Entretien avec Yûki Yoshikawa : l’architecture japonaise au Centre Pompidou Malaga

Par Bernard Frontero | Publié le 26/05/2022 à 22:39 | Mis à jour le 27/05/2022 à 00:37
Photo : La commissaire Yûki Yoshikawa au Centre Pompidou Malaga
Yûki Yoshikawa Centre Pompidou Malaga

L'exposition "Architecture japonaise depuis 1950 : espaces pluriels" a déjà ouvert ses portes. Cette exposition, qui se compose de 86 œuvres de 32 architectes provenant de la collection d'architecture du Musée national d'art moderne à Paris, passent en revue l'évolution du concept, de la morphologie et des fonctionnalités des bâtiments du milieu du siècle dernier à nos jours et nous montrent comment l'architecture japonaise a évolué, entre modernité et tradition, que l’on découvre à travers les architectes les plus représentatifs. 

Nous sommes au Centre Pompidou de Malaga avec Yûki Yoshikawa, la commissaire de l’exposition  “Architecture japonaise depuis 1950”, présentée jusqu’au 19 septembre prochain, et qui travaille dans le département des collections d’architecture du Musée d’Art Moderne du Centre Pompidou à Paris. 

Architecture japonaise Centre Pompidou

 

Lepetitjournal: Peu de gens savent, Yûki Yoshikawa, que le Centre Pompidou, depuis l’origine en fait, abrite un département d’architecture.

Yûki Yoshikawa: Depuis sa création, le centre de création industriel qui s’occupe des manifestations concernant l’architecture et le design, présente des expositions et aussi des conférences, mais le commencement de la collection date de 1992. Depuis cette date on a commencé à constituer une vraie collection de l’architecture internationale. 

Cette exposition présentée à Malaga - et pour la première fois en Espagne ! - c’est l’architecture japonaise depuis les années 50 ? Vous pouvez nous présenter cette exposition?

Cette exposition permet de saisir cette diversité et la richesse de l’architecture

Cette exposition présente une période assez longue, près de 70 ans; c’est une sorte de panorama de l’histoire et de l’évolution de l’architecture japonaise mais en même temps cette architecture a toujours subi une sorte de mutation parce qu’il y a d’abord la destruction totale des cités à cause de la guerre puis, grâce à la croissance économique, il y a un vrai développement de l’architecture de la ville mais il y a aussi des séismes qui détruisent encore partiellement des concepts architecturaux … Il y a donc toujours cette mutation-création, appelons là ainsi, de l’architecture japonaise qui permet la diversité de langage des architectes japonais. Cette exposition permet de saisir cette diversité et la richesse de l’architecture. 

 

Il y a des liens entre l’architecture japonaise et l’architecture européenne, voire mondiale?

Oui, les liens existent vraiment. Déjà avant la guerre, l’idée du modèle occidental a influencé les architectes japonais et donc il y a des architectes qui ont voyagés en Europe, plusieurs en France, les plus connus sont OHTANI Sachio, MAKI Fumihiko, KUROKAWA Kisho, ou encore ISOZAKI Arata et qui ont découvert l’architecture moderne avec Le Corbusier. On peut dire que depuis le début des années vingt, Le Corbusier exerce au Japon une fascination continue qui n’est pas seulement esthétique mais qui a bouleversé les modes de vie et particulièrement les recherches dans les domaines de l’industrialisation du bâtiment et de l’urbanisme.

Mais il y a aussi des occidentaux - l’Allemand Bruno Taut par exemple - qui se sont rendus  au Japon dans les années 30 et ont découvert l’architecture traditionnelle japonaise comme source de la modernité. Donc, ce dialogue, a permit de nourrir l’architecture japonaise moderne. 

 

Qu’il y a t’il d’incontournable dans cette exposition présentée au Centre Pompidou de Malaga ?

Il y a plusieurs grands points dans chacune des sections qui sont remarquables. 

D’abord le mouvement métaboliste un mouvement architectural révolutionnaire des années 1960 et 1970 qui voulait inventer un nouvel urbanisme japonais, à l’apogée de la technologie comme la Nakagin Capsule Tower de Kurokawa Kishô qui montre la particularité des architectes japonais alors que le pays sortait du stade de la reconstruction pour entrer dans celui de la croissance économique rapide. 

Ces architectes ont essayé d’intégrer l’analogie biologique dans l’architecture, et c’est vraiment une page de l’histoire de l’architecture dans le monde, c’est la première fois que l’on mêle la technologie et des éléments biologiques. 

LA ARQUITECTURA JAPONESA DESDE 1950: ESPACIOS PLURALES

 

Il y a des grands noms aussi, des prix Pritzker, souvent comparés aux prix Nobel dans le domaine de l’architecture. ? 

Le Japon est le pays qui a remporté 8 prix Pritzker depuis sa création en 1979, il y a 40 ans et

Dans cette exposition à Malaga 7 architectes primés sont présentés. Jusqu’à aujourd’hui, quatre Français se sont vus décerner le prix Pritzker : Jean Nouvel en 2008 et Christian de Portzamparc en 1994 et en 2021 le couple formé par Anne Lacaton (65 ans) et Jean-Philippe Vassal (67 ans). 

Dans cette exposition à Malaga 7 architectes primés des prix Pritzker, souvent comparés au prix Nobel dans le domaine de l’architecture, sont présentés

C’est une exposition de haut niveau. Depuis la création du département d’architecture du Centre Pompidou, en 1992, le premier conservateur, Alain Guiheux, avait intégré deux architectes dans la collection. Depuis l’année 2000, Frédéric Migayrou, Directeur adjoint du Musée national d'Art moderne (Création industrielle), a aussi développé une grande collection d’architecture japonaise. 

 

Un fond exceptionnel à Paris?

C’est exact, c’est à Paris que se trouve la plus grande collection au monde d’architecture japonaise. Au Japon, les archives nationales d’architecture n’éxistent que depuis 2014. Pour nous, il s’agit de conserver le savoir-faire, les idées, les concepts. 

Le public pourra découvrir le coté culturel, sociologique, philosophique et aussi écologique de l’architecture bien sur. L’architecture n’est pas seulement le bâtiment

Cette exposition permet de voir des projets espagnols inspirés par le Japon, ainsi que des projets emblématiques en Espagne d’architectes japonais. Et il y a toujours une redéfinition de l’architecture au fil du temps, cette capacité des architectes à s’ouvrir à la vie, à la société, à la culture. Le public pourra découvrir le coté culturel de l’architecture que parfois l’on oublie. Et aussi , sociologique, philosophique et aussi écologique bien sur. L’architecture n’est pas seulement le bâtiment … vous allez le découvrir dans cette exposition!

Centre Pompidou Malaga

 

Le Centre Pompidou vous ouvre ses portes tous les jours (sauf le mardi) de 9h30 à 20h. L’entrée est gratuite les dimanches à partir de 16h.

Toutes les informations 👉 horaires des visites

 

bernard frontero

Bernard Frontero

Directeur de l’édition LePetitJournal.com/Andalousie. Ayant collaboré avec la presse francophone au cours de 25 passionnantes et dynamiques années en assurant la direction de centres culturels français à travers le monde
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