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Ioana Costas - Dynamisme et créativité à l'Institut Français de Cluj

Par Grégory Rateau | Publié le 21/12/2020 à 00:00 | Mis à jour le 21/12/2020 à 12:37
Ioana COSTAȘ IF cluj roumanie

Aujourd'hui, notre rédaction est allée à la rencontre de Ioana Costas, directrice déléguée de l'Institut français de Roumanie à Cluj-Napoca. D'origine roumaine, ayant étudié les lettres à la Sorbonne, cette ancienne professeur de français, nous présente les perspectives possibles pour la culture durant cette période difficile de pandémie.

 

 

Tout d'abord, pouvez-vous présenter votre parcours à nos lecteurs ?

Docteur ès lettres de l’Université Paris – Sorbonne et de l’Université Babeș-Bolyai, je suis à l’origine professeur de français. Après la soutenance de ma thèse sur la flânerie esthétique chez Apollinaire, j’ai commencé à collaborer avec l’Institut français à Cluj en tant que professeur de FLE. En 2014, j’ai intégré l’équipe administrative de l’Institut. Mon aventure professionnelle m’a amenée à remplir plusieurs missions au sein de l’IFR à Cluj : assistante médiathèque, chargée de culture et communication, chargée de coopération universitaire. Depuis 2019, je suis à la tête de cet établissement qui m’a beaucoup appris et inspiré. C’est une position qui m’honore et m’oblige, d’autant plus que je suis la première Roumaine à occuper ce genre de poste.

 

Quels sont selon vous les points forts de la ville de Cluj pour des personnes qui ne la connaissent pas encore ?

Qui dit Cluj-Napoca, dit jeunesse, technologie et culture. Ville festivalière par excellence, Cluj est également la seconde ville universitaire de Roumanie, accueillant plus de 80 000 étudiants chaque année. La jeunesse vient à la rencontre de la technologie, ce qui fait de Cluj-Napoca un véritable hub de l'IT de l’Europe centrale et orientale, avec plus de 18 000 professionnels travaillant dans ce secteur en plein essor. En même temps, la ville se démarque par son effervescence artistique, les artistes contemporains roumains les plus réputés et les plus vendus étant issus de l’école de Cluj. Tournée toujours vers l’innovation, Cluj est nourrie par un fort tissu associatif qui rime bien avec son caractère multiculturel. La communauté francophone occupe une place importante dans cette ville foisonnante avec plus de 2 000 étudiants francophones qui rajoutent du charme à cette ville aux multiples facettes.  

 

Parlez-nous un peu de cette expérience pénible du confinement ainsi que des nouvelles mesures du "scénario rouge" dans lequel la ville de Cluj est également rentrée.

La période de confinement du printemps a permis de faire évoluer nos méthodes de travail et nos formes d'intervention. Une programmation en ligne sur tous les secteurs a été vite mise en place afin de maintenir un lien actif avec le public. Le souci pour la création de contenu original s’est trouvé au cœur de ce travail de reconfiguration en ligne de l’activité de l’IFR à Cluj. Les séries et les campagnes en ligne ont alterné avec les projets ponctuels. Ainsi, le « Mot de la semaine » recommandé chaque lundi par un professeur de l’équipe pédagogique aussi bien que les ateliers de contes du jeudi avec Solène et Simone sont vite devenus des rendez-vous hebdomadaires incontournables pour les suiveurs de l’IFR à Cluj et pas seulement. L’impact de ces opérations a été bien notable, la série des 10 ateliers avec Solène et Simone comptant plus de 77 000 personnes touchées et de 34 000 vues. Au-delà des chiffres, le public a apprécié le sens de l’espoir et la solidarité que ces projets émanaient.

C’est dans cet esprit-là que la télé-résidence avec le comédien Julien Daillère a été conçue dont le but était de proposer aux Clujois d'imaginer la post-crise de manière positive. Le projet s’est déroulé du 1 au 15 avril en deux étapes: interactive (échanges téléphoniques en tête-à-tête avec les Clujois sur la vie post-crise) et performative via Facebook (vidéos et poésies réalisées suite aux échanges téléphoniques). Ce projet a également permis d’exprimer la solidarité de l’Institut avec le secteur culturel indépendant et de soutenir la jeune création. En parallèle, les projets annuels de l’IFR à Cluj ont continué en ligne, malgré les conditions difficiles. C’est le cas du concours national de traduction « Mot à monde » qui a réuni 147 étudiants issus de 14 universités roumaines. En positivant le confinement, l’Institut français s’est distingué comme l’un des opérateurs culturels les plus dynamiques et créatifs de Cluj et pas seulement.

A présent, notre activité se déroule exclusivement en ligne et notre équipe est en télétravail, en respectant toutes les consignes des autorités roumaines. L’expérience du printemps nous a beaucoup appris et nous gérons plus sereinement la situation en nous projetant constamment et en restant toujours ouvert.

