Mardi 11 mai 2021

Aurelia Paumelle et sa douce résistance avec le Lockdown Project

Par Emma Granier | Publié le 27/04/2021 à 19:00 | Mis à jour le 28/04/2021 à 11:51
Aurelia Paumelle devant sa boutique à Prenzlauerberg

La créatrice de mode Aurelia Paumelle nous a ouvert les portes de son atelier pour nous raconter la genèse du Lockdown project, une douce résistance face à la période de restrictions que nous vivons.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à Berlin ? Et comment se sont passés vos débuts ici ?

Après avoir travaillé en collection pendant une dizaine d’années pour de grandes maisons de couture parisiennes en tant que modéliste-patronnière, je suis arrivée à Berlin entre 2010 et 2011. J’avais envie de changement, le rythme parisien devenait un peu trop intense et une expérience à l’étranger était la bienvenue. Une amie berlinoise m’a invitée à passer un été ici, je n’ai pas hésité une seconde !

Ça m’a permis de découvrir la ville et aussi de commencer à tâter le terrain professionnellement en envoyant quelques CV aux écoles d’art et de design. J’ai eu quelques rendez-vous dans les sections mode qui n’ont pas abouti mais qui m’ont donné une énergie certaine et l’espoir de pouvoir assez facilement trouver un travail si je décidais sérieusement de venir m’installer ici. Je suis donc rentrée faire une dernière collection à Paris, mais j’avais déjà la tête ailleurs et le besoin de changement était devenu une nécessité. Je suis donc revenue à Berlin en novembre pour vivre mon premier hiver berlinois.

J’ai rapidement été mise en contact avec un créateur israélien qui venait aussi de s’installer dans Mitte pour monter sa marque. Il avait de très bonnes idées mais pas de modéliste ni personne pour l’aider à gérer son atelier. Je me suis présentée, j’ai eu le poste et je suis restée à ses côtés pendant un an. Cette expérience m’a permis de prendre confiance en moi comme je n’avais pas pu le faire à Paris où j’étais restée très exécutante. Là j’ai pu prendre plus de responsabilités, j’avais deux assistants à mes côtés et je devais gérer des plannings et mettre en place des plans de réalisation, de production, etc.  

La capitale du streetwear, mais un streetwear hyper sexy

Après cette première expérience, je me suis retrouvée pleine d’énergie et de confiance et tous ces rêves que j’avais jusque-là mis de côté ont commencé à prendre forme de plus en plus concrètement. J’ai donc décidé de m’installer à mon compte et de me laisser porter par le style local. Après le monde de la haute couture parisienne, j’arrivais à Berlin, la capitale de streetwear, mais un streetwear hyper sexy. Il faut dire que les berlinois ont un style bien défini, une vraie personnalité. Je me suis dit que ce serait fabuleux de faire une fusion de streetwear et de couture. Faire rencontrer ces deux univers et surtout ces différentes techniques. J’ai commencé doucement avec des t-shirts. Et j’ai eu un relais grâce à des amis parisiens qui venaient jouer dans des clubs berlinois. L’un d’eux a porté un de mes t-shirts pendant une performance et ça m’a donné une belle visibilité. J’ai reçu plein de feedbacks positifs, le bouche à oreille a bien fonctionné et ça m’a donné de plus en plus confiance.

Je suis passé de ce premier t-shirt à une collection de t-shirts, puis à une de sweats, une de pantalons, une de bombers, etc. Et au bout de trois ans, j’ai ouvert ma première boutique à Neukölln au numéro 4 de la Sanderstrasse où je suis restée jusqu’en 2019. J’ai eu l’opportunité de m’installer dans la boutique actuelle à Prenzlauer Berg en novembre 2019 et j’en suis très heureuse. Le quartier et ses habitants correspondent plus à mon style. Je suis passée d’un quartier où la priorité c’est (enfin c’était) clairement la fête et la nuit, à un quartier plus familial. Je me suis même installée ici. Ça a été un changement radical, comme si je changeais de ville.

 

Pouvez-vous nous parler un peu plus de vos créations ?

Je fais principalement de l’unisexe et des pièces intemporelles. Après avoir vécu le rythme effréné des collections où tout est éphémère, il était important pour moi de revenir à des pièces que l’on peut porter dans la durée. Je travaille avec des matières provenant des fins de série des maisons de couture Parisiennes et fais donc des coupes qui restent intemporelles. La plupart des vêtements peuvent être portés toute l’année. C’est du casual-chic, un mix entre de belles matières, une coupe bien taillée et confortable qui donne la possibilité de se sentir bien dans ses vêtements tout au long de la journée voire même en soirée en adaptant ses accessoires.

 

Vous avez organisé un projet collaboratif durant le deuxième confinement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

A l’annonce du deuxième confinement en novembre dernier, je me suis dit qu’il fallait absolument mettre en place quelque chose qui permette aux artistes et créatifs de Berlin de garder une visibilité. Un projet qui bénéficie à tout le monde. Et il m’est venu l’idée de faire un shooting photo qui réunisse des personnalités créatives de Berlin : le Lockdown project. Nous avions le droit de n’être que trois personnes dans l’espace de ma boutique à cette période : avec le photographe, la personnalité invitée et moi, le compte était bon. La boutique a été transformée en studio et on a organisé un planning de photo sur plusieurs semaines.

 

Photos extraites du lockdown project

 

L’idée n’était pas seulement de prendre un portrait de ces personnes, mais aussi et surtout de communiquer sur la solidarité créative et essayer de créer une synergie qui porterait le message de ce projet au sein des réseaux des différents participants. Tout cela bien sûr, dans la période que nous connaissons actuellement et où il est difficile de rester visible lorsqu’on est un créateur indépendant. Au total, le projet a réuni deux photographes, 43 participants, mon assistant et moi. Ça nous a permis de créer une véritable communauté.

L’idée était de créer un triangle entre les réseaux des participants, du photographe et le mien. Chaque participant porte l’une de mes créations sur son portrait et les textes qui accompagnent les photos sont tous construits sur le même schéma pour avoir une cohérence de forme.

 

Quels sont vos prochains projets ?

Je me suis lancée dans la production de maillots de bain. Ça me permet de garder de l’énergie et de créer quelque chose. Je développe aussi des ateliers pour apprendre aux particuliers à réaliser à mes côtés une pièce de ma collection. Nous choisissons le tissu ensemble dans mon stock puis j'accompagne de la découpe du patron jusqu'à l'assemblage à la machine. Cela permet au participant d'acquérir la pièce et d'avoir vécu une complète initiation et immersion avec moi dans l'atelier. Je suis aussi impatiente de reprendre les Pop Up sur les produits régionaux et locaux que j'organise une fois par mois à ma boutique pour soutenir les petits artisans et producteurs, c'est toujours un super moment. 

Aujourd’hui, je suis heureuse de voir que le Lockdown project fait encore parler de lui. J’aimerais évidemment que l’on en parle encore et encore et qu’il soit diffusé comme un acte de douce résistance, une réflexion sur la beauté et l’esthétisme en tant que principe fédérateur. On voit de vraies personnalités dans ce projet, de vrais visages, sans masque !

Dès que cela sera possible, j’aimerais pouvoir le projeter lors d’événements ou en faire une exposition photo. Des tables rondes avec des participants pourraient aussi être organisées pour qu’ils partagent leur expérience du Lockdown project. Il y a plein de choses qui peuvent en découler !

 

Photos extraites du lockdown project

 

Retrouvez Aurelia Paumelle sur son site, son compte instagram ou dans sa boutique au 14a Schliemannstrasse.

 

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