Un incident militaire ravive les tensions frontalières entre le Cambodge et la Thaïlande, sur fond d’accusations réciproques et de populations déplacées.


Le ministère cambodgien de la Défense nationale a annoncé lundi que quatre soldats avaient été blessés par une explosion survenue dimanche lors d’une patrouille frontalière dans la province d’Oddar Meanchey. Cet incident est survenu après une rencontre avec des membres des forces armées royales thaïlandaises opérant de l’autre côté d’une clôture barbelée. L’incident fait actuellement l’objet d’une enquête.
Selon la porte-parole du ministère, Maly Socheata, les troupes cambodgiennes patrouillaient une plantation de noix de cajou dans le village de Thma Don, commune de Kouk Mon, district de Banteay Ampil, lorsqu’elles ont aperçu des soldats thaïlandais de l’autre côté de la clôture.
Elle a ajouté que « peu après que les deux unités de patrouille se sont croisées, un engin explosif a détoné derrière la patrouille cambodgienne, blessant quatre soldats ».
« Concernant cet incident, le poste de commandement en première ligne et des équipes d’experts mènent une enquête complète et minutieuse afin de déterminer la cause de l’explosion et d’établir les faits pour nos forces et pour le public », a-t-elle indiqué.
Selon le ministère, les soldats blessés reçoivent actuellement des soins attentifs de la part d’équipes spécialisées et du personnel concerné.
Bangkok rejette toute implication
Selon Maly Socheata, le Cambodge a réaffirmé son engagement à respecter pleinement et à mettre en œuvre la déclaration conjointe issue de la troisième réunion spéciale du Comité général frontalier Cambodge–Thaïlande (GBC), ainsi que les accords bilatéraux existants en matière de paix.
Si le communiqué du ministère cambodgien ne détaille ni l’explosion ni l’étendue de l’enquête, le porte-parole du ministère thaïlandais de la Défense, Surasant Kongsiri, a immédiatement rejeté toute implication des forces thaïlandaises.
Au moment des faits, les troupes thaïlandaises effectuaient des patrouilles de routine afin de construire des routes du côté thaïlandais, lorsqu’elles ont observé des soldats cambodgiens surveiller leurs activités, selon Surasant Kongsiri.
Vers midi, le personnel thaïlandais a entendu une explosion provenant du côté cambodgien, suivie de ce qu’il a décrit comme une « confusion » alors que les soldats cambodgiens portaient assistance aux blessés.
« Une enquête rapide menée avec les unités thaïlandaises responsables a confirmé que l’explosion s’est produite sur le territoire cambodgien et n’a pas été causée par les forces thaïlandaises », a déclaré Surasant Kongsiri à CamboJA News.
Il a également affirmé que « l’armée royale thaïlandaise respecte strictement les accords, les règles d’engagement et le droit international ».
Nouvelles protestations diplomatiques de Phnom Penh
Deux jours avant l’incident, le ministère cambodgien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale avait déposé une nouvelle protestation auprès de la Thaïlande, accusant ses forces armées de poursuivre des incursions frontalières après l’installation de barbelés dans la zone de Mom Bei, dans la province de Preah Vihear, ainsi que dans la zone de Chob Ruan, dans la province d’Oddar Meanchey.
Selon le ministère, ces installations, réalisées le 2 juillet 2026, contreviennent aux mesures de désescalade prévues dans la déclaration conjointe publiée à l’issue de la troisième réunion spéciale du GBC, le 27 décembre 2025.
« Le gouvernement royal du Cambodge exhorte la Thaïlande à cesser immédiatement toutes ces actions, non seulement dans les zones mentionnées ci-dessus mais également dans tous les autres territoires occupés illégalement par les forces armées thaïlandaises depuis l’année dernière », indique la note de protestation.
Cette protestation n’est pas la première accusation concernant l’installation de barbelés par des troupes thaïlandaises sur le territoire cambodgien. Une confrontation avait éclaté à Chouk Chey en septembre, avant une seconde série d’affrontements frontaliers, lorsque des civils cambodgiens et des soldats thaïlandais s’étaient opposés à propos de ces installations. Phnom Penh a, à plusieurs reprises, condamné ces dispositifs, accusant les forces thaïlandaises d’étendre leur présence dans des zones disputées et de violer l’accord de cessez-le-feu.
Des tensions persistantes et des populations déplacées
Le 3 juillet, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a informé les diplomates des derniers développements à la frontière, mettant l’accent sur le renforcement continu par la Thaïlande de positions occupées au-delà des lignes frontalières qu’elle a tracées unilatéralement.
Selon le ministère, depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement thaïlandais plus tôt cette année, aucun signe n’indique que Bangkok ait pris des mesures pour respecter ses engagements dans le cadre du cessez-le-feu, tandis que les activités illégales dans les zones occupées se poursuivent sans relâche.
Malgré ces tensions, le ministre cambodgien par intérim des Affaires étrangères, Eat Sophea, a souligné l’importance de l’équipe d’observateurs de l’ASEAN pour soutenir la mise en œuvre du cessez-le-feu et contribuer à maintenir la stabilité le long de la frontière.
Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 20 900 personnes ne peuvent toujours pas rentrer chez elles, leurs villages étant occupés par l’armée thaïlandaise, qui a également détruit leurs habitations malgré le cessez-le-feu.
La semaine dernière, le ministère a créé six villages Rong Cham dans la commune de Slakram, district de Svay Chek, dans la province de Banteay Meanchey, afin d’accueillir les populations déplacées.
« Rong Cham », qui signifie « attendre », symbolise la souffrance endurée par les familles déplacées, a déclaré le président du Sénat Hun Sen, ajoutant qu’elles ont été contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs terres agricoles et leurs moyens de subsistance. Elles continuent de vivre dans la peur et la pauvreté, tout en éprouvant un profond mal du pays en raison du conflit frontalier.
Pour en savoir Plus : Six nouveaux villages créés pour les déplacés du Cambodge
Un risque de nouvelle escalade
L’analyste politique indépendant Meas Nee a déclaré à CamboJA News que les actions de l’armée thaïlandaise constituent « des provocations » destinées à accroître les tensions et susceptibles de déclencher à nouveau un affrontement armé.
Selon Meas Nee, la Thaïlande fait preuve de « peu de considération » envers le Cambodge malgré les accords existants, car elle « sait que le Cambodge cherche à faire preuve de retenue et à éviter un conflit armé ».
« Les protestations diplomatiques ne sont pas efficaces dans les circonstances actuelles. Toutefois, le Cambodge devrait continuer à rassembler des preuves et à les soumettre aux institutions internationales, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des déclarations de protestation diplomatique », a-t-il ajouté.
Il a également estimé que si le Cambodge ne renforce pas son unité nationale, la Thaïlande continuerait à « maltraiter et violer le Cambodge ».
Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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