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Sidonie Mézaize nous parle de "Désobéissantes", 100 portraits de femmes roumaines

Par Grégory Rateau | Publié le 20/12/2021 à 00:00 | Mis à jour le 20/12/2021 à 09:42
Le livre "Désobéissantes" traduit par Sidonie Mézaize
Pour la sortie en français de l'ouvrage collectif Désobéissantes publié aux éditions Belleville et signé par Adina Rosetti, Victoria Patrascu, Iulia Iordan, Laura Grünberg et Cristina Andone, notre rédaction est allée à la rencontre de Sidonie Mézaize-Milon qui a traduit le livre du roumain aux côtés de Oana Calen. Sidonie est aussi connue à Bucarest de la communauté française pour avoir créé la seule librairie française de Roumanie, la librairie Kyralina.
 
 
 
Grégory Rateau: Vous venez de traduire le livre Désobéissantes du roumain au français. Pouvez-vous nous présenter brièvement ce livre illustré?
 
Sidonie Mézaize-Milon: Désobéissantes est un projet collectif porté par des autrices et des illustratrices roumaines afin de rendre visibles les parcours singuliers et remarquables de cent femmes qui ont marqué l'histoire de la Roumanie. Sous forme de courts portraits illustrés, inspirés de faits réels, le livre nous invite à découvrir des artistes, des chercheuses, des militantes et des femmes politiques, souvent méconnues malgré leur rôle important dans l'histoire roumaine, notamment en faveur de la libération des femmes. Pour maintenir l'esprit collectif qui est à l'origine de ce livre, j'ai souhaité le traduire à mon tour de façon collective, c'est pourquoi j'ai proposé à mon amie traductrice Oana Calen de travailler à quatre mains. Ce fut une très belle expérience.  
 
De manière générale, peu de choses sont publiées sur les mouvements féministes en Europe de l'Est. En France, la majorité des traductions sur le féminisme ou la place des femmes sont issues du domaine anglo-saxon.
 
La Roumanie semble valoriser peu les grandes figures féminines de son passé. Pensez-vous que ce livre arrive au bon moment pour faire changer les mentalités ?
 
Depuis #MeeToo et le mouvement mondial de libération de la parole des femmes, des zones d'ombres commencent à s'éclairer de par le monde. La parution de Désobéissantes ("Nesupusele" en roumain) est venue combler un manque sur notre connaissance de la place des femmes dans la société roumaine. De manière générale, peu de choses sont publiées sur les mouvements féministes en Europe de l'Est. En France, la majorité des traductions sur le féminisme ou la place des femmes sont issues du domaine anglo-saxon. On en oublie qu'aux quatre coins du monde, des femmes se sont battues pour la reconnaissance de leurs droits et ont posé leur pierre à l'édifice social. Avec Dorothy Aubert de Belleville éditions, nous avions à coeur de faire connaître aux lectrices et lecteurs francophones d'autres visages du féminisme, ceux de femmes peut-être moins connues, mais tout aussi puissantes et inspirantes.
 
 
Le livre met aussi en avant des héroïnes d'aujourd'hui comme la star du tennis Simona Halep déjà très médiatisée en Roumanie. Pourquoi ce choix?
 
L'originalité du projet, c'est de ne pas refermer l'Histoire sur elle-même mais au contraire de faire dialoguer le passé avec le présent, les stars avec les anonymes. Ainsi, Simona Halep côtoie la Princesse Maria et l'espionne Vera Atkins qui a participé au débarquement de Normandie en 1944, et cela fonctionne très bien ! De plus, cela permet d'inscrire le féminisme dans le temps, là où, trop souvent, on cherche à le réduire à un effet de mode.
 
C'est ainsi que je suis tombée sous le charme de la Roumanie, de sa culture, de ses montagnes, de l'hospitalité et de l'humour noir des Roumains que j'aime tant. La Roumanie restera toujours pour moi le pays de l'inattendu. Et pour preuve : alors que je ne devais rester que deux ans à Bucarest, j'y ai passé finalement six ans... et j'y ai créé une librairie !
 
Vous avez longtemps été la directrice de la librairie française Kyralina à Bucarest. Parlez-nous de votre passion pour les métiers du livre et pour la Roumanie en particulier.
 
