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Cadamba : l’arbre et son fruit qui inspira une coupe de cheveux au Cambodge

Par Pascal Médeville | Publié le 28/09/2021 à 03:45 | Mis à jour le 28/09/2021 à 06:09
Photo : Ministère cambodgien de la Santé, Cambodia Medicinal Plants
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Nous vous proposons aujourd’hui d’aller à la découverte d’une espèce populaire au Cambodge, mais inconnue sous nos latitudes : le cadamba.

 

Il m’arrive régulièrement de voir arriver sur ma table des végétaux inconnus, et ce malgré une présence de près de douze ans au Cambodge et une curiosité insatiable… Ce fut le cas une fois de plus, il y a quelques jours, lorsque je découvris, coupés en quartiers et disposés en cercle autour d’une petite coupe de condiment, des fruits que je n’avais jamais rencontrés :

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Fruits de cadamba prêts à déguster (Photo : Pascal Médeville)

 

Le condiment est ce qui se fait de plus courant au Cambodge : mélange de sel, de sucre et de piment frais passé au pilon. Cette préparation agrémente généralement les fruits verts à goût acidulé, comme les mangues vertes.

L’espèce qui produit ce fruit est connue en khmer sous le nom de « thkov » (ថ្កូវ). Elle a donné nom à l’un des quartiers de Phnom Penh, la quartier dit du « marché au thkov » : Phsar Deum Thkov (ផ្សារ​ដើម​ថ្កូវ). Elle est succinctement décrite par Pauline Dy Phon dans son Dictionnaire des Plantes utilisées au Cambodge (p. 41) ; Mme Dy Phon attribue à l’espèce le nom binomial de Anthocephalus chinensis, mais les synonymes sont nombreux : le thkov a droit dans la version anglaise de Wikipedia à un article sous le nom de Neolamarckia cadamba, et ledit article cite d’autres synonymes, dont Anthocephalus cadamba. La Flore de la République Populaire de Chine connaît également cette espèce sous le nom de N. cadamba et précise que son nom chinois est 团花 [tuánhuā], littéralement « fleur en boule ». Cette même Flore explique qu’en Chine, N. cadamba se trouve dans les provinces septentrionales du Guangdong, du Guangxi et du Yunnan. En anglais, on connaît cet arbre sous divers noms : burflower-tree, laran, Leichhardt pine, ou encore kadam ou cadamba.

 

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Fleur d’A.chinensis (Source : Ministère cambodgien de la Santé, Cambodia Medicinal Plants)

 

 

Notons pour l’anecdote qu’un style de coiffure cambodgien, aujourd’hui passé de mode, était appelé « coiffure en fleur de cadamba » (សក់​ផ្កា​ថ្កូវ) :

 

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Coiffure en « fleur de cadamba » par Site d’information cambodgien Tnaot

 

 

L’espèce est probablement originaire du sous-continent indien. Elle est présente au Sri Lanka, en Birmanie, Thaïlande, Indochine, Chine du Sud, Malaisie et jusqu’en Australie. C’est un grand arbre, qui peut atteindre une hauteur de 45 mètres. Il est à croissance rapide, ce qui en fait un arbre d’ombrage fort apprécié au Cambodge.

Le fruit est un fruit multiple qui conserve la même forme sphérique que l’inflorescence qui, au Cambodge, est le plus souvent de couleur jaune. Le fruit est un peu plus gros qu’une balle de golf. Il se reconnaît facilement à sa surface couverte d’une multitude de petite épines. Après avoir été lavé à l’eau claire, le fruit est simplement coupé en quartiers. Il est consommé cru, en entier, peau et épines comprises. Il a une saveur légèrement acidulée, mais il est peu goûteux. Il n’est pas très juteux non plus et sa texture est un peu granuleuse.

 

 

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Fruits de cadamba (Photo : Pascal Médeville)

 

Pauline Dy Phon signale que le bois est employé pour confectionner de menus objets et qu’il peut servir à produire de la pâte à papier. Gabrielle Martel, et al., dans un article intitulé « Notes ethnobotaniques sur quelques plantes en usage au Cambodge » (Bulletin de l’École Française d’Extrême-Orient, LV (1) : 171-232, 1969, article disponible ici), précisent encore que le bois, très léger, sert dans la préparation de la poudre pour pièce d’artifice. La Flore de la RPC indique quant à elle que le bois est utilisé en construction et pour fabriquer des planches.

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Feuilles et tronc d’A. chinensis dans un parc de Phnom Penh (Photo : Pascal Médeville)

 

Le Ministère cambodgien de la Santé, dans le premier volume (p. 56) de sa série Cambodia Medicinal Plants, attribue à l’espèce les vertus médicinales suivantes : l’écorce et le bois, en infusion, sont analgésiques ; le jus du fruit et l’infusion de l’écorce servent à apaiser les fièvres, on applique souvent ce mélange sur le front des enfants ; les fleurs séchées, trempées dans l’eau, servent à traiter les maux de tête.

 

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Jeune cadamba dans un parc de Phnom Penh (Photo : Pascal Médeville)

 

Enfin, l’espèce est associée en Inde à plusieurs cultes religieux, notamment à celui de Krishna. On rapporte l’épisode suivant de la vie de cette divinité : Varuna, dieu des mers, avait interdit de se baigner nu dans les rivières, étangs et autres lieux publics. Un groupe de jeunes femmes, les gopi, avaient bravé l’interdiction en se baignant dans une rivière. Elles furent surprises par Krishna qui, pour leur donner une leçon, s’empara de leurs vêtements et les dispersa sur les branches d’un cadamba un peu éloigné de la berge. Il se cacha dans l’arbre en attendant que les jeunes femmes sortent de l’eau. À la sortie du bain, les gopi virent qu’on leur avait dérobé leurs vêtements. Elles les aperçurent sur les branches du cadamba, mais virent aussi Kishna qui les épiait. Elles implorèrent la divinité de leur rendre leurs vêtements, mais Krishna fut intraitable et les força à sortir du bain pour aller récupérer les vêtements accrochés aux branches. C’est cette histoire que relate l’illustration ci-dessous.

 

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Les gopi implorant Krishna pour qu’il leur rende leurs vêtements - Illustration du domaine public par le site du Metropolitan Museum of Art

 

Article précédement publié sur Tela-Botanica.org 

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Pascal Médeville

Diplômé des « Langues’O », Pascal Médeville, traducteur professionnel de khmer et de chinois, est passionné de culture asiatique en général et khmère en particulier. Après dix ans passés en Chine, il s’est installé au Cambodge en 2010.
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Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'éditon Cambodge.

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