Libéré de son assignation à résidence après une grâce royale, l’opposant Kem Sokha reste toutefois privé de ses droits politiques. Une décision perçue comme un geste d’apaisement sans réelle ouverture démocratique.


Kem Sokha, ancien président du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), a été libéré de son assignation à résidence mardi 26 mai 2026 au matin, après avoir bénéficié d’une grâce royale.
Vers 8h30, des représentants de la police nationale et du tribunal municipal de Phnom Penh ont exécuté le mandat levant sa détention à domicile dans le district de Tuol Kork. À cette occasion, les forces de sécurité déployées devant sa résidence ont été retirées.
Âgé de 72 ans, Kem Sokha n’a pas souhaité s’exprimer longuement auprès des médias. Il a toutefois indiqué vouloir se consacrer à sa famille, précisant : « Je ne peux pas parler aux médias maintenant. Je dois m’occuper de ma mère malade. Ensuite, j’entrerai dans la vie monastique pour la remercier. »
Sa mère, âgée de 101 ans, avait pu lui rendre visite à deux reprises en mai, peu avant l’annonce officielle de la grâce.
Une condamnation partiellement levée
La grâce royale met fin à l’essentiel de la peine de 27 ans de prison prononcée contre Kem Sokha pour trahison. Arrêté en 2017, il avait été accusé de collusion avec les États-Unis dans le but de renverser le gouvernement dirigé à l’époque par Hun Sen.
Kem Sokha a toujours contesté ces accusations. Son arrestation avait marqué le début d’une vaste répression politique ayant conduit à la dissolution du CNRP avant les élections de 2018.
Si la mesure met fin à sa détention, plusieurs restrictions demeurent. L’opposant reste interdit d’activité politique et ne peut pas quitter le territoire pendant cinq ans.
Une décision aux implications politiques limitées
Pour plusieurs analystes, cette grâce constitue avant tout un geste mesuré, sans remise en cause de l’équilibre politique actuel.
Le politologue Ear Sophal cité par Cambodianess estime que l’impact reste essentiellement symbolique : « Sokha peut désormais se déplacer plus librement, mais il reste exclu de la vie politique. » Il ajoute : « J’y vois un allègement politique calibré plutôt qu’une réconciliation. »
Selon lui, cette décision permettrait au gouvernement de réduire les pressions internationales tout en maintenant un contrôle strict sur l’opposition.
Pressions internationales et critiques persistantes
La grâce a été signée par Hun Sen, en qualité de chef de l’État par intérim, au nom du roi Norodom Sihamoni. Elle intervient après plusieurs années de critiques émanant d’organisations de défense des droits humains et de gouvernements occidentaux.
Elaine Pearson, directrice Asie de Human Rights Watch, considère toutefois que la mesure reste insuffisante : « La grâce de Hun Sen constitue une correction partielle d’une injustice. Le gouvernement cambodgien devrait rétablir sans condition les droits politiques de Kem Sokha. »
Elle souligne également que de nombreux opposants demeurent emprisonnés, interdits d’activité politique ou en exil.
Aucune ouverture politique en vue
Malgré cet assouplissement, les observateurs ne voient pas de signe d’ouverture plus large de l’espace politique au Cambodge.
Ear Sophal rappelle que la décision ne remet pas en cause la condamnation judiciaire elle-même : « La grâce n’annule pas le verdict. Elle montre que les décisions politiques au plus haut niveau continuent de déterminer l’issue de ces affaires. »
À l’approche des élections communales de 2027 et des législatives de 2028, plusieurs organisations estiment que les conditions d’un scrutin pluraliste ne sont pas réunies.
Pour l’heure, la libération de Kem Sokha apparaît davantage comme un geste politique destiné à apaiser les critiques que comme le signe d’une réforme démocratique en profondeur.
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