Samedi 19 juin 2021
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RENCONTRE - Mathieu Fabre est le nouveau libraire de Kyralina

Par Grégory Rateau | Publié le 10/05/2021 à 00:00 | Mis à jour le 10/05/2021 à 08:27
Mathieu Fabre nouveau libraire Kyralina

Cette semaine, notre rédaction rencontre le tout nouveau libraire de la seule librairie française de Roumanie, la librairie Kyralina. Il s'agit d'un jeune français, Mathieu Fabre. Ce libraire de profession, amoureux de la Roumanie au point de revenir s'y installer, est un voyageur à la curiosité toujours en éveil, désireux de découvrir et de faire découvrir plein de nouveaux livres pour faire rayonner la francophonie.

 

Grégory Rateau : Vous êtes le nouveau libraire de la librairie Kyralina. Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs ?


Mathieu Fabre : Après un Bac Littéraire, différents cursus universitaires, notamment dans la documentation, la culture, les métiers du livres, et une année d'Erasmus ici, à Bucarest, j'ai fini par me tourner vers le métier de libraire. Après un stage de fin d'études à la librairie Grangier de Dijon, je me suis envolé pour la Guyane française où j'ai fais l'essentiel de mon parcours professionnel. Je suis resté prés de 4 ans dans la librairie la Casa Bulle de Cayenne et cette expérience a été fondatrice tant personnellement que professionnellement. J'ai pu notamment y découvrir des mondes et des enjeux que je méconnaissais grandement et la Guyane restera toujours chère à mon cœur. C'est par exemple là-bas que j'ai pu approfondir l'enjeu et la dimension culturelle de la francophonie qui a fortement marqué mon parcours de libraire comme celui de lecteur, puisque je suis dorénavant plus un amateur de littérature francophone que française à proprement parler.

 

Contrairement à vos prédécesseurs, vous étiez déjà libraire depuis plusieurs années. Pourquoi cette passion pour les métiers du livre?

J'ai toujours lu, chez mes parents il y avait des livres, j'étais inscrit à la bibliothèque et on m'a toujours offert des livres. Cette passion, cette manière de vivre, est la plus grande constante de ma vie. J'aime voyager pour confronter le monde réel au monde de mes lectures et entrecroiser les deux, mais, si je devais choisir, je crois que je préférerai toujours le voyage littéraire au voyage bien réel.

 

Vous étiez étudiant en Roumanie en 2012-2013. Quelles raisons vous ont poussé à vous y installer de nouveau?

Tout comme la Guyane française a été une expérience fondatrice de l'adulte que je suis désormais, la Roumanie a été la pierre angulaire de ma jeunesse. C'était la première fois que je partais pour une durée aussi longue loin de France et que j'allais vers cette Europe Orientale qui m'avait toujours fascinée depuis mes lectures de jeunesse, comme Michel Strogoff. Ce fut une année qui se résume difficilement, mais je crois que ça a été une des plus intenses en terme d'expérience de ma vie. L'histoire avec la Roumanie aurait pu s'arrêter à la fin de l'année scolaire, comme c'est souvent le cas avec les Erasmus. Mais, quelques temps après mon retour en France, j'ai réalisé que Bucarest me manquait assez viscéralement, et je n'ai jamais oublié cette ville. Mieux, pendant mes années en Guyane j'ai même trouvé moyen d'y aller deux fois en vacances ! Ce n'était pourtant pas la porte à côté … Aujourd'hui, la boucle est bouclée, je suis de retour ici, et j'en suis heureux. Tout simplement, je m'y sens bien, à ma place.

 

Les gens lisent de moins en moins, les plus jeunes passent beaucoup de temps devant leurs écrans, des idées pour redynamiser leur envie?

Une partie des gens en effet ne lis plus ou lis moins. Mais les gros lecteurs sont toujours là, ici peut-être au moins, autant qu'ailleurs. Pour reconquérir ou ne pas perdre les autres, je pense que nous ne devons tout simplement pas leur tourner le dos. Il faut être à l'écoute des nouvelles tendances, sans toutefois se trahir ni soi-même ni l'âme de Kyralina. Il faut que chacun sache qu'il sera reçu, écouté et conseillé avec bienveillance selon ses goûts et ses envies. La porte ne sera jamais close pour personne et chacun est le bienvenu.

La librairie est également partenaire de nombreux concours d'écriture et manifestations en lien avec la francophonie et la lecture pour garder les jeunes en lien avec la lecture, notamment les adolescents car c'est une période où l'on perd, temporairement ou non, des lecteurs.

 

Les librairies ont fermé durant la pandémie. Pensez-vous qu'il faille s'adapter, se montrer plus créatif et flexible?

Comme je l'ai dis, il faut savoir se montrer ouvert aux nouvelles tendances. Si le numérique peut être un outil utile pour nous, pourquoi pas ? Tout en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'un outil qui n'est efficient que s'il est utilisé correctement et de façon adaptée. Tout est bon à envisager, nous devons faire évoluer la librairie dans son époque sans la dénaturer ni lui faire perdre son âme. Il faut faire au mieux pour gagner en efficacité et en réactivité, pour nous, comme pour nos clients. Les concernant, ils ont été au rendez-vous à la réouverture et chaque jour nous montrent leur attachement et leur fidélité à la librairie. Nous les en remercions du fond du cœur.

 

La langue française est en perte de vitesse en Roumanie, quel est, selon vous, le rôle d’une librairie française ici à Bucarest ?

La langue française est en effet en perte de vitesse. Mais la Roumanie reste l'un des pays les plus francophiles (et francophones) d'Europe, et la librairie est là pour être un lieu où cette francophilie puisse s'exprimer et trouver un aboutissement. Comme je l'ai dit plus haut, la notion de francophonie est importante ; nous sommes une librairie française, certes, mais à égale mesure, une librairie francophone, à l'image de Panaït Istrati dont l'un des personnages à donné son nom à notre enseigne. En ayant essaimé partout sur le globe, la langue française n'appartient plus aux seuls Français et s'enrichit de tous les apports de ses apprenants et utilisateurs. Nous sommes à Bucarest l'un des garants de cet échange sans cesse renouvelé et de cet ancrage.

 

Quelques évènements à nous annoncer pour cette rentrée?

De par le contexte sanitaire, il est difficile d'annoncer des événements pour le moment, mais nous reviendrons vers vous dès que nous serons en mesure et en droit d'en organiser de nouveau !

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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