La passion ds livres, je l'ai depuis que j'ai lu L'Ecume des jours de Boris Vian quand j'étais ado. De là, c'est tout naturellement que j'ai suivi des études littéraires avec le projet de travailler dans l'édition. Après plusieurs stages, je suis d'abord partie travailler en Allemagne puis je suis devenue chargée de Mission Livre à l'Ambassade de France à Bucarest. C'est ainsi que je suis tombée sous le charme de la Roumanie, de sa culture, de ses montagnes, de l'hospitalité et de l'humour noir des Roumains que j'aime tant. La Roumanie restera toujours pour moi le pays de l'inattendu. Et pour preuve : alors que je ne devais rester que deux ans à Bucarest, j'y ai passé finalement six ans... et j'y ai créé une librairie !
 
 
Ce pays vous manque-t-il? Une rencontre, un souvenir, une anecdote en particulier que vous aimeriez nous conter?
 
Avant de rentrer en France, j'avais le projet d'écrire les mémoires de la librairie, pour y rapporter toutes les rencontres incroyables que j'y ai faites. Malheureusement je n'en ai jamais eu le temps... La librairie est un lieu de rencontres sans nul autre pareil. On y voit les enfants grandir, des gens que l'on pensait partis, finalement revenir. Des fidèles de la première heure vous apportent des petits gâteaux ou des fleurs le samedi matin. Je ne connais pas d'autres métiers où les marques de reconnaissance et d'amitié sont aussi fortes et je me sens très chanceuse d'avoir pu vivre cela, plus encore en Roumanie qui est un pays auquel je suis toujours très attachée.
 
Il est vrai que le secteur culturel a été très affaibli par la crise sanitaire. Néanmoins en France, les chiffres montrent que le livre a plutôt bien résisté à la pandémie. Les gens ont soutenu les librairies indépendantes qui ont croulé sous les commandes et l'ensemble de la chaîne du livre a réussi à maintenir son activité malgré les contraintes.
 
De manière plus générale, êtes-vous optimiste quant au secteur de la culture dans le contexte de cette pandémie qui ne semble jamais se terminer?
 
Il est vrai que le secteur culturel a été très affaibli par la crise sanitaire. Néanmoins en France, les chiffres montrent que le livre a plutôt bien résisté à la pandémie. Les gens ont soutenu les librairies indépendantes qui ont croulé sous les commandes et l'ensemble de la chaîne du livre a réussi à maintenir son activité malgré les contraintes. Aujourd'hui, ce sont les effets à long terme de la crise sanitaire qui m'inquiètent davantage. Dans le cas du livre, jamais il n'y a eu une telle concentration des acteurs, les grands groupes dominent largement le secteur de l'édition, l'offre a tendance à s'uniformiser et la bibliodiversité est de plus en plus menacée par la cadence infernale qui rythme l'industrie du livre. En cela le rôle des libraires, gardiens de la diversité culturelle, est fondamental.
 
 
Un message que vous aimeriez adresser aux femmes d'aujourd'hui ?
 
Je laisse le dernier mot à la grande féministe Rosa Parks : "Vous ne devez jamais avoir peur de ce que vous faites quand vous faites ce qui est juste".
 
 
le livre Désobéissantes en français
Résumé du livre:
Libres, indociles et indépendantes : les Désobéissantes font voler en éclats les préjugés ! Ces histoires féministes d’Europe de l’Est, inspirées de faits et personnages réels, dressent des portraits de femmes qui ont brillé. Comme Vera Atkins, l’espionne qui a participé au débarquement en Normandie en 1944 et a reçu la Légion d’honneur ; ou bien Simona Halep, grande joueuse de tennis, classée numéro 1 mondiale en 2018 ; mais aussi Lizica Codreanu, à l’avant-garde de la danse contemporaine, qui a ouvert l’un des premiers centres de yoga à Paris en 1938 ; et encore Diana Dragomir, astronome-physicienne qui a découvert une planète, merci du peu ! Parmi tant d’autres… À travers des récits pleins de poésie et superbement illustrés par une dizaine d’artistes roumaines, nous est contée une nouvelle vision, plus intime et plus à l’est, de l’histoire de la femme, qu’elle soit artiste, entrepreneuse, exploratrice, qu’elle décide d’écrire ou encore d’escalader l’Everest, toujours en réinventant son destin et sans se soucier de ce que peuvent en penser les hommes, les femmes, la société.
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Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI, poète et écrivain
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