernard | Publié le 20/08/2018 à 20:00 | Mis à jour le 21/08/2018 à 10:27
Pierre-Marie Riviere_Fondateur_DApact microfinance

Pierre-Marie Rivière, jeune entrepreneur français arrivé au Cambodge il y a six ans, a développé depuis 2017 une start-up qui a pour pari de révolutionner la microfinance au Cambodge. Décryptage.

Aujourd’hui, l’octroi de microcrédits est entrecoupé de très nombreux d’intermédiaires entre le prêteur et l’emprunteur, ayant pour résultat des taux d’emprunts particulièrement élevés, autour de 28% au Cambodge, ce qui correspond à la moyenne mondiale. Avec la désintermédiation et le soutien organisationnel aux institutions de microfinancement, DApact envisage et a même prouvé grâce à plusieurs pilotes que ces coûts de financement peuvent être divisés par trois, et par conséquent rendre le microcrédit plus accessible.

La mutualisation des risques au cœur du mécanisme

La start-up souhaite avant tout éliminer les frais de gestion du capital entre les organismes de microfinance (se situant entre l’emprunteur et le prêteur dans le processus) en leur permettant de contractualiser des prêts sans avoir pour autant le capital monétaire à disposition au moment de la signature. Quel est le risque d’un tel engagement ? Il est finalement assez peu élevé compte tenu du fait que parallèlement, la solidarité entre ces organismes de microfinance est accentuée avec la technologie de la blockchain. Reliés entre eux grâce à une application développée par DApact, les contrats de prêts peuvent s’échanger entre organismes et ne sont donc plus propriétés de ceux qui les ont contractualisés en premier.

Jusqu’à présent, le fonctionnement est enrayé par un ralentissement de la prise de décision dû au coût de recherche des organismes auprès de leurs futurs emprunteurs pour s’assurer de leur solvabilité, généralement déterminée par leurs employés. Selon plusieurs études passées, le risque de non remboursement s’avère assez faible, et on observe en général un pourcentage d’insolvabilité ne dépassant pas les 1,5%, parmi les emprunteurs, même avec des taux d’intérêt à l’emprunt souvent élevés. Une diminution de ces taux d’emprunts devrait donc logiquement faire diminuer ce pourcentage d’emprunteurs ne remboursant par leurs dettes.

DApact_Messenger_Chatbot

L’utilisation de la blockchain, un montage novateur

La microfinance au Cambodge est aujourd’hui freinée par la multiplication des couches de gestion des organismes intermédiaires et du contrôle toujours plus renforcé des employés et des futurs emprunteurs. En effet, jusqu’à présent, les institutions de microfinance étaient responsables de la levée de fond nécessaire aux prêts dont ils avaient la responsabilité.

DApact souhaite pour remédier à cela utiliser la blockchain, un mécanisme popularisé par l’utilisation de cryptomonnaies telles que le Bitcoin. Les blockchains sont des bases de données non modifiables et ultra sécurisées qui permettent uniquement aux utilisateurs d’y ajouter des données mais en aucun cas de les modifier ou de les supprimer. Pour simplifier les choses, les données sont classées dans des sortes de coffres cadenassés, et indépendants les uns des autres. En ayant accès à l’un de ces coffres, il est impossible de disposer d’un accès à tous les autres. Toutes les informations sont ainsi protégées et très peu de ressources humaines sont donc nécessaires pour surveiller le tout. Dans la situation de DApact, les informations stockées sont celles concernant les caractéristiques des emprunteurs, leur cartes d’identité, cartes grises s’ils possèdent un véhicule, factures d’électricité s’ils sont propriétaires d’un logement...

Ainsi les informations fournies par les emprunteurs sont stockées, analysées par un intermédiaire, qui vont ensuite vérifier par eux-mêmes la véracité de celles-ci directement chez l’emprunteur et confirment le prêt. Mais si à un moment quelconque l’intermédiaire ne désire plus traiter cette transaction, elle peut alors être reprise par un autre intermédiaire du réseau DApact qui n’aura donc plus à supporter les coûts de vérification des données qui ont été validées par le premier intermédiaire.

La transmission du capital se fait directement des emprunteurs aux prêteurs cambodgiens par ce réseau. L’intermédiaire se rémunère directement sur les remboursements de l’emprunteur par une commission ne pouvant excéder 5%.

Mathieu Valez_Valerie Sfeir_ DApact

Le Cambodge, terreau fertile

Si Pierre-Marie Rivière, cofondateur de la start-up a commencé à travailler au Cambodge il y a six ans, la création de DApact a eu lieu en 2017. Le royaume est un pays particulièrement intéressant pour cette initiative car de nombreux Cambodgiens restent encore non bancarisés. Les prêts sont donc extrêmement difficiles à contractualiser pour eux. Certains restent très méfiants vis-à-vis des banques en général, souvent considérées comme peu dignes de confiance. Ils préfèrent donc garder leur argent en lieu sûr, souvent chez eux. Ce phénomène est renforcé par le paiement des salaires, qui s’opère encore pour la plupart en espèces. 

Pour contrer cette méfiance accrue, DApact vend à ses futurs clients la transparence que ne leur procurent pas les différentes banques cambodgiennes. L’autre argument de vente est bien entendu le taux d’intérêt très compétitif auquel sont proposés ces prêts, à un tiers du taux d’emprunt moyen des autres institutions financières du pays. La start-up renforce alors son empreinte sociale, ce qui représente un excellent argument à exposer aux différents organismes de prêt comme les organisations non gouvernementales durant le processus de démarchage des partenaires.

L’objectif final de DApact est donc de créer trois applications différentes, une pour les emprunteurs, une autre pour les prêteurs et enfin une dernière pour les intermédiaires (signataires des contrats). Elles permettraient aux trois différents acteurs d’être reliés mais chacun avec un portail d’application correspondant à ses besoins et adaptés à sa situation.
 

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