L’opposant cambodgien Kem Sokha a bénéficié d’une grâce royale le 25 mai 2026, effaçant sa peine de 27 ans de prison pour trahison. Cette décision ne lève toutefois pas les restrictions judiciaires qui lui interdisent toute activité politique et tout déplacement à l’étranger.


L’ancien chef de l’opposition cambodgienne Kem Sokha a été gracié par décret royal signé le 25 mai 2026 par le président du Sénat Hun Sen, agissant en tant que chef de l’État par intérim, au nom du roi Norodom Sihamoni.
Cette mesure met fin à la peine principale de 27 ans de prison prononcée à son encontre par la cour d’appel de Phnom Penh le 30 avril 2026. Le décret précise toutefois que cette grâce ne concerne pas les peines complémentaires.
Le Premier ministre Hun Manet est chargé de l’application de cette décision.
Sur ses réseaux sociaux, ce dernier a estimé que cette mesure constituait « une étape supplémentaire pour renforcer l’unité nationale ».
Des restrictions maintenues malgré la libération
Si Kem Sokha échappe désormais à l’incarcération, il ne retrouve pas l’ensemble de ses droits. Les restrictions imposées par la justice restent en vigueur, notamment l’interdiction de participer à la vie politique, de voter et de quitter le territoire pendant cinq ans.
Son avocate, Meng Sopheary, rappelle la dimension politique du dossier : « Nous savons déjà que l’affaire Kem Sokha est une affaire politique, et seule une solution politique peut la résoudre ».
Elle souligne également que son client « n’a pas obtenu une liberté totale », en raison du maintien de ces limitations.
Une affaire emblématique de l’opposition cambodgienne
Âgé de 72 ans, Kem Sokha est le cofondateur du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), dissous en 2017. Arrêté la même année lors d’une opération nocturne, il a été accusé de complot avec des puissances étrangères, accusation qu’il a toujours rejetée.
Condamné en 2023, il purgeait sa peine sous assignation à résidence à Phnom Penh.
Son procès a suscité de nombreuses critiques de la part d’organisations de défense des droits humains, qui y voient une volonté d’écarter une figure majeure de l’opposition dans un contexte électoral dominé par le Parti du peuple cambodgien (PPC).
Réactions et contexte politique au Cambodge
Plusieurs acteurs ont salué cette grâce comme un signal d’apaisement. Am Sam Ath, directeur des opérations de l’organisation Licadho, estime que cette décision pourrait contribuer à détendre la situation politique intérieure : « Cette grâce pourrait apaiser le climat politique, alors que la communauté internationale suit de près l’affaire Kem Sokha ».
Il partage néanmoins les inquiétudes relatives au maintien des restrictions politiques.
Du côté du pouvoir, le porte-parole du PPC Chea Thirith évoque également des considérations personnelles, liées à l’état de santé de la mère centenaire de Kem Sokha. Selon lui, la décision répond aussi à une volonté d’humanité dans un contexte familial difficile.
Kem Sokha renonce à un nouveau recours judiciaire
Dans une lettre adressée à la cour d’appel, Kem Sokha a indiqué qu’il ne saisirait pas la Cour suprême, bien qu’il se dise « non satisfait » de la décision judiciaire.
Il a également appelé à privilégier le dialogue, estimant que « résoudre cette question dans un esprit de conciliation entre Khmers est la meilleure option pour l’intérêt national et celui du peuple cambodgien ».
Si cette grâce marque une évolution notable dans ce dossier sensible, elle ne modifie pas, à ce stade, la place de Kem Sokha dans le paysage politique cambodgien, où son rôle demeure fortement restreint.
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