Les journalistes citoyens du Cambodge comblent les lacunes laissées par le recul de la presse indépendante, mais beaucoup sont confrontés à des intimidations, à une incertitude juridique et à un manque de moyens, selon un rapport publié mercredi par une organisation de défense des médias. Selon le Centre cambodgien pour les médias indépendants (CCIM) Les habitants qui couvrent des conflits fonciers, des problèmes environnementaux, des atteintes aux droits humains et la mauvaise qualité des services publics ont parfois incité les autorités à agir sur des problèmes locaux, généralement peu médiatisés.


Pour la directrice exécutive de l’organisation, Chhan Sokunthea, la sécurité constituait le problème le plus grave. « Nous avons constaté que la sécurité est une préoccupation majeure, en particulier pour les journalistes citoyennes qui travaillent dans des zones rurales reculées », a-t-elle déclaré.
Les journalistes citoyens peinent également à obtenir des informations ou à coopérer avec les responsables locaux, car la plupart n’ont ni carte de presse ni soutien d’un média agréé, selon Chhan Sokunthea.
Les inquiétudes se sont accrues face au durcissement des règles applicables aux journalistes. L’an dernier, le ministère de l’Information a imposé de nouvelles exigences pour obtenir une carte de presse ou exercer légalement dans les médias : la présentation de rapports attestant d’une « bonne conduite », l’absence de plainte enregistrée et la possession de certificats de journalisme approuvés par le ministère.
Sur les 93 journalistes citoyens interrogés par le CCIM, 94 % ont déclaré éviter au moins un sujet par crainte pour leur sécurité. Les questions frontalières, la corruption et la politique figuraient en tête de liste.
Plusieurs journalistes ont été arrêtés ou détenus cette année après avoir couvert le conflit frontalier avec la Thaïlande ou des complexes soupçonnés d’abriter des opérations d’escroquerie en ligne. Des organisations de défense des droits ont critiqué ces arrestations.
Les porte-parole du ministère de l’Information, Tep Asnarith, et du ministère de l’Intérieur, Touch Sokhak, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Province de Stung Treng : une journaliste brao raconte les pressions subies
Chhen Leakena, membre du peuple autochtone brao dans la province de Stung Treng, couvre depuis 2023 des sujets tels que la dégradation des routes et l’accès aux soins de santé.
« Le plus grave problème auquel j’ai été confrontée est quelque chose que je ne peux pas oublier », a-t-elle déclaré. « Quand je suis allée recueillir des informations, j’ai été agressée physiquement. »
Chhen Leakena a refusé de révéler l’identité de ses agresseurs, expliquant que cette expérience était traumatisante à évoquer. Elle a indiqué que des responsables l’avaient poussée à retirer au moins trois vidéos, notamment des reportages sur un centre de santé et sur un directeur d’école accusé de maltraiter des habitants.
« S’il y a des lacunes dans nos reportages, ils devraient nous les signaler et nous faire part de leurs commentaires afin que nous puissions nous améliorer », a-t-elle déclaré au sujet des responsables locaux. « Ils ne devraient pas user de leur pouvoir pour faire pression sur les citoyens ou les journalistes. »
« S’il vous plaît, ne nous considérez pas comme des ennemis », a-t-elle ajouté.
Cambodge : le CCIM alerte sur les risques pour la vie privée
Chhan Sokunthea s’est également inquiétée de l’utilisation par les autorités de conversations privées issues de groupes de messagerie comme éléments à charge contre des journalistes citoyens. Selon elle, cette pratique menace à la fois la vie privée et la liberté d’expression. Les personnes qui couvrent les questions foncières, les ressources naturelles et les zones frontalières sont les plus exposées, a-t-elle ajouté.
Le rapport formule des recommandations à l’intention des ministères de l’Information, de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que des autorités locales et de la police. Chhan Sokunthea a déclaré que le gouvernement devait reconnaître le rôle des journalistes citoyens.
« Les journalistes citoyens contribuent à combler le vide laissé par les journalistes professionnels, qui se concentrent souvent sur les grandes actualités des villes », a-t-elle déclaré. « Ils rendent compte de problèmes locaux qui, autrement, pourraient ne pas recevoir beaucoup d’attention ou ne pas être entendus. »
Sovann Sreypitch
Avec l’aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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