Portrait de Patrick Suel, le fondateur de la librairie Zadig

Par Apolline Lamy | Publié le 01/03/2022 à 13:00 | Mis à jour le 06/03/2022 à 11:12
Photo : © LPJ Berlin - Emma Granier
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Lorsqu’on franchit le seuil de la librairie Zadig, on se sent comme à la maison. L’odeur du livre nous attire et on se met à feuilleter, on a envie d’emporter tous les livres avec nous. Nous avons rencontré Patrick Suel, le créateur de ce lieu, véritable repère de la communauté francophone à Berlin.

 

La librairie a été créée en 2003 par Patrick Suel, fan de la capitale allemande depuis les années 90. Lui qui s’est essayé au rock et à la philosophie, a eu cette envie d'alimenter en littérature la population francophone.

 

Il y avait ce besoin de livres français à Berlin et j’avais envie que mes ami.e.s puissent goûter aux derniers prix des rentrées littéraires, aux différentes pensées critiques.

Berlin, lieu des possibles

Même si blessée par l’histoire, la capitale allemande est selon lui l'une des villes les plus créatives et alternatives, et certainement la métropole d’Europe où on vit le mieux. On peut s’y réinventer, s’y perdre, s’y tromper, c’est comme une ville laboratoire, un atelier. C'est pour ça que Patrick Suel a décidé d’y créer sa librairie.

« Sans Berlin, cette ville que je chéris, qui me motive, je n’aurais jamais eu le projet de la librairie. » Ici, il y a une relation particulière au livre qui est culturelle. On a pu le voir lors du confinement, alors que beaucoup de librairies ont fermé dans de nombreux autres pays comme en France, le Sénat de Berlin a considéré les fameuses « Buchhandlung » comme des commerces de première nécessité. Le propriétaire de la librairie le dit lui-même : « on sent une certaine bienveillance à notre égard. »

 

Portrait de Patrick Suel dans la librairie Zadig Berlin
Patrick Suel  © LPJ Berlin - Emma Granier

 

De plus, les berlinois sont notoirement francophiles, la librairie se veut au cœur du franco-allemand et se bat en faveur de l’interculturalité. Il y a des livres en français et des éditions bilingues, et ce ne sont pas seulement les Français qui viennent mais aussi beaucoup d’Allemands francophones.

 

Les lignes directrices de la librairie

« Avec Claire, ma collègue, notre but est de dépasser le comptoir de livres pour expatriés et d'inspirer aux lecteurs de la nouveauté. » Le credo de la librairie est de faire bouger les lignes. Le choix des livres est engagé, il y a un grand rayon « pensée critique » avec des thèmes variés de l’éco-féminisme aux pensées décoloniales. « En 2003, lorsque qu’on a ouvert, on voulait changer les habitudes des lecteurs allemands, ils lisaient volontiers du Camus, du Sartre mais pas forcément de la littérature contemporaine, on a introduit Houellebecq, Angot et cela a très bien fonctionné » explique Patrick.

Un autre fondement de la librairie est la convivialité : la librairie doit être un lieu de rencontre, de partage et d’échange. Cependant, depuis la mise en place des mesures sanitaires, les rencontres avec les auteurs ne sont plus permises. Et pourtant, ces Lesungen berlinoises manquent au quotidien, « les bougies lors des lectures c’est ce qui nous tient chaud durant l’hiver, on se protège du froid par la littérature. » Zadig était pionnier dans ce domaine, l’auteur venait en direct présenter son livre, c’était comme une performance d’artiste suivie d’un micro-débat. « On pouvait aborder la politique à travers la poésie et la littérature, c’était magique ! »

Les nouvelles mesures permettront peut-être de reprendre les lectures dans un futur proche...

 

L'intérieur de la Librairie Zadig
 © LPJ Berlin - Emma Granier

 

Des conseils de lectures ?

On a pu demander quelques recommandations littéraires et les autrices sont à l’honneur. Le dernier livre de Constance Debré, Nom, semble faire l’unanimité. Il est en top des ventes dans toutes les librairies. Elle y explique pourquoi vouloir échapper à son enfance, à son patronyme, à son patrimoine. Elle écrit : « Être libre c’est le vide, ce n’est que ce rapport avec le vide. » On ne tarit pas d'éloges sur ce livre, décrit comme frontal, immersif, musclé.
On nous a aussi conseillé S’adapter de Clara Dupont-Monod. Il a été récompensé par le prix Femina en 2021 et narre la naissance et l'enfance d'un garçon handicapé. Court et poignant récit qui a été le coup de coeur de nombreux lecteurs.
Côté classique, Le Maître et Marguerite de Boulghakov est le roman qui a profondément marqué le fondateur de Zadig, car cette oeuvre a de nombreuses facettes. On peut la considérer comme une histoire d'amour, une critique politique et sociale, une comédie burlesque ou encore un conte fantastique. On peut en avoir plusieurs lectures et c'est ce qui plaît.

 

In fine, une dernière question nous tracasse, mais pourquoi ce nom Zadig ?

Tout d’abord, parce que Voltaire, ami du roi Frédéric II, était réfugié politique ici à Postdam. De plus Zadig, c’est un nom mythique et c’est le seul livre positif de Voltaire. Et Zadig triomphe « des rois, des puissants, des bandits de grands chemins ». 

En tout cas, la librairie Zadig a déjà conquis notre cœur. Alors, si vous êtes en manque de littérature francophone, rendez-vous au 12 Gipsstraße.

 

 

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Apolline Lamy

Etudiante toulousaine en Erasmus à Berlin, Apolline a plaisir à partager ses découvertes et excursions ainsi que les dernières actualités berlinoises.
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Emma Granier

Rédactrice en chef de l'édition Berlin.

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