 

Hélène Roos, directrice de l'Institut français de Roumanie, nous a parlé dernièrement de son désir de coordination entre les différentes antennes. Comment cette coordination a-t-elle été mise en place concrètement ?

La pandémie a été un accélérateur en matière de coordination et de travail en réseau. Depuis le déclenchement de la pandémie, nous travaillons davantage dans un esprit de mutualisation et de connexion. Cette logique de partage nous a permis, par exemple, de proposer, en un temps record, une offre unique et harmonisée de cours en ligne sur l’ensemble des 4 antennes de l’IFR. Par ailleurs, certaines activités culturelles locales, portées par tel ou tel site de l’Institut français ont joui d’une visibilité nationale grâce à un travail en concertation avec l’équipe de communication de l’IFR. Agir en bloc, comme une vraie famille, cela nous a aidé à surmonter les difficultés de la pandémie, d’être plus innovants, mais aussi plus solidaires.

 

Comment l’Institut de Cluj s’est-il adapté à cette crise sanitaire pour continuer ses activités ? De futurs rendez-vous à annoncer à nos lecteurs ?

Le confinement nous a obligés à être plus créatifs et plus flexibles. Grâce à une mobilisation rapide et efficace de toute l’équipe, nous avons vite réussi à redéfinir notre activité en ligne, que ce soit des cours, des projets culturels ou bien des ateliers de la médiathèque. Suite au passage en état d’alerte, une partie de notre activité a continué en ligne tandis que d’autres projets se sont déroulés soit en présentiel (Festival du film français), soit en format hybride (Festival Clujotronic), en respectant toutes les mesures sanitaires en vigueur. La pandémie nous a rendus plus innovants, mais aussi plus versatiles. C’est l’exemple de notre série d’expositions La Cave en plein air qui nous a permis de mieux explorer les possibilités offertes par notre cour. Avec la montée en puissance de la pandémie, notre activité se déroule exclusivement en ligne. La communication avec notre public est plus étroite que jamais, surtout grâce à une présence dynamique et attractive sur les réseaux sociaux.

Parmi nos projets actuels, je citerais nos ateliers 3D, une offre d’ateliers culturels destinés aux entreprises, adaptés aux temps pandémiques que nous vivons. En couvrant trois dimensions : connaissance, développement personnel et créativité, les ateliers 3D aident les entreprises à fidéliser leurs employés et à renforcer la cohésion de leurs équipes par le biais de la culture et du bien-être. C’est également une manière originale pour les entreprises de soutenir activement le secteur culturel, car la plupart de nos animateurs sont issus de ce domaine particulièrement fragilisé par la pandémie. Notre travail de coopération continue même en ligne. Nous sommes en pleine tournée de présentation des Prix CFA, un concours organisé par nos partenaires du Club francophone d’affaires de Cluj qui promeut les atouts professionnels du français parmi les lycéens de toute la Transylvanie. L’IFR à Cluj parraine une section de court métrage au sein du concours qui invite les lycéens de Transylvanie à montrer à travers des vidéos comment le français peut les emmener plus loin dans leur parcours personnel ou professionnel.

Parallèlement, nous préparons l’agenda de l’année prochaine qui célébrera les 30 ans de l’Institut français à Cluj. Il s’agit d’une programmation spéciale qui mettra à l'honneur l'histoire de l'Institut, mais qui se tournera aussi vers l'avenir à travers de nouveaux projets que nous souhaitons inscrire dans la durée. Ce sera également l’occasion d’inaugurer le nouveau visage de notre Institut avec une médiathèque reconvertie en véritable tiers lieu, en dialogue étroit avec la cour et La Cave, notre espace d’expression contemporaine. 2021 débutera en force avec la Nuit de la lecture, suivie par la Nuit des idées. Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne pas rater nos actualités.

 

Pensez-vous que le secteur culturel va se remettre de cette crise sanitaire sans précédent ?

La pandémie a testé la force d’adaptation de tous les secteurs, notamment du celui culturel qui a dû questionner en profondeur ses méthodes de travail et ses formes d’intervention. A mon sens, le secteur culturel traverse une période d’expérimentation qui va lui permettre, à long terme, de doubler l’offre présentielle d’une offre en ligne qui, bien gérée, pourra attirer de nouveaux publics et surtout de nouvelles expériences artistiques. Certes, c’est un long processus, mais il doit être perçu comme une opportunité et non pas comme un fardeau. Pour bien relever ce défi, le secteur culturel, notamment celui indépendant doit être soutenu et encouragé. C’est ce que l’Institut français de Roumanie fait à travers ses nombreux appels à projets, son travail assidu de coopération culturelle et sa force de création d'alliances qui perdurent.  

 

 

 

 

 

La culture avec :

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grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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