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Cambodge : la première monnaie khmère, trésor du musée SOSORO

Découverte en août 2012 dans un marché de Phnom Penh, une pièce en or du VIIe siècle attribuée au roi Içanavarman éclaire les origines monétaires du Cambodge. Elle est aujourd’hui exposée au musée SOSORO

Cambodge - la première monnaie khmère, trésor du musée SOSORO 3Cambodge - la première monnaie khmère, trésor du musée SOSORO 3
photo Ana Eduardo

Publi Information 

Une découverte inattendue au cœur de Phnom Penh

En août 2012, le jeune archéologue Guillaume Epinal flânait dans les allées du marché de Toul Tompong, plus connu sous le nom de « marché russe » à Phnom Penh. Il sait que, parfois, au détour des étals, peuvent se cacher de véritables petites pépites. Et cette fois-ci, c’est bien de l’or qu’il trouve. Parmi d’autres objets, dans un lot de pièces hétéroclites, un marchand propose à la vente une petite pièce qui interpelle de suite la curiosité du chercheur.

Sans certitude immédiate, mais avec l’intuition d’être face à un artefact singulier, il alerte la Banque nationale du Cambodge  L’objet est rapidement récupéré, puis confié à des spécialistes. Les expertises menées au Cambodge et à l’international confirment son authenticité et son importance historique.

Aujourd’hui, cette pièce unique est conservée et exposée au musée SOSORO de l’Economie et de la Monnaie à Phnom Penh. « Il n’en existe qu’un seul exemplaire, c’est le seul qui ait été découvert à ce jour», nous rappelle Blaise Kilian, co-directeur du musée.

 

Une pièce unique attribuée au roi Içanavarman

D’un poids légèrement inférieur à six grammes, cette pièce en or est datée du début du VIIe siècle. Elle est attribuée à Içanavarman, roi du Chenla, un royaume pré-angkorien qui domine une grande partie du Cambodge entre le VIe et le IXe siècle.

 

Cambodge : la première monnaie khmère, trésor du musée SOSORO

Photo : Ana Eduardo

Successeur du Funan, le Chenla s’est imposé progressivement comme une puissance régionale. Il se structure autour de plusieurs principautés et s’appuie sur des centres comme Içanapura, sa capitale aujourd’hui identifiée au site de Sambor Prei Kuk. Le royaume se divise ensuite entre un territoire centré sur les régions intérieures agricoles, et un territoire, tourné vers les échanges le long du Mékong. Il déclina au VIIIe siècle par fragmentation, pavant la voie à l'Empire khmer unifié sous Jayavarman II en 802.

Gravée sur ses deux faces, la pièce porte le nom du souverain ainsi que celui de sa capitale. Les motifs iconographiques témoignent d’influences indiennes marquées, notamment avec la représentation de la déesse Lakshmi et du taureau Nandin, dans un contexte de culture hindouisée.

« On considère que c’est la première production monétaire par un souverain khmer », précise Blaise Kilian. Il nuance toutefois son usage : « On parle plutôt de monnaie-médaille, car rien ne permet d’affirmer qu’elle servait à des transactions ».

Mais par sa seule existence, cette pièce constitue un témoignage rare de l’affirmation du pouvoir royal et des premières formes d’autorité dans l’histoire khmère, à une période qui précède l’émergence de l’Empire angkorien au IXe siècle.

 

Angkor Borei et les premières circulations monétaires en Asie du Sud-Est

L’histoire de cette pièce est étroitement liée à une autre découverte majeure réalisée à Angkor Borei, ancienne capitale du Funan. En interrogeant le vendeur du marché, les chercheurs ont pu retracer l’origine probable de certains objets.

Au cours de l’ enquête on comprends que des jarres contenant des pièces d’argent  ont été découvertes lors de travaux d’infrastructure  . Beaucoup de ces pièces furent vite revendues à Siem Reap ou à Battambang pour être refondues.

« Les ouvriers sont tombés sur des jarres pleines de pièces. Une mission a été immédiatement envoyée pour récupérer et étudier ces objets », explique Blaise Kilian.

Ces pièces, dites « au soleil levant », sont plus anciennes que celle d’Içanavarman. Elles ont circulé dans toute l’Asie du Sud-Est péninsulaire, notamment au sud du Vietnam, en Thaïlande et au Cambodge. Leur origine est liée aux cités Pyu, dans l’actuelle Birmanie.

 

Cambodge - la première monnaie khmère, trésor du musée SOSORO 2

Photo : Ana Eduardo

Ces éléments permettent de mieux comprendre l’ancienneté et l’intensité des échanges commerciaux dans la région.

Cette pièce en or unique attribuée à Içanavarman éclaire toute  une période encore peu documentée de l’histoire du Cambodge. À la fois symbole de pouvoir et indice des premières formes monétaires, elle s’inscrit dans une dynamique régionale d’échanges et d’influences.

 

Le musée SOSORO, une plongée dans l’histoire économique du Cambodge

Outre ce trésor, le musée SOSORO — consacré à l’histoire de l’économie et de la monnaie — propose un parcours retraçant les grandes étapes de l’histoire du Cambodge vues au travers d’un prisme inhabituel, mais ô combien structurant : , l’économie et les échanges monétaires.

Ainsi, un-delà de cette pièce, le musée explore les systèmes d’échanges avant l’usage de la monnaie, les périodes angkoriennes, coloniales, ainsi que les transformations contemporaines. Grâce à une scénographie claire et didactique reposant sur des dispositifs interactifs, des écrans tactiles et des reconstitutions. « Nous avons reconstitué une scène virtuelle de marché angkorien afin de rendre compte du fonctionnement des échanges sans monnaie », précise par exemple Blaise Kilian.

 

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Photo : Ana Eduardo

En plus Des petits livrets pédagogiques destinés à la jeunesse, ( mais utiles aussi aux parents ) ont été conçus par Kroojchmar pour consolider tout ce qui aura été appris lors de la visite de façon ludique et amusante.

Le musée SOSORO offre des clés de lecture essentielles pour comprendre l’histoire économique du Cambodge et, plus largement, les fondements de la société khmère. En replaçant les échanges, les monnaies et les systèmes économiques dans la longue durée, il permet d’éclairer autrement Phnom Penh, aujourd’hui en pleine transformation. Sa visite s’inscrit ainsi dans un circuit pertinent des sites historiques et culturels de la capitale.

 


Le Musée SOSORO - Preah Srey Içanavarman Museum est ouvert tous les jours sauf le lundi de 9h00 à 18h00. 

Ticket à 20 000 riels. Pour s'y rendre : suivez se lien sur Google Map 

Et petite recommandation de phnompenhois,  le musée possède en plus un petit café très agréable, au calme, climatisé, avec une terrasse ombragée accessible librement un petit havre de paix dans Phnom Penh